Qui a fondé la sécurité sociale en France ?

19-03-2013  LIBRE
Si l'on demandait, dans l'un des innombrables jeux télévisés actuels, le nom de l'homme qui a inventé et imposé la sécurité sociale en France, je pense que la question resterait sans réponse. Son nom ne figure pas dans le dictionnaire, ni le Larousse, ni le Petit Robert, ni aucun autre. Comme si une chape de plomb couvrait à jamais le nom de celui qui est à l'origine de la plus grande innovation jamais instaurée dans un pays.

Ce fondateur de la Sécu qui disait, à propos de son invention : "Ne parlez pas d'acquis. En face, le patronat ne désarme jamais."

Ambroise Croizat est son nom
Il est né le 28 janvier 1901 à Notre-Dame-de-Briançon, en Savoie. Son père, Antoine, est manœuvre. Douze heures par jour à enfourner des bidons de carbure pour huit sous de l'heure. A peine le prix du pain...

Non, vous ne vous trompez pas, vous lisez bien Lettrasso.
Mais pourquoi diable parler de Monsieur Ambroise Croizat ? Parce que c'est l'anniversaire de sa mort et qu'aucun média(1), n'a parlé de cet homme à la vie exemplaire vouée au service des autres. Et puis, être né en 1901...

L'histoire d'une vie (2)
En 1901, dans la cité ouvrière des Maisonnettes à Notre-Dame-de-Briançon, en Savoie, Germinal est d'actualité. Accidents de travail quotidiens, pas de Sécu, pas de mutuelle, pas de retraite. On est vieux à 35 ans si la guerre n'a pas fait sa moisson avant.

L'espoir, c'est Antoine, le père qui l'incarne. En 1906, il lance la première grève en Savoie. Une grève pour vivre, pour être digne. Dix jours de bras croisés pour la reconnaissance du syndicat et de la caisse de secours. Une grève pour le droit à la santé, tout simplement.

De grève en grève...
Mais, de grève en grève, la famille Croizat doit fuir pour éviter les coups ou plus. L'errance les conduit vers la région lyonnaise. C'est là qu'Ambroise Croizat prend le relais du père qui part vers les tranchées de la guerre de 1914.

A treize ans, Ambroise Croizat est ajusteur. Il commence à militer par une manifestation contre la la guerre. Il adhère à la CGT puis à la SFIO. A dix-sept ans, il est sur tous les terrains de lutte. Il entre au PCF en 1920.

"On le voyait partout, dit un témoin d'époque, devant les usines, au cour d'une assemblée paysanne ou d'une cellule de quartier. Il était là dans son élément, proche des gens, proche du peuple d'où il venait. "

Premières responsabilités politiques
En 1927, Ambroise Croizat est secrétaire à la fédération des métaux CGTU. Commence un long périple en France, où il anime les grèves de Marseille et de Lorraine, les comités de chômeurs de Lille ou de Bordeaux. La crise économique est à cette époque terrible en France. Et sur le terreau de la misère germe le fascisme. "S'unir, plus que jamais s'unir, pour donner à la France d'autres espoirs" disait-il.

L'ère du Front populaire...
Pain, paix, liberté ! En 1936, Ambroise est élu député de Paris. Il impose la première loi sur les conventions collectives et donne aux accords Matignon la couleur des congés payés et des quarante heures. Mais la guerre se prépare... Et la défaite aussi car dans certains salons se murmure le désormais célèbre : "Mieux vaut Hitler que le Front populaire..."

... et l'heure de la guerre !
Ambroise Croizat est arrêté le 7 octobre 1939, avec d'autres députés communistes(3). Il est incarcéré à la prison de la Santé. Fers aux pieds, il traverse quatorze prisons françaises avant de connaître les procès truqués, la déchéance de ses droits civiques et les horreurs du bagne à Alger où il apprendra à Prosper Môquet, arrêté comme lui, la mort de son fils sous les balles allemandes.

Les coups, les cris, la dysenterie le dévore. Il ne sera libéré qu'en février 1943. Il est alors nommé par la CGT clandestine, à la commission consultative du gouvernement provisoire d'Alger. Là, mûrissent les rêves du Conseil national de la Résistance et les grandes inventions sociales de la Libération. La sécurité sociale, bien sûr, dont Ambroise dessine les premières moutures dès la fin 1943.

La sécurité sociale
Reste à bâtir l'idée. Le chantier commence en novembre 1945 quand il entre au ministère du Travail. En 2 ans, 138 caisses de sont édifiées par des anonymes d'usine après leur travail ou sur leurs congés payés. Car il ne suffisait pas de faire voter une loi. Il fallait partout et très vite, mettre en place des guichets pour récupérer les premières feuilles de soins. Très souvent, il s'agissait de simples tentes plantées à la sortie des usines.

De 1945 à 1947, celui que l'on surnomme le "ministre des travailleurs" abat un travail considérable avec des lois sur :
- la généralisation des retraites,
- un système de prestations familiales unique au monde,
- les comités d'entreprises,
- la médecine du travail,
- le statut des mineurs, électriciens et gaziers,
- les classifications de salaires,
- la caisse d'intempérie du bâtiment,
- la loi sur les heures supplémentaires, etc.

Il est mort épuisé à Paris le 10 février 1951. Ils étaient un million pour l'accompagner au Père-Lachaise.

En savoir plus
(1) Ambroise Croizat, 60 ans après sa mort - La bas si j'y suis (France Inter jeudi 10 février 2011)

(2) Nous avons pu retracer l'hisotire de la vie de Monsieur Ambroise Croizat grace aux archives du PCF d'Evry (Michel Etievent). Merci à eux.

(3) C'est la signature en août 1939 du pacte germano-soviétique qui permettra en septembre au président du Conseil Daladier, de dissoudre le Parti communiste. Les élus communistes sont déchus de leur mandat et arrêtés avec des milliers de militants... En avril 1940, le décret Sérol va instaurer la peine de mort pour propagande communiste.

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