A chacun sa croix

31-10-2017 SOCIETE LIBRE
Le week-end dernier nous a offert un grand défoulement grâce au mot dièse #BalanceTonPorc qui est devenu au fur et à mesure des réactions mitigées, un #Metoo beaucoup plus consensuel. Certes, ce mouvement est on ne peut plus légitime et même si les revendications diffèrent, le fond est le même : le quotidien de très nombreuses femmes ressemble à un parcours de combattante. Eviter la main baladeuse est aussi pénible que d'essuyer les remarques graveleuses ou le rendez-vous tardif aux archives avec un chef libidineux.

Ce qui est le plus choquant, c'est que pour de très nombreux hommes tout à fait intégrés, ce comportement intrusif est normal. La femme n'est elle pas cet objet sexuel disponible tant vanté par les publicités et autres pornographies ?

Nous pourrions nous contenter de montrer d'un doigt accusateur ces publicitaires prêts à tout pour vendre leur camelote. Mais ce serait trop simpliste. Pour une grande majorité d'hommes, de 15 à 99 ans, la femme est un être mi chèvre, mi enfant qui manque singulièrement de légitimité pour s'exprimer sur d'autres sujets que ceux que l'homme moderne lui réserve.

Pour avoir assisté récemment à une réunion d'une communauté de 21 communes, j'ai été sidéré du manque d'écoute réservé aux deux seules femmes de l'assemblée. Alors qu'elles démontraient une parfaite connaissance des dossiers qu'elles défendaient, contrairement à leurs homologues masculins, elles étaient systématiquement "plaisantées" avec une morgue et un mépris rare.

Le président balayait d'un revers de main, les propositions pourtant très logiques de ces deux maires et les renvoyait à leur "vraie nature de mère", visiblement beaucoup plus appropriée à ses yeux. Déconsidérer, c'est délégitimer, c'est aussi déshumaniser, c'est donc transformer une femme en future proie et éternelle victime.

On siffle une femme comme on le fait avec son chien. C'est la seule façon de ne pas être choqué par sa propre bêtise.

Alfred de Musset, faisait dire à sa Marianne (Les Caprices de Marianne Acte 2 Scène 1), en réponse aux moqueries d'Octave :
"Qu'est-ce après tout qu'une femme ? L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule.
Une femme ! c'est une partie de plaisir !
Ne pourrait-on pas dire, quand on en rencontre une : Voilà une belle nuit qui passe ?
Et ne serait-ce pas un grand écolier en de telles matières, que celui qui baisserait les yeux devant elle, qui se dirait tout bas : Voilà peut-être le bonheur d'une vie entière et qui la laisserait passer ?
"

Il serait temps, pour de très nombreux hommes, de relire Musset...

Depuis ce vendredi, c'est le hashtag #MontreTaCroix qui fait le buzz. Quelle curieuse histoire que celle de cette statue, offerte en 2006 à la commune de Ploërmel, par l'artiste russe Zourab Tsereteli. Voilà plus de dix ans qu'elle trône sur la place publique de cette ville bretonne. Surplombée d'une croix, elle représente le pape Jean-Paul II.

Certes, l'homme n'était pas ma tasse de tisane. Un peu trop catholique à mon goût. Mais il a visiblement compté pour beaucoup et pourquoi ne pas lui dédier une oeuvre d'art ? Personnellement, cela ne me gêne pas. Mais voilà qu'une association locale (Fédération morbihannaise de la libre pensée) se pique de faire retirer la croix. Sans doute agité par de mauvais souvenirs de catéchisme, le président va jusqu'au bout de la démarche, c'est à dire le Conseil d'Etat. Et ce dernier lui donne raison !

C'est le fait le plus surprenant de cette histoire. Que le Conseil d'Etat s'appuie sur l'article 28 de la loi du 9 décembre 1905 pour s'opposer au maintien de la croix sur la statue est pour moi un mystère. Que nous dit cet article 28 : "Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions."

De fait, l'article 28 s'oppose à l'installation par les personnes publiques, dans un emplacement public, d'un signe ou emblème manifestant la reconnaissance d'un culte ou marquant une préférence religieuse, sous réserve des exceptions qu'il ménage.

La Bretagne est une région magnifique. Ses églises nombreuses, ses coutumes ancestrales, ses calvaires ouvragés de croix, ses alignements de menhir à Carnac, le Cairn de Barnenez, les mégalithes de St-Just, les pierres de Gavrinis, la forêt de Brocéliande et j'en passe, tant ce pays béni des dieux de toutes sortes baigne dans la religiosité.

Alors pourquoi en vouloir à ce pauvre pape dont la croix se perd au milieu des centaines d'autres, pas plus légales, qui ornent cette région divine, au sens propre comme au sens figuré ? Sans compter que le réveil de la bigoterie ne s'est pas fait attendre, le mot dièse #MontreTaCroix en témoigne. Jusqu'à la Pologne, qui par la voix de sa première ministre, veut se refaire une santé démocratique en acceptant de prendre le monument chez elle pour le "sauver de la censure".

Laissons à Michel Audiard le soin de conclure cet article avec la réplique célèbre prononcée par Jean Gabin dans le film "Le Pacha" : "Quand on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner..."

En savoir plus
Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat.

Conseil d'Etat, 25 octobre 2017, 396990



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