Fontaine-Daniel : une si belle histoire

15-07-2014 SOCIETE LIBRE
C'est l'été, les vacances, le soleil et l'esprit libre. Pourquoi ne pas en profiter pour découvrir de nouveaux lieux chargés d'histoire pendant que l'actualité associative fait une pause ? Nous vous emmenons dans la Mayenne, beau département de la région Pays de la Loire. Dans son écrin de verdure, se niche un beau village : Fontaine-Daniel.

Situé dans le bois de Salair à l'écart des grands axes de circulation, le village est baigné par l'Anvore, un solide ruisseau traversant la vallée. C'est en 1205 que les moines construisent l'abbaye cistercienne au lieu-dit Fons-Danielis. Et c'est l'activité textile qui, dès 1806, permettra la création du village autour de l'abbaye devenue filature. Il faut dire qu'en Mayenne, tisser est une seconde nature...

En 1812, elle comptait déjà 760 ouvriers filateurs et tisserands à la main. Aujourd'hui, l'entreprise compte environ 150 employés exerçant 75 métiers différents.

Le village est donc né du besoin de loger les ouvriers. La première école laïque, libre et obligatoire sera créée à Fontaine-Daniel (bien avant Jules Ferry) par les propriétaires de l'usine : la famille Denis. Avec l'école, sortiront de terre, les premiers logements collectifs, petits immeubles de 2 ou 3 étages, bâtis en pierre locale. Puis, les jardins ouvriers baigneront les maisons individuelles dessinées par les dirigeants successifs de l'entreprise et les rues du village prendront les noms des fleurs ou des animaux qui peuplent les frondaisons.

Fontaine-Daniel est donc juste un village où il fait bon vivre ?
Oui, il fait bon vivre ici, et les habitants comme les racines des arbres qui les entourent, ont su puiser au plus profond de la terre, l'espoir simple d'une vie lumineuse. Mais, Fontaine-Daniel est beaucoup plus que cela.

De la constitution d'une vie sociale harmonieuse
En 1945, au moment où la France dévastée tente de se reconstruire, le patron de l'époque, Jean Denis, publie un petit essai d'une trentaine de pages, intitulé : "De la Constitution d'une vie sociale harmonieuse". L'état du pays lui donne l'occasion de mettre en pratique l'idée qu'il se fait d'un ordre social nouveau, loin du communisme et du capitalisme, seules alternatives à l'époque.

Dans ce texte, où il décrit sa vision d'un prolétariat heureux, il manifeste également des préoccupations écologiques, qui traduisent une conception de l'homme dans la société d'un modernisme incroyable.

A lire ces quelques lignes, on comprend mieux ce que vivre à Fontaine-Daniel veut dire : "[…] Le travail de la terre participe plus que tout autre à la vie de la planète, à celle de l'univers ; cette vérité élémentaire doit constamment être devant nos yeux sans quoi la mentalité industrielle s'emparera de la paysannerie et amènera une ruine générale du sol nourricier, par une intensification des méthodes purement scientifiques et un lent oubli des coutumes ancestrales. […] Une nation n'est saine que si elle s'appuie sur une paysannerie vigoureuse, et cette paysannerie ne reste forte que si, vivant au contact de la nature, elle ne la violente pas par des moyens chimiques et des techniques industrielles, mais se plie à ses rythmes et sait les aimer."

Le village est le témoin vivant de ces principes édictés en règle de vie immuable, et le nouvel ordre social mis en place par Jean Denis et ses successeurs permettra, non seulement à l'usine de perdurer malgré les difficultés économiques, mais sera la seule en France à n'avoir jamais connu un seul jour de grève, même en 1968 !

Les dirigeants successifs ont toujours privilégié le développement sur la croissance à tout prix, et ce choix a scellé, en partie, le pacte entre les patrons et les salariés. Pour assurer le bon fonctionnement de l'ensemble (usine et village), les Denis ont appliqué de strictes règles de conduite :
- pas de distribution de dividendes,
- pas de dispersion du capital,
- pas de partage entre la totalité des héritiers,
- peu d'appel à des financements extérieurs,
- un recrutement des directeurs en interne.

Cette énumération incroyable aujourd'hui montre les exigences essentielles de cette famille : autodiscipline, liberté de parole, modération dans les appétits, tolérance, cohabitation d'appétences diverses et capacité à transmettre. Que dire de plus ? Qu'une visite s'impose.

En savoir plus
Fontaine-Daniel

En 2006, à l'occasion de son bicentenaire, un ouvrage collectif (comme il se doit) retrace l'histoire de Toiles de Mayenne (la marque déposée de l'entreprise). Son titre : Tissu topique. Le livre a été publié par Gallimard avec une préface de Régis Debray. Vous pouvez encore le trouver sur Amazon.



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