Refuser l'honneur d'une légion...

14-09-2010  LIBRE
C'est avec les hochets qu'on mène les hommes disait Napoléon Bonaparte en créant le 19 mai 1802 l'ordre national de la Légion d'honneur(1), alors que la Révolution française avait aboli toutes les décorations de l'Ancien Régime. Ce hochet semble très recherché notamment par certains ministres ou gestionnaires de fortune... Mais il y a aussi dans ce pays, des êtres matures qui ne jouent plus au hochet...

C'est le cas de madame Anne-Marie Gouvet. Ce médecin anesthésiste qui participe régulièrement à des missions humanitaires a décidé de refuser sa Légion d'honneur. "Compte tenu de la politique de discrimination ethnique actuellement mise en œuvre par le gouvernement et la manière dont sont traités les réfugiés et autres "sans-papiers" dans notre pays, qui sont contraires à toutes mes valeurs, j'ai décidé de refuser cette distinction", a-t-elle précisé(2).

Depuis quelques temps, célébrités, politiques, artistes, scientifiques, journalistes refusent la promotion au rang de Chevalier de la Légion d'honneur. Beaucoup le font par éthique personnelle, estimant que leurs actes ne méritaient pas cet insigne honneur... ou refusant de ployer face à la séduction du pouvoir. On ne peut que constater que cette liste s'allonge au fur et à mesure des déclarations sécuritaires de notre président...

Depuis janvier 2009, les journalistes politiques Françoise Fressoz (Le Monde) et Marie-Eve Malouines (France Info) ont refusé le hochet, arguant que "rien dans (leur) parcours professionnel ne justifiait pareille distinction".

Philippe Séguin, premier Président de la Cour des Comptes récemment décédé, ne voulut pas la recevoir, estimant qu'elle aurait dû revenir à son père, mort en 1944 pour la France.

Pour finir sur une note souriante, Coluche avait prévenu en 1986, peu de temps avant sa mort : "Si on voulait me donner la Légion d'honneur, j'irais la chercher en slip pour qu'ils ne sachent pas où la mettre".

En savoir plus
(1) Bonaparte, en conseil d'État justifie la création de l'ordre national de la Légion d'honneur par ces mots : "Je vous défie de me montrer une république, ancienne ou moderne, qui savait se faire sans distinctions. Vous les appelez les hochets, eh bien c'est avec des hochets que l'on mène les hommes..."

(2) Réponse d'Anne-Marie Gouvet interrogé par un journaliste le 25 août 2010 :
C'est mon fils qui avait fait la démarche pour que je la reçoive, je n'étais pas au courant. Elle m'est remise pour mes actions humanitaires. Ces trente dernières années, j'ai parcouru le monde, les guerres, les tremblements de terre, les camps de réfugiés, le Rwanda, l'Afghanistan, etc.

Initialement, je trouvais que c'était beaucoup d'honneur pour moi, mais je trouvais touchante la démarche de mon fils, donc, je lui ai dit d'accord.

Et puis, il y a eu les expulsions d'Afghans (par charters, en septembre 2009 – NDLR) et toute cette politique d'exclusion des sans-papiers, des réfugiés, etc.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est lorsque j'ai vu un reportage, la semaine dernière, sur l'évacuation d'un camp de Roms. Un papa était assis dans la boue avec un bébé dans les bras, à côté de gamins en guenilles. Je me suis vue dans un camp de réfugiés au Kosovo ou au Rwanda et je me suis dit que ce n'était pas possible qu'en France, qui se targue d'être le pays des droits de l'homme, il se passe des choses comme ça.

Dans la mesure où cette médaille devait m'être décernée pour mes convictions humanitaires, je ne m'imaginais pas repartir dans quelques semaines en Afghanistan ou ailleurs avec la Légion d'honneur, c'est complètement en dehors de mes principes. J'ai donc écrit à Nicolas Sarkozy pour lui dire que je n'en voulais pas, parce que je ne voulais pas cautionner cette politique.




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