La fin d'une belle histoire

29-11-2011  LIBRE
Souvenez-vous, c'était il y a 6 ans au mois de mars. Nous étions tous devant nos postes de télévision et pour certains chanceux, directement sur place. C'est que le spectacle était de taille. Les français sentaient enfin son existence sur 228 km de route nationale à travers quatre départements : la Gironde, les Landes, le Gers et la Haute-Garonne. Une fierté mêlée d'admiration : enfin Elle existait sous nos yeux ébahis grâce à ce spectacle unique.

Elle, c'est l'Europe. Le spectacle : le transport des pièces de l'Airbus A380 entre Langon et Toulouse. La preuve par le travail commun d'une existence commune. Deux ans auparavant, l'Euro débarquait dans nos portefeuilles et reconnaissons le, nous en étions fiers.

Que s'est-il passé pour que cette histoire, cette belle histoire s'achève ainsi sur les ruines fumantes de nos espoirs ? C'est la faute à qui ? Nous avons déjà donné notre avis, lire l'article (Il y a quelqu'un pour rallumer la lumière ?) de la semaine dernière.

Mais si certaines responsabilités sont évidentes, on peut tout de même s'interroger sur l'attitude d'un pays comme l'Allemagne. Car ce pays n'est pas (contrairement à ce qui nous est présenté) le bon élève de l'UE, qui a fait de gros efforts pendant de nombreuses années et qui, de ce fait, peut se payer le luxe de refuser de payer pour les erreurs des autres. C'est beaucoup plus compliqué que cela.

Essayons de comprendre la situation de l'Allemagne.

1. La dette publique de ce grand pays est de 82% du PIB, c'est à dire presque la même que celle de la France.

2. Son système bancaire va mal. 10 de ses plus grandes banques, toutes publiques, qui fournissent à elles seules plus de 20% des crédits aux allemands, sont en très mauvaises posture.

3. La décision de sortir du nucléaire aussi rapidement va rendre le pays encore plus dépendant du gaz russe, qui représente déjà 37% de ses importations.

4. Selon le démographe Emmanuel Todd(1), en 2060, il y aura moins d'Allemands que de Français et 44% de la population allemande aura plus de 65 ans contre seulement 35% en France, ce qui rendra particulièrement difficile le remboursement de la dette publique allemande.

5. A l'inverse de toutes les idées reçues, selon une étude anglaise de l'agence Booz&Co, sur les 100 entreprises les plus innovantes du monde, 11 sont françaises et seulement 4 sont allemandes. L'avenir de l'industrie allemande n'est pas si prometteur qu'elle le croit.

6. L'Allemagne est le premier bénéficiaire de l'Union européenne. Ce pays oublie un peu vite que c'est l'UE qui a financé en grande partie sa réunification, et qui lui a permis de gagner près de 15 points de parts de marché à l'intérieur de la zone euro. Sans parler de son dumping salarial (en recrutant du personnel venu de l'Est de l'Europe au tarif de ces pays) qui lui a permis de devenir le premier pays exportateur de produits agroalimentaires au détriment de la France.

7. L'allemagne est le pays qui a le plus à perdre de l'éclatement de la zone euro qui ruinerait son système bancaire et qui lui couterait plus de 25% de son PIB la première année selon une récente étude suisse.

Il y a donc une question qui se pose : pourquoi la France s'incline-t-elle aussi respectueusement devant un géant aussi fragile ? Notre président est-il aussi nul ou bien faut-il chercher ailleurs l'explication d'un suicide annoncé ?

On peut essayer d'avancer une hypothèse...

L'intransigeance de l'Allemagne oblige les pays de la zone euro dont (et surtout) la France, à se plier au diktat de la dette, à mettre en place des technocrates salués par les marchés pour leur absence d'état d'âme face aux coupes budgétaires à venir, à renier les principes démocratiques qui sont pourtant le ciment de la construction européenne.

Et si cette intransigeance était orchestrée ? Si cette manoeuvre avait non pas un chef d'orchestre, mais des chefs de choeurs, voix multiples qui ne cessent de répéter en boucle depuis 1980 : "Il n'y a pas d'autre alternative..." Théorie facile du complot ? Non, lisez simplement Le groupe de bilderberg place ses pions.

Coluche(2) avait un bon mot pour illustrer ce genre de situation :
"En fait, ils nous font un numéro de cirque : y'en a un qui coupe les oignons, et l'autre qui pleure...".

En savoir plus
(1) Emmanuel Todd est né le 16 mai 1951. Il est démographe, anthropologue, historien, politologue et essayiste français. Il publie de très nombreux livres dont "Après l'empire" en 2002. Ce livre est une réflexion prospective sur le déclin de la puissance des États-Unis. Cet essai est l'occasion pour Todd d'anticiper 6 ans avant, notre crise financière actuelle : "Qu'est-ce que c'est que cette économie dans laquelle les services financiers, l'assurance et l'immobilier ont progressé deux fois plus vite que l'industrie entre 1994 et 2000 ?".

(2) Coluche, de son vrai nom Michel Gérard Joseph Colucci, était un humoriste et acteur français né à Paris le 28 octobre 1944 et mort le 19 juin 1986. Il a su donner un ton nouveau et impertinent en s'attaquant très vite à la société contemporaine dans des sketchs de music-hall ou à la radio.



Depuis 1999 au service des associations

Communic'Asso : pour communiquer auprès des associations

Logiciel comptable pour associations : Comptasso-win TXA

Votre site internet complet à un prix associatif

Veuillez activer Javascript sur votre navigateur. [ ? ]