Selon les associations, le phénomène sectaire augmente de façon inquiétante en France

08-04-2019 ESS LIBRE
La définition de la secte est encore floue. Ce mot provient de deux mots latins "secare" qui veut dire couper et "sequi" qui signifie suivre. On sait qu'une secte fonctionne avec un gourou et un adepte. Ce dernier adhère toujours librement au groupe sectaire. C'est son choix parce qu'il est attiré par lui. Ce que l'on sait moins, c'est l'augmentation inquiétante de ce phénomène et la difficulté, pour les associations, de trouver la bonne parade.

A quel moment peut-on parler d'emprise sectaire ? Selon le dictionnaire, emprise signifie "saisir physiquement ou par l'esprit." Le but est donc de dominer et de soumettre l'adepte.

Selon le CAFFES (1) (centre national d'accompagnement familial face à l'emprise sectaire), on assiste à une forte demande d'aide des familles concernées par le problème. De son côté, la MIVILUDES (2) qui contribue à la prévention de la radicalisation, demande des mesures d'urgence pour soutenir les associations qui travaillent quotidiennement sur ces sujets auprès des victimes.

Le site de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), nous apprend que le nombre de groupes sectaires est estimé, dans notre pays, à environ 500 mais avec plus de 500 000 adeptes dont environ 80 000 enfants. Mais le plus inquiétant, ce sont les chiffres qui concernent les signalements : plus de 2000 par an. Ils sont en constante progression.

Selon un sondage réalisé par IPSOS en 2015, un quart des Français (plus de 15 millions de personnes), dit avoir "été personnellement contacté par une secte ou les membres d'une secte", dont 15%, plusieurs fois. Plus de 20% des Français, soit 1 sur 5 (près de 13 millions de personnes) connaît personnellement dans son "entourage familial, amical ou professionnel une ou plusieurs personnes qui ont été victimes de dérives sectaires".

Le législateur, pour respecter toutes les croyances et par fidélité au principe de laïcité, s'est toujours refusé à définir les notions de secte et de religion, pour ne pas heurter les libertés de conscience, d'opinion ou de religion garanties par les textes fondamentaux de notre République. Pour autant, la loi fixe des bornes qui sanctionnent les abus de ces libertés, sous le contrôle du juge (3). Et l'absence de définition de la secte n'efface pas la réalité de l'existence de victimes de dérives de certains mouvements sectaires.

Plusieurs députés ont souhaité interroger le Premier ministre sur la situation actuelle de notre pays face au phénomène sectaire. Voici sa réponse, publiée au JO le 26 mars 2019, dans son intégralité.

Les observations recueillies par la mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) le confirment : les dérives sectaires restent un phénomène d'actualités. Elles touchent les domaines spirituel, philosophique ou éthique, mais aussi la santé et le bien-être, le développement personnel, l'enseignement, la formation, ou encore l'environnement.

Des entrepreneurs individuels, de très petits groupes comme des grands mouvements savent exploiter les potentialités d'Internet et des réseaux sociaux pour séduire et créer une dépendance. La famille est souvent la mieux placée pour observer les changements de comportement, les ruptures, l'isolement et la mise en danger.

Les proches cherchent à comprendre, ils ont besoin d'être conseillés et soutenus, car la déstabilisation et l'emprise mentale sont d'une grande violence pour l'individu victime mais aussi pour sa famille. Le travail avec la famille est aussi un des leviers les plus efficaces pour contrer l'entreprise sectaire.

Les associations de soutien aux victimes et à leur famille ont joué un rôle déterminant dans l'émergence, il y a plus de 20 ans, d'une politique publique de vigilance et de lutte contre le phénomène sectaire et la MIVILUDES, chargée de la coordination de cette politique, travaille quotidiennement avec elles.

Les associations assurent au plus près le soutien dont ont tant besoin les familles, et elles sont aussi un précieux relais sur le terrain pour sensibiliser sur un sujet encore trop souvent méconnu. Les adaptations de la MIVILUDES aux évolutions du phénomène sectaire, ses relations avec divers organismes consultatifs ou administratifs, la prise en compte des recommandations de la Cour des Comptes, seront au coeur de la mission qui sera confiée à la personne qui sera désignée pour assurer la présidence de la MIVILUDES.


Une réponse qui devrait apporter un peu de baume au coeur de toutes les associations qui se battent depuis des années pour aider les familles, mais qui ne se sentent pas pour autant comprises et entendues par les différents gouvernements. Espérons que cette réponse sera suivie d'effet.

En savoir plus
(1) Association - CAFFES (Centre national d'Accompagnement Familial Face à l'Emprise Sectaire)

(2) Le site de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

(3) Le dispositif juridique français pour lutter contre le phénomène sectaire

Comment repérer une emprise sectaire ? (Union nationale des Associations
de Défense des Familles et de l'Individu victimes de sectes)


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