Une Saal habitude

01-02-2016 SOCIETE LIBRE
Sur le net circule depuis quelques temps une étrange pétition. Elle est le fruit de l'exaspération de grands esprits de la Culture. Des gens de bien(s) qui se révoltent. Contre quoi ? Contre qui ? Le terrorisme ? Le sort fait aux migrants coincés à Calais (1) ? La déchéance de nationalité ? Voire la démission de la "gauchiste" Taubira ? Rien de tout cela. Ils ne pétitionnent même plus contre le risque d'incendie dans le Lubéron malgré le nombre de piscines au mètre carré... C'est dire si leur révolte est d'importance et la coupe pleine !

Ces hommes et ces femmes se mobilisent pour sauver le soldat Saal. Souvenez-vous, Agnès Saal, cette ancienne présidente de l'Ina débarquée parce qu'elle avait dépensé 40 000 euros en moins d'un an en frais de taxi (et plus de 38 000 euros lorsqu'elle était directrice du centre George Pompidou).

Après avoir été condamnée à deux ans de suspension de la fonction publique, (dont six mois ferme sans traitement, soit 18 mois de congés payés tout de même...) (2), la dame trouve un soutien inespéré par le truchement d'une pétition en ligne lancée par Alain Bonhomme, inspecteur général des affaires culturelles honoraire et déjà signée par 97 anonymes (le courage se perd...).

Que demandent-ils ces braves ? Rien de moins que la réintégration de la dame. Selon eux, elle aurait été une victime expiatoire afin de payer pour les "errements de la haute administration". Que veulent-ils dire par là ? Qu'elle était celle qui dépensait le moins en taxi ?

Que ces bonnes âmes se mobilisent pour une collègue, après tout pourquoi pas. Qu'ils mettent en avant "son savoir-faire et ses qualités humaines", on peut le comprendre surtout si c'est vrai. Là où le Bât blesse, c'est lorsqu'ils osent dire qu'elle : "a, de toute façon, fait gagner plus d'argent à l'administration par sa politique de gestion qu'elle ne lui a coûté par ses courses de taxi".

La gestion de la dame Saal est la même que celle que mènent la plupart des grands patrons, qu'ils soient fonctionnaires ou privés : le licenciement. A peine arrivée, la dame de fer avait viré tout l'ancien staff sans ménagement pour mettre ses copains à la place. Puis, elle s'est attaquée aux CDD et enfin aux syndicats.

Bref, au bout de quelques mois dans la place, elle avait déjà la totalité des salariés contre elle à tel point que son éviction est le fait d'une dénonciation anonyme argumentée de 68 pages de factures de taxi. La gestion des ressources humaines n'était visiblement pas son fort...

Mais ce qui nous interpelle, c'est l'absence de toute autocritique du corps des administrateurs civils du ministère de la Culture dont sont issus la dame et les pétionneurs... Le budget de ce ministère ne représente qu'une part infime des dépenses de l'Etat, mais il est celui qui est le plus contesté par de nombreux français.

Les économies imposées dans le cadre de la réduction de la dépense publique ont provoqué la disparition de très nombreux festivals, compagnies et manifestations artistiques en tout genre. Les centres culturels ont tous réduit leur programmation pour éviter la fermeture avec des centaines de licenciements à la clé. Sans parler de la télévision publique qui n'a plus les budgets nécessaires à la création.

Cette politique d'austérité est servie avec ardeur par ces hauts fonctionnaires sans l'ombre d'une hésitation. Et ces gens viennent prendre la défense d'une femme qui est capable de dépenser 40 000 euros en frais de taxi au point d'oser déclarer que cette somme n'est rien en regard des économies que la dame a réalisé en bonne gardienne des deniers de l'Etat.

C'est l'esprit de caste qui vient de frapper. Enfermés dans leur petit monde à l'abri du besoin, ces gens ne mesurent pas le désastre que provoquent ce genre de déclaration. Pire qu'une faute, c'est une honte.

En savoir plus
(1) En 2003 était signé le traité du Touquet qui visait à renforcer les contrôles au départ de la France afin de juguler l'immigration clandestine en Grande-Bretagne. Mais dans les faits, cet accord a déplacé la frontière anglaise à Calais. En clair, nos douaniers sont aujourd'hui au service de l'Angleterre. Un comble pour un pays qui a refusé de ratifier les accords de Schengen. Voila pourquoi Calais est à ce point submergé par les migrants...

(2) Agnès Saal n'est pas restée longtemps sur la touche. Haut fonctionnaire du corps des administrateurs civils, elle a retrouvé son ministère d'origine, celui de la Culture. Elle occupe un poste de chargée de mission sur les questions de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Cerise sur le gâteau, le poste a été créé juste pour elle.



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