Une étreinte de 1938 ans

29-05-2017 SOCIETE LIBRE
Noués, comme émanent l'un de l'autre, racines plus que corps, ils sont dans le silence de leur étreinte depuis plus de 1938 ans. Découvert en 1914, ce couple était devenu un symbole d'amour tragique, rarement montré et encore moins étudié. En revanche, il était évident pour les autorités fascistes de Mussolini, arrivées au pouvoir quelques années plus tard, qu'il s'agissait d'une femme et d'un homme. Mais l'ADN vient de faire mentir l'évidence.

A un moment ou l'homophobie n'a jamais été aussi forte au sein de nos sociétés, la science dévoile le sexe de ces deux partenaires. Deux hommes de 18 et 20 ans dont leur ADN exclu qu'ils soient de la même famille.

C'est le directeur des fouilles de Pompéi, Massimo Osanna, qui a livré les résultats d'analyses génétiques effectuées à l'occasion d'une exposition à partir des restes organiques emprisonnés dans le moulage. "Pompéi n'en finit pas de nous étonner" a résumé le chercheur.

"On ne peut pas affirmer que les deux personnages étaient amants, mais compte tenu de leur position, on peut le supposer. Cependant, il est difficile de le savoir à coup sûr" précise encore Massimo Osanna.

C'est l'archéologue italien Vittorio Spinazzola, qui a découvert les corps en 1914 dans la maison du cryptoportique, célèbre pour abriter une fresque montrant Déméter venue récupérer sa fille aux enfers, matérialisés par le guide Charon sur sa barque, prêt à traverser le Styx. Lors de la découverte, 18 corps de femmes et d'enfants furent retrouvés à l'intérieur de la maison. Le couple d'hommes était dans une pièce à l'écart.

Pompéi est un site archéologique incontournable qui accueille plus de 2,5 millions de touristes chaque année. Après des années d'écroulement et de mauvaises nouvelles, Pompéi offre un nouveau visage grâce à la commission européenne qui a débloqué 105 millions d'euros pour restaurer les domus les plus endommagées, mais aussi pour mettre en place un vrai système de maintenance et de surveillance. Mais le monde des archéologues reste encore choqué par la destruction de la maison des gladiateurs en 2010.

Ils sont là, enlacés, figés à jamais dans une posture qui laisse encore les vivants de 2017 dubitatifs devant cette racine humaine qui nous tend, tel un miroir déformant, l'image de l'amour qui seule, traverse les temps. Sans un cri, sans un mot, juste une étreinte de 1938 années.

"Quand on voulut le détacher du squelette qu'il embrassait, il tomba en poussière..." (Notre-Dame de Paris - Victor Hugo)






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