Il était une fée et Sherlock Holmes

24-08-2015 SOCIETE LIBRE
Pour cette dernière histoire de l'été 2015, il faut avoir gardé son âme d'enfant pour s'en imprégner et rêver... S'il est une affaire que Sherlock Holmes n'a jamais pu résoudre, c'est bien celle-ci. Comme quoi la logique sans faille peut parfois s'effriter devant l'entêtement innocent. Il faut dire que ce n'est pas tous les jours que l'on peut contempler des fées. Oui, vous avez bien lu : des fées... L'histoire commence durant l'été 1917 à Cottingley, petit village situé dans la région du Yorkshire en Angleterre.

Elsie Wright et Frances Griffiths sont cousines. Elsie a 16 ans et Frances 10. Alors que le monde se déchire dans une horrible boucherie, ces deux jeunes filles jouent, chaque après midi, dans le jardin de la maison familiale.

Tous les soirs, au moment de se mettre à table, les jeunes filles racontent à leurs parents avoir passé l'après-midi à jouer avec des fées. Naturellement, les adultes ne prêtent foi aux dires des enfants. L'imagination à cet âge est chose bien normale...

Pour prouver les faits, les jeunes filles empruntent l'appareil photo du père d'Elsie et assurent ramener le soir même des clichés qui prouveront qu'elles ne racontent pas de mensonges.

Le soir même, après le développement des tirages, une plaque (1) montre Frances avec quatre créatures ailées qui semblent danser devant elle. Arthur Wright, le père d'Elsie, est convaincu que les deux jeunes filles ont truqué les images, mais pas son épouse, Polly, pour qui les photos sont authentiques. Elle les montre lors d'une conférence sur les fées organisée par la Société Théosophique, une association spiritualiste.

Les photographies tombent entre les mains d'un membre éminent de la Société, Edward Gardner, qui les envoie, ainsi que les négatifs, à un expert en photographie, Harold Snelling, qui ne trouve aucune trace de manipulation, et qui conclut à l'authenticité des clichés.

L'affaire prend de l'ampleur et toute l'Angleterre parle de l'histoire des fées de Cottingley. C'est à partir de ce moment là qu'intervient Arthur Conan Doyle, le célèbre créateur de Sherlock Holmes. Pour s'assurer de n'être pas l'objet d'une manipulation, il prend contact avec Edward Gardner, et les deux hommes commandent une contre-expertise à la société Kodak, qui ne trouvera, à son tour, aucun signe de trucage.

Les deux hommes décident alors de rencontrer les deux jeunes filles à qui ils donnent 2 appareils photo en leur proposant d'essayer à nouveau de prendre des photos "féeriques". Elsie et Frances insistent sur le fait qu'elles doivent être seules pour que les fées se manifestent, et à la fin de l'été, elles envoient 3 nouvelles photos à Edward Gardner et Arthur Conan Doyle sur lesquelles on peut les voir en compagnie des mêmes créatures ailées qu'en 1917.

Lorsqu'il apprend la nouvelle, Conan Doyle est persuadé que le public va enfin s'ouvrir à la réalité des phénomènes parapsychologiques grâce à ces photos. Il écrit deux articles dans la foulée sur l'affaire.

Un débat s'engage entre les tenants d'un trucage et ceux qui le réfutent. Sir Arthur Conan Doyle se lance dans la bagarre sans aucune retenue. Il n'hésite pas à certifier que "toutes les objections possibles et imaginables ont été formulées et réfutées". Il rejette l'observation des photographes selon laquelle les silhouettes de fées projettent des ombres très différentes de celles des humains. Il va jusqu'à soutenir que "les ectoplasmes, comme on nomme aujourd'hui les protoplasmes éthérés, ont une faible luminosité qui leur est propre et qui modifie considérablement les ombres."

Dans la conclusion de son dernier article, Conan Doyle précise que "les fées sont un composé d'humain et de papillon tandis que le lutin tient plus du lépidoptère". A un éminent spécialiste qui lui demande pourquoi les fées des photos ressemblent autant aux fées des livres pour enfants, le père de Sherlock Holmes rétorque que "de génération en génération, les hommes ont vraiment vu les fées et en ont transmis une description exacte qui a été reprise par les dessinateurs".

Bref, sans son Docteur Watson, le créateur du 221B Baker Street s'entête et n'a qu'un seul doute : "les silhouettes ne pourraient-elles pas être le produit de l'imagination médiumnique des fillettes, autrement dit des ectoplasmes ?"

"Qu'est-ce qui est le plus difficile à admettre : le trucage d'une photographie, ou l'existence objective de petits êtres ailés haut de quarante-cinq centimètres ?" C'est la question que se pose le célèbre journaliste Maurice Hewlett dans le très populaire hebdomadaire "John O'London".

Un autre journal d'affirmer : "Les photographies sont trop petites pour que je puisse me rendre compte si les fées sont peintes sur du carton ou découpées dans du bois; mais les silhouettes ne sont pas en mouvement. Je parie que les demoiselles ont roulé Sir Arthur Conan Doyle dans la farine."

Devant la polémique, Garnder et Sir Arthur mettent à la disposition d'Elsie et Frances, au mois d'août 1921, un appareil photo stéréoscopique et une caméra. L'utilisation de cette dernière pourrait prouver de manière définitive qu'il y a bien mouvement. Malheureusement, ce mois d'août est très pluvieux et les fées ne peuvent apparaître qu'en plein Soleil, pire les deux jeunes filles ont grandi et elles ont visiblement perdu leur "innocence" qui est la qualité indispensable pour "voir" le petit peuple des bois.

Un an plus tard, les libraires mettent en vitrine le livre "The Coming Of The Fairies" écrit par Conan Doyle (2). Livre très honnête dans lequel il reprend aussi bien les thèses des opposants que des partisans. Mais sa conclusion est sans appel, pour lui les fées existent. Il mourra 8 ans plus tard sans jamais avoir renié son intime conviction.

L'effervescence médiatique autour des fées de Cottingley se tassa progressivement, et les deux cousines, usées par cette histoire, partirent de longues années vivre à l'étranger.

L'affaire ressurgit dans les années 80 quand un journaliste, Geoffrey Crawley du "British Journal of Photography", eut l'idée de demander à Kodak de se pencher à nouveau sur la question et de profiter des avancées technologiques pour étudier à nouveau les photos. Le rapport de Kodak conclut également que les photographies sont des faux. Peu après la parution de son premier article sur le sujet, il reçu une lettre de 9 pages écrite par une octogénaire qui signait du prénom d'Elsie. La petite fille aux fées vivait encore.

Frances


Voici un extrait de cette lettre :
"Rendez-vous compte que si seulement on nous avait crues, notre farce aurait pris fin tout de suite et nous aurions tout raconté; j'avais quinze ans et Frances huit.

Mais on s'est moqué de nous au contraire et tout le monde nous a demandé en riant comment nous nous y étions prises, et, toutes les deux, nous nous sentions très bêtes et nous avons laissé tomber, jusqu'au jour où Conan Doyle s'en est mêlé.

Je voulais tout raconter car la plaisanterie était de mon fait, mais Frances m'a suppliée de ne rien dire, parce que tout le monde la taquinait à l'école.

Alors j'ai dit à Frances : M. Conan Doyle et M. Gardner sont les deux seules personnes autour de nous qui ont cru à nos photos de fées et comme ils ont au moins trente-cinq ans de plus que nous, nous attendrons qu'ils meurent de vieillesse et, après, nous dirons tout.
"

Et la vielle dame d'expliquer comment elles s'y étaient prises pour truquer les photos. Elles avaient découpé des images dans les journaux, qu'elles avaient collées sur des épingles à chapeau et plantées dans le sol. Un petit collage enfantin, un appareil photo et beaucoup d'imagination. Frances décède en 1986 et Elsie en 1988. (3)

Elsie


Mais après tout qu'importe l'aveu d'Elsie. On sait tous que les fées existent et qu'elles vivent bien cachées tout au fond de notre âme d'enfant. Elles ne paradent jamais devant l'objectif d'un appareil photo. Elles sortent timidement lorsque se montre, dans l'horizon des rêves, le soleil de l'amour contre lequel on ne peut rien...

En savoir plus
(1) Au début du vingtième siècle, les appareils photo posaient beaucoup de problèmes pour la mise au point et les résultats obtenus étaient selon l'ouverture du diaphragme et la distance focale plus ou moins satisfaisants. En fait, il fallait évaluer la distance et la reporter manuellement sur l'objectif. Cela demandait pour le moins une solide expérience qu'Elsie et Frances, pourtant des enfants, possédaient visiblement...

(2) Le livre "The Coming Of The Fairies" d'Arthur Conan Doyle n'a été traduit en français qu'en 1997 sous le titre : "Les fées sont parmi nous - une enquête inédite" (J-C Lattès).

(3) Une collection permanente a été créé en 1998 dans le National Media Museum de Bradford. Elle comprend des tirages des photographies, deux des appareils utilisés par les filles, des aquarelles de fées peintes par Elsie, et la lettre de neuf pages de la main d'Elsie, avouant la supercherie.

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