23-05-2017  SOCIETE LIBRE

De Moby Dick à Maudit Bic, l'enjeu des maux

"Disons donc, pour être brefs, que la baleine est un poisson qui souffle un jet d'eau et qui a une queue horizontale. Quoique condensée, cette définition est le résultat d'une longue réflexion." Ainsi parlait Herman Melville, l'auteur de Moby Dick, porté par la voix de son narrateur Ismahel. Si cette histoire est connue de tous, le livre ne l'est pas assez. Il est vrai que pourchasser une baleine blanche à bord du baleinier Péquod pour une traversée de 800 pages, il y a de quoi refroidir de nombreux marins.

Pourquoi parler de Moby Dick alors que nous avons un nouveau président et que, si l'on en croit les gazettes, le sort de notre pays ne peut que s'améliorer ?

Sans doute à cause d'une grande vague de similitudes entre le capitaine Achab qui bouscule son équipage à la poursuite d'une chimère, fut-elle un cachalot blanc particulièrement féroce, et notre président qui nous embarque pour un voyage dont il ignore tout "parce que c'est notre projeeeeeeeeeeet".

Que pensaient ces marins à bord du "Péquod", voyant un Achab christique et beau parleur leur vanter les différences émérites entre l'esquisse et le grandiose ? Savaient-ils ces hommes que l'unique objet du capitaine était son ressentiment pour un cétacé qui lui avait arraché une jambe par le passé ? Nous connaissons tous la fin de cette triste histoire. Le "Péquod" finira par sombrer au large des îles Gilbert en laissant le narrateur Ismaël seul survivant, flottant sur un cercueil, plus "c'est assez" que "cétacé".

Notre président nous a vendu son programme comme Melville nous vend son histoire. A écouter le premier, nous devrions pouvoir nous attendre à vivre un quinquennat palpitant qui verra la France déborder de milliardaires en costumes et de superstars du net "parce que c'est notre projeeeeeeeeeeet".

Mais que savons-nous du destin de cet homme qui nous embarque avec lui aujourd'hui ? N'a-t-il pas lui aussi, perdu une jambe dans une chimère mondialisée plus requin que baleine ? Ne va-t-il pas faire de ce voyage un prêche hautain plutôt qu'une pêche miraculeuse ?

Melville nous vend l'histoire d'une course-poursuite haletante entre un capitaine fou et une baleine blanche. Mais en réalité, on a surtout droit à un traité de cétologie entrecoupé de pages de réflexion sur la blancheur de la mer en pleine nuit. On ne connaîtra Achab qu'à la toute fin du premier quart du livre. La fin du deuxième quart nous apporte enfin un (petit) combat contre la première baleine tuée et il nous faudra attendre les quarante dernières pages pour voir émerger des profondeurs un Moby Dick plus dieu que baleine.

Achab et Macron ont un autre point commun, jamais dans le roman du premier comme dans les discours du second, le peuple n'est cité. Masse informe et malheureuse qui sert le récit du capitaine ou conglomérat incompréhensible et ignorant qui embarrasse le président. Dans les 2 cas, paroles verbales, langagières et bavardes qui jamais n'entendront celles que l'on confie, murmurées ou parfois livrées comme un cri, une révolte, un appel. Pauvres paroles hurlées dans le silence fracassant de notre extrême fatigue.

Comme nous l'avons déjà dit, cette apogée finale se termine mal. Dans le roman, le naufrage faisait partie du voyage et sans doute en était-il son objet même. Notre pays vient de perdre un "capitaine de pédalo" débonnaire et maladroit. Nous voilà avec un Achab plus vrai que nature. Il est temps de relire Moby Dick.

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De Moby Dick à Maudit Bic, l'enjeu des maux 
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