Ce retour de la politique qui fait tellement peur

29-06-2015 SOCIETE LIBRE
On peut dire ce que l'on veut d'Aléxis Tsípras et de sa façon de gouverner. On peut ergoter pendant des heures sur ce peuple grec incapable de payer des impôts ou d'accepter une hausse de la TVA. On peut aussi se dire que, sans doute, on nous raconte des histoires à dormir debout et que le fond du problème n'est pas l'état économique de la Grèce, mais bien le retour du politique dans une Europe anesthésiée par la célèbre phrase de Margaret Thatcher : "Il n'y a pas d'autre alternative".

Concernant la TVA, le mensonge est évident. Mercredi dernier, le journal télévisé de France 2 laissait un "expert" déclarer, sans interruption de la part du journaliste, qu'il serait temps que la Grèce instaure une TVA digne de ce nom. Plus c'est gros et mieux cela passe... Le taux de TVA grec est plus élevé qu'en France. Le taux normal applicable est ainsi fixé à 23 % (contre 20 % en France depuis 2014). La Grèce applique également un taux réduit pour la vente de certains produits ou services. Ce pourcentage de taux de TVA réduit est fixé à 6,5 % ou à 13 % selon les cas.

Demander à la Grèce d'augmenter le taux de TVA en pleine récession économique est un peu comme lui tendre un pistolet chargé pour abréger ses souffrances... Peut-on imaginer ce qui se passerait en France avec une augmentation de 3 ou 4 points de TVA ? On peut rajouter que cela arriverait après des baisses de salaires et de retraites de plus de 30% dans certains secteurs...

Il ne faut pas rêver. Aléxis Tsípras n'est pas arrivé au pouvoir par hasard. C'est l'insistance des créanciers à vouloir imposer des baisses de salaires et de retraites au précédent gouvernement grec qui a fini par retourner même une partie de l'opinion qui n'aurait jamais voté pour Tsípras sans cela.

Aujourd'hui, Syriza est là et la politique est de retour. Une politique qui pense, comme de Gaulle le clamait en 1966, qu'elle "ne se fait pas à la corbeille". Et la Grèce semble vouloir adopter la formule pour son propre compte.

L'image d'un peuple du sud, incapable de se réformer selon les canons des peuples du nord, qui tient tête à tout ce que l'Europe compte de technocrates et de financiers, ne passe pas. Inacceptable pour tous les tenants d'une politique de la dette et de l'appauvrissement généralisé au bénéfice de quelques uns. Inacceptable et dangereux pour le mauvais exemple que les espagnoles avec Podémos rêvent de suivre.

Ce qui se joue en Grèce n'est que la partie émergée de l'iceberg. "The game is over" (le jeu est fini) aurait ainsi déclaré Donald Tusk, le Président du Conseil européen jeudi alors que la Grèce refusait de nouveau les propositions exorbitantes de la "Troïka" (1) "Ce n'est pas un jeu pour un pays qui compte 1,5 millions de chômeurs et plus de trois millions de pauvres", a répondu Tsípras.

C'est tout à fait ce genre de réponse qui déconcerte tous les Tusk d'Europe. Ils attendaient, condescendants, ce minable bellâtre grec venir, comme Hollande, Sarkozy et tous les autres avant lui, leur "baiser la babouche" avec ce qu'il faut dans le regard pour que le bon maître l'accepte à la table de la cuisine. Comment est-il possible qu'un gouvernement élu tienne ses promesses de campagne ?

Et voilà que ce pâtre grec, ce mangeur de Feta, ce buveur d'Ouzo, pauvre à en donner la nausée, leur tient tête, refuse le diktat (qui est un mot allemand signifiant chose dictée NLDR) et ose se mettre les pieds sur la table à défaut d'être invité au festin.

Quel que soit le résultat du référendum du 5 juillet et l'après qui risque d'être compliqué pour les peuples du sud (dont la France) et terrible pour le peuple grec, il y a dors et déjà un vainqueur : la politique. La Grèce, après nous avoir donné sa culture en héritage, nous montre l'exemple.

En savoir plus
(1) Au niveau européen, la troïka désigne l'alliance de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du Fonds monétaire international pour superviser les plans de sauvetage et ses implications dans les Etats membres de l'Union européenne.



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