Quel avenir pour les associations ?

27-04-2010  LIBRE
Nous assistons depuis 30 ans, à une dérive du rôle des associations. Ce n'est pas un marronnier de journaliste en mal d'inspiration, c'est un fait qui nous pousse à jeter aujourd'hui, ce pavé dans la mare. Par des subventions de plus en plus ciblées, les gouvernements successifs ont incité les associations à n'être que des auxiliaires des politiques publiques. De la formation professionnelle à la politique de la ville, de l'action sociale jusqu'à une stratégie européenne pour l'emploi... toutes ces politiques ont placé les associations sur le marché des prestations.

Pourquoi les associations ont-elles été incitées à se placer sur le marché des services dans lequel elles n'ont rien à faire? En effet, comment peuvent-elles résister à la concurrence des entreprises qui vont proposer les mêmes prestations en répondant aux mêmes appels d'offres mais avec beaucoup plus d'expérience et de moyens ?

Car il ne faut pas se mentir. Pour avoir une chance d'obtenir un appel d'offres, de nombreuses associations ont adopté un modèle inspiré du management des entreprises et une comptabilité qui s'en rapproche de plus en plus. Ce qui entraîne nécessairement des coûts de gestion de plus en plus difficiles à maîtriser. Un terme comme la gouvernance associative (qui n'est rien d'autre qu'une gestion d'entreprise) impose de fait, de développer des services ou prestations qui sont certes payés (quand l'appel d'offres est décroché), mais qui éloigne l'association de sa mission première.

Car l'association a un rôle prépondérant dans la société. Maintenir le lien social par le développement d'activités mises en place par des bénévoles responsables et conscients de l'être. Imposer l'égalité citoyenne partout où elle recule. Permettre l'accès aux droits quand ceux-ci sont ignorés. Favoriser l'éducation des plus démunis et mettre en place des structures d'accueil aussi bien sportives que sociales.

Or, de toute évidence, les pouvoirs publics poussent les associations vers le marché des services en rendant de plus en plus incertains les crédits publics. De plus, l'abandon de l'idée même de Fraternité(*) remplacée par le concept anglo-saxon de Solidarité permet à l'Etat de se défausser sur les entreprises. A elles de "subventionner" les associations. Ce n'est pourtant pas un rôle pour elles qui n'agissent que par intérêts logiques et structurels.

Avec cette forme de subventions (sponsoring devrions-nous dire) selon intérêts, nous ne sommes plus très loin des "Dames patronesses" de Jacques Brel qui chantait en 1960 : Pour faire une bonne dame patronnesse, tricotez tout en couleur caca d'oie. Ce qui permet le dimanche à la grand-messe de reconnaître ses pauvres à soi...

Pourquoi l'Etat se désengage-t-il ? Est-ce au nom d'une logique comptable qui a pourtant déjà montré ses limites ? Est-ce par simple paresse idéologique ? La réponse ne nous appartient pas.

L'association ne doit pas se transformer en entreprise, cela n'est ni son rôle ni son avenir.

L'association doit au contraire être le garant d'une implication réelle de citoyens qui pensent qu'une bonne gestion n'est pas de se parjurer, mais de prévenir le risque d'explosion sociale dans la conviction profonde que l'économie seule ne fera jamais une société.

En savoir plus
(*) La Fraternité n'est pas la Solidarité. La Fraternité est une revendication publique de justice. C'est un concept révolutionnaire dans le sens de sursaut, de défense, de survie alors que la Solidarité est un concept comptable via la défiscalisation.

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