Lettre verte et ouverte d'un intermittent en colère et qui a raison de l'être

17-06-2014 SOCIETE LIBRE
Régulièrement, le régime spécial d'assurance chômage des intermittents du spectacle est remis en cause. Et contrairement à ce que laissent entendre les médias et la Cour des Comptes, ce régime spécial n'est pas un privilège pour nantis. C'est simplement une nécessité liée à la spécificité de l'emploi dans le milieu du spectacle. C'est ce régime qui a permis aux artistes et aux techniciens du spectacle de posséder un statut social au même titre que les autres professions, de sortir d'une précarité intenable et de vivre enfin à peu près correctement de leur métier.

Le régime spécial d'assurance chômage des intermittents du spectacle est donc porteur de richesses, tant au niveau artistique, qu'au niveau de l'emploi. Sans compter les très importantes retombées économiques qu'il génère grâce aux innombrables festivals qui, sans lui, ne pourraient exister (1).

Pour bien comprendre la situation, et juger du traitement uniquement idéologique de ce régime par le Medef et le gouvernement, voici une lettre très représentative d'une colère légitime. L'auteur est Pierre Prévost, acteur en rue et en colère comme il se définit lui-même.

Nous qui avions choisi de ne jamais être riches, voilà qu'on nous veut pauvres. Nous qui avions choisi un métier de joie, voilà qu'on nous veut au chagrin. Nous pour qui l'échange et le dialogue sont tellement importants voilà qu'on nous met en demeure de nous battre.

Nous qui nous voulions être les chantres du vivre-ensemble, du rêver-ensemble, qui jouons pour vos enfants, vous-mêmes ou vos parents dans la rue, dans les salles, dans vos maisons de quartier ou de retraite sur des grandes scènes, dans vos châteaux, sur vos tréteaux, sous vos chapiteaux parfois même dans vos hôpitaux ou vos écrans télé, rarement, nous qui animons les ateliers théâtre, chant, musique, danse de vos enfants et qu'on trouve toujours quand on cherche des intervenants pas trop chers, pas trop chiants, voilà qu'on nous stigmatise: "privilégiés, parasites, fainéants..".

Vous ne pouvez pas vous rendre compte du temps que nous passons pour nous rendre intéressants, réussir telle trille, tel jeu de scène, tel enchaînement, un temps qui n'est pour la plupart d'entre nous -et j'en fais partie- quasiment jamais rémunéré.

Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est que, tous les mois, tous les ans, pendant plus de trente ans compter ses heures pour savoir si on aura le droit de continuer son métier.

Un intermittent ne se pose pas la question du temps qu'il passe à travailler, simplement des jours où il sera payé. Je sais, ça peut paraître difficile à imaginer.

Et voilà qu'on nous dit que nous coûtons trop cher à l'Unedic.

Un déficit qui, soit dit en passant, n'excède pas le montant de quelques dorés parachutes. Mais il est vrai que l'Unedic, dans ses financements, repose sur un déséquilibre.

Tout cela nous le savons et sensibles, comme nous le sommes, aux intérêts communs, nous avons planché longuement pour trouver des solutions, pour ne pas peser trop lourd dans la balance.

Parce que nous sommes solidaires et responsables, les économies qu'on nous impose nous les avons proposées, mais pas de la même façon. Nos calculs et nos propositions on les a balayées d'un revers de main, sans les lire, parce qu'il parait évident aux signataires que nous ne sommes pas compétents ni habilités.

Les économies que nous proposions étaient pensées pour nous sauver. Mais ce n'est pas la question vous le comprenez. L'objectif c'est de nous tuer, de nous user, plan après plan, de nous ratiboiser au nom du paritarisme. Vous savez ce que c'est que le paritarisme ?

C'est la possibilité pour les partenaires sociaux qui ne représentent en réalité quasiment personne, pas 5% des salariés, de mitonner entre eux leurs petites cuisines en notre nom à tous...

Vous croyez que nous ne nous battons que pour nous ? Pas du tout. Avec nous il y a les intérimaires et tous les emplois précaires. Mais surtout, au delà, nous nous battons pour vous.

Pour des notions aussi désuètes que le respect, la démocratie, la dignité, pour le droit des individus à avoir prise sur leur destinée, contre l'arrogance des décideurs et leurs experts de pacotille.

Comprenez-le, ce n'est plus une question de sous mais de démocratie. Sommes-nous moins dignes que les mineurs, les pêcheurs, les agriculteurs, les routiers ? Croyez vous que la grève nous soit facile quand elle touche ce public auquel nous vouons nos vies, nos compagnies ?

Faire la grève pour nous c'est du suicide au ralenti. Nous sommes terrorisés rien qu'à devoir les envisager. Mais sinon, comment être écoutés quand la valeur suprême qui nous dirige c'est la surdité ?


En savoir plus
Acidu Actus - le site qui a publié la lettre

(1) Nous ne résistons pas au plaisir de citer 2 journaux libéraux et en droite ligne avec le Medef pour illustrer l'importance des festivals dans l'économie française.

Ces festivals qui dopent l'économie locale - Le Figaro

Festivals : petits budgets, mais réelles retombées économiques - Les Echos



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