Le roi de la pédale et sa petite reine

08-08-2016 SOCIETE LIBRE
Un baron allemand dénommé Drais inventa, en 1817, la Draisienne, sorte de poutre en bois reliant deux roues sur laquelle, par action de ses pieds sur le sol, l'homme parcouru plus de 14 km en une heure. La France, toujours aussi cartésienne, nomma l'engin vélocipède pour véloce et pied, autrement dit "marcher à grande vitesse". Naturellement, jaloux du voisin germanique, notre pays ne laissa à aucun autre le soin de rajouter les pédales en la personne d'un monsieur Michaux, serrurier de son état.

Et c'est ainsi que le deux roues devint bicyclette (cycle pour roue, donc engin composé de deux roues alignées) en passant par le grand bi et autres inventions étranges que l'Histoire ne retint guère.

Certes, le rajout de la chaîne, du dérailleur, des pneumatiques et autres systèmes de freinage firent de l'antique Draisienne un vélo beaucoup plus acceptable. Et même si les américains ont tenté de nous le refourguer en changeant son nom (Bike et autres VTT), un vélo reste le vélo. Et ce d'autant plus que notre pays, non content d'en être le réel inventeur, lui donna ses lettres de noblesse avec la compétition.

Dès 1891, est lancée la première grande course classique Paris Brest Paris sans étape, gagnée par un certain Charles Terront qui possédait le premier vélo monté avec des pneumatiques démontables signés Michelin ! Pour être honnête (mais qu'est-ce que c'est dur...), c'est un écossais (un certain Dunlop, je ne sais pas si cela vous dit quelque chose) qui avait inventé le tube creux de caoutchouc gonflé d'air en remplacement du bandage plein utilisé jusqu'alors. Bon d'accord, mais c'est Michelin qui... bref passons.

Des géants aux forçats de la route
"Du geste large et puissant que Zola dans La Terre donne à son laboureur, L'Auto, journal d'idées et d'action, va lancer à travers la France, aujourd'hui, les inconscients et rudes semeurs d'énergie que sont nos grands routiers professionnels." C'est par ces mots que monsieur Henri Desgrange, coureur cycliste, dirigeant sportif et journaliste lancera en 1903 la plus célèbre course du monde : le Tour ! Souvent imitée, jamais égalée, cette compétition est une légende.

Bien sûr, les exploits sportifs sont à la base de la réussite du Tour. Mais, c'est aussi la rencontre entre le sport et la littérature qui a forgé la légende. On lisait la course, ce qui supposait des journalistes de plume, sachant faire durer le suspens et titiller l'imagination des lecteurs. L'un des meilleurs fut Albert Londres qui inventa l'expression "Les forçats de la route" et qui savait comme personne accentuer le côté dramatique de l'épreuve et transformer un champion en personnage de la mythologie. Mais n'oublions pas Antoine Blondin qui d'une phrase transformait l'exploit en fait d'armes.

Et si pour de nombreux français, il est impossible de donner la liste de tous les présidents de la République, ils pourront sans problème, selon leur âge, vous parler pendant des heures des exploits de Bartali (Gino le Pieux), Robic, Lazaridès, Vietto, Bobet (Louison), Gaul, Coppi, Darrigade (le Landais bondissant), Bahamontes (l'Aigle de Tolède), Anquetil, Poulidor (poupou), Merckx (le cannibale), Thévenet, Hinault (le blaireau), etc.

Nous avons tous une histoire avec le Tour. La mienne date de 1971. Cette année-là, pour la première fois, le cannibale (Merckx) a un adversaire à sa hauteur : Luis Ocana, le catalan ! Et la course tient ses promesses. L'espagnol gagne à Orcières-Merlette après une échappée (une chevauchée solitaire) qui lui permit de prendre le maillot jaune avec plus de 8 minutes d'avance sur Eddy Merckx. Enfin le belge était vaincu. Mais, la poisse collait au maillot du fier hidalgo et par un orage dantesque, dans la descente du col de Menté dans les Pyrénées, il tombe lourdement puis il est heurté par Zoetemelk. Ocana est contraint à l'abandon, cage thoracique enfoncée, côtes brisées et espoirs envolés : "Un jour de juillet, le maillot jaune m'est entré dans la peau" dira-t-il plus tard. Le lendemain, dans les colonnes de L'Equipe, Antoine Blondin écrira : "Luis Ocana n'était peut-être pas intrinsèquement le meilleur de la course, mais il en était le soleil."

L'oreille collée à mon petit transistor, j'écoutais tétanisé cette terrible nouvelle à la fois concise, explosive et sidérante : Chute du maillot jaune !... J'avais 14 ans. Une voix lointaine et grésillante décrivait le maillot troué et boueux de mon héros, son habit de lumière en haillons, ses larmes et l'hélicoptère qui le conduisait à l'hôpital. Je n'ai jamais aussi bien vu ce que mes oreilles entendaient. On ne voit bien qu'avec le coeur disait le petit Prince...



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