L'étrange rejet du financement public de l'étude portant sur la nocivité du NK 603 de Monsanto

29-01-2013  LIBRE
Comment montrer les étranges relations qu'entretiennent certains de nos chercheurs entre eux et avec des industriels dont le moins que l'on puisse dire et qu'ils desservent l'objet même des recherches menées... Voici donc la curieuse histoire de ce qui ressemble bien à un renoncement d'Etat devant les intérêts industriels.

Le professeur Gilles-Éric Séralini et son équipe de chercheurs de l'Université de Caen sont aujourd'hui célèbres. Certes, pas de la façon dont ils l'auraient souhaitée. Ce professeur a attiré l'attention sur les conditions contestées de la mise en œuvre de son étude In vivo d'impact de l'organisme génétiquement modifié NK 603 de Monsanto sur les rats (1).

On ne peut pas ici préjuger des résultats scientifiques de cette étude, nous n'en avons pas les compétences.

Mais on peut s'étonner de découvrir qu'avant même son lancement, cette étude avait fait l'objet d'un refus de financement de la part de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA).

Cet organisme de recherche scientifique publique est placé sous la double tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Il est le premier institut de recherche agronomique en Europe et le deuxième dans le monde, excusez du peu...

En 2007, l'agence nationale de la recherche (ANR), dont l'unité support était à l'époque l'INRA, lance un appel à projet thématique siglé "OGM ". Cet appel à projets du programme national dit de recherche sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) avait pour objectif de soutenir des projets de recherche relatifs aux OGM, à leur création et à leur cycle de vie, aux risques, avantages et impacts potentiels ainsi qu'aux changements techniques et sociaux qu'ils induisent. (2)

Selon la procédure de l'ANR, les projets reçus pour chaque appel à projets sont sélectionnés sur des critères qualitatifs (excellence scientifique, technique et d'organisation...) et sur la base de critères en adéquation avec l'objectif de l'appel à projets.

Gilles-Éric Séralini est professeur de biologie moléculaire depuis 1991 et chercheur à l'Institut de biologie fondamentale et appliquée (IBFA) de l'université de Caen et co-directeur du pôle Risques de l'université de Caen2 (pôle associé au CNRS). Il est également expert OGM depuis 1998 pour le gouvernement français, l'Union européenne et plus récemment pour le Canada et l'Inde. Il a été nommé chevalier de l'ordre national du Mérite en 2008, sur proposition du ministère de l'Écologie pour l'ensemble de sa carrière en biologie. On peut dans son cas parler d'excellence scientifique reconnue.

Malheureusement, il est également signataire de l'appel à un moratoire sur les cultures transgéniques, le temps d'en évaluer les risques et il a eu la mauvaise idée de fonder en 1999 avec Corine Lepage, le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique - CRIIGEN. (3)

Il dépose donc, avec son équipe de chercheurs de l'Université de Caen, un dossier de demande de financement en réponse à cet appel d'offres qui semblait tout à fait correspondre à leur sujet d'étude. Mais surprise, le projet de recherche déposé par le Professeur Séralini ne fait pas partie des 4 projets retenus.

Le président du comité dévaluation de cet appel d'offres est Mr Marc Fellous (4).

Cet homme est un scientifique reconnu par ses pairs mais aussi connu pour ses prises de position en faveur des OGM. Il est l'auteur d'ouvrages de vulgarisation sur les OGM et l'un des sept initiateurs du communiqué opposé au moratoire sur le maïs résistant à la pyrale.

Mais le plus incroyable c'est que ce scientifique soit également président de la Commission du génie biomoléculaire chargé de l'étude des risques liés aux OGM par les ministères de l'agriculture et de l'environnement. On se pince pour ne pas hurler de rire...

Pour être complet avec Marc Fellous, il faut savoir que le 18 janvier 2011, il a été condamné pour diffamation, par un jugement de la 17e chambre tribunal correctionnel de Paris, pour avoir écrit de Gilles-Éric Séralini qu'il était "un chercheur avant tout militant anti-OGM qui se prétend indépendant alors que ses études sont financées par Greenpeace". Il semblait effectivement bien placé pour savoir que l'étude du professeur Gilles-Éric Séralini n'avait pas été financée par l'INRA.

A l'issu de notre enquête, nous avons ressenti un profond malaise sur l'état actuel de la recherche française. A force de coupes sombres dans les budgets, les laboratoires se retrouvent dans l'obligation de "quémander" de l'argent aux industriels qui sont trop heureux de financer une recherche pauvre et fatalement "orientable" par le financeur. Le conflit d'intérêts semble prendre de plus en plus de place et les accusations pleuvent d'un chercheur à l'autre, accusations souvent utilisées pour "descendre" des travaux gênants pour certains financeurs.

Voici un exemple hélas très parlant :
Dans un communiqué commun exceptionnel (du jamais vu...), l'Académie d'agriculture de France, l'Académie nationale de médecine, l'Académie nationale de pharmacie, l'Académie des sciences, l'Académie des technologies et l'Académie vétérinaire de France ont publié un communiqué pour critiquer les travaux du professeur Séralini qui se termine ainsi : "Quant aux conflits d'intérêt dont Séralini accuse continuellement les scientifiques de tous bords et de toutes origines, on peut se poser la question de l'absence de tels conflits d'intérêt pour lui-même et ceux qui l'entourent quand on connaît leur engagement écologique et les soutiens financiers qu'ils ont obtenus par des groupes de distribution fondant leur publicité sur l'absence d'OGM dans les produits alimentaires qu'ils proposent à leurs clients".

Pasteur revient vite, ils sont devenus fous !

En savoir plus
(1) Cette étude a comparé des rats nourris avec du maïs génétiquement modifié (cultivé avec ou sans Roundup), des rats ayant reçu du Roundup uniquement (sans maïs OGM) et des rats "contrôles" sains, durant deux ans. L'étude a révélé que les rats femelles ayant ingéré du maïs OGM et/ou du Roundup sont mortes en plus grand nombre et beaucoup plus rapidement que le groupe "contrôle". De même, les rats mâles et femelles testés ont développé plus de tumeurs que les rats "contrôles".

(2) Appel à projets 2007 Programme ANR OGM

(3) http://www.criigen.org/

(4) Programme OGM – Edition 2007 Comité d'Evaluation

Le professeur Séralini répond à ses détracteurs en vidéo



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