La France du muguet se lève tôt

30-04-2013  LIBRE
Un temps de muguet, c'est le temps qu'il fait sur la France en ce moment. Alors on prend un train tôt le matin, le ciel est encore gris, le ciel est toujours bas, des traces de nuit flottent encore sur les champs et s'étirent sur les hameaux que l'on devine derrière les vitres toutes embrumées.

Le train fonce sans s'arrêter. On traverse ainsi toute une partie de la France, toute une campagne ensommeillée qui peu à peu déroule ses nattes de brouillard et les peigne dans le sens du vent.

On voit des villages qui se tiennent chaud autour de l'église, des maisons isolées, des petites villes aux fesses serrées sous les ponts. On voit des lumières allumées aux fenêtres, on essaye de deviner ce qui se passe, ce qui se dit dans les cuisines.

C'est l'heure où le café chauffe, le temps du beurre-confiture, c'est l'heure où on se prépare pour la journée.

Et les enfants que l'on devine là-bas, qui prennent leur cartable et marchent jusqu'au carrefour, pour attendre le car du ramassage scolaire, dans le froid, dans ce silence de fin de nuit, avec des restes de rêves accrochés aux cheveux, et des pensées flottantes sur le devoir qu'ils n'ont pas fini, sur la leçon qu'ils ont mal apprise.

Dans les fermes, la traite des vaches est terminée, c'est l'heure du casse-croûte, avant de retourner à l'étable ou sous le hangar, pour réparer le tracteur.

Partout, des gens partent au travail, montent dans des voitures, roulent dans le brouillard, se garent devant la petite entreprise du coin, abattoir, conserverie, fabrique de meubles, CAT ou grandes surfaces.

Ou alors c'est le train pour retrouver le bureau, l'agence bancaire, l'hôpital, le lycée, dans une ville plus grosse, plus nourricière. Ou alors c'est le silence de la maison parce qu'ils n'ont pas de travail, parce qu'ils sont au chômage.

Ils regardent par la fenêtre dans le blanc matin en noyant le chagrin dans le petit noir, avec un autre jour à tuer.

Et le train, serpent d'acier, siffle à travers la campagne. Et la vitre miroir nous donne à voir les gens comme des portraits. On les imagine dans leur maison. Des maisons ordinaires avec des gens ordinaires qui ont des soucis ordinaires : l'éducation des enfants, les traites à payer, les parents qui deviennent vieux, les amis qui ont le cancer...

Dans cette heure entre chien et loup, dans ce matin de plus, ils se demandent s'ils vont y arriver, ils se disent que la vie est trop dure, avec les petits salaires, avec les petites retraites, avec les RSA de complément, les indemnités de chômage. Noyés qu'ils sont dans les échéances, les décisions à prendre, les prévisions imprévisibles, les calculs impossibles.

Mais le matin est aussi l'heure des rêves, des projets avec ceux qu'on aime, des habitudes si bonnes et qu'il faut pourtant casser. Voilà ce qu'on se dit, dans le train, en pensant à tous ces inconnus qui font leur vie, dans des endroits perdus.

Pourquoi perdus ? Parce qu'on a l'impression d'être loin de tout dans ces hameaux collés au milieu de nulle part, ces lumières qui émergent du brouillard, ces fermes oubliées, ces lieux improbables dans le silence des campagnes. Et la mémoire nous saute aux yeux au détour d'un troupeau de vaches et on se rappelle qu'on a vécu, enfant, dans l'un de ces villages oubliés, au milieu de nulle part dont on avait pourtant la certitude que c'était le centre du monde.

Et les gens qui vivent là, qui habitent là, qui travaillent là, qui font la fête, qui aiment et qui souffrent, qui se battent et qui baissent les bras, là, c'est la France du muguet. Cette France que l'on traverse en train, celle dont on parle si peu, celle qui fait si peu parler d'elle, celle pourtant d'où l'on vient...

Et on aimerait croire que les hommes politiques sont censés faire de la politique pour elle, que les services publics sont fait pour elle, en pensant à elle.

Plutôt que de mettre au point des séductions de pacotille, d'imaginer des opérations de communication bidons pour Reconquérir l'opinion, pour Restaurer une image dégradée, pour Remonter dans les sondages, on aimerait dire que la politique, c'est juste penser à tous ces gens qui font leur vie, au jour le jour, dans des endroits perdus, de savoir les écouter, de savoir leur parler.

Une vie, c'est une succession de petits matins, la lumière allumée dans la cuisine, pour regarder en face, tous les soucis, tous les rêves, tous les espoirs, tous les malheurs en se demandant comment on va y arriver.



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