La fraude des pauvres est une pauvre fraude

09-09-2014 SOCIETE LIBRE
Les associations, comme toujours en première ligne, ont vivement réagi aux accusations lancées par le ministre du travail. Du coup, elles ont recherché des chiffres fiables pour étayer ou contrecarrer les propos du ministre du travail, François Rebsamen sur les chômeurs et les fraudeurs. Premier constat, les statistiques officielles sont difficiles à trouver.

Il faut en effet remonter à 2011 et au rapport Tian (député UMP) dans sa mission d'évaluation des comptes de la Sécurité sociale pour obtenir un chiffre à peu près fiable : 4 milliards d'euros de fraude aux prestations.

Pour avoir une idée précise de l'ampleur de la fraude, il faut comparer ces chiffres à ceux de la fraude aux prélèvements obligatoires (16 milliards d'euros) et ceux des impôts non perçus (25 milliards d'euros).

Ces deux fraudes là ne sont pas le fait des plus pauvres de nos concitoyens, mais bien des plus nantis, particuliers et entreprises en rangs serrés...

Enfin, les 4 milliards d'euros de fraude aux prestations sont à rapprocher des "non recours", ces prestations comme le RSA et la CMU non réclamées par les ayants droit et qui représente la bagatelle de 6 milliards d'euros. (1)

On peut rajouter à ces "non recours", des peccadilles sociales qui n'en pèsent pas moins lourd : 767 millions d'euros de manque à percevoir pour près de 10 millions de familles qui n'ont pas bénéficié des tarifs sociaux de l'énergie entre 2005 et 2011 alors qu'elles y avaient parfaitement le droit (ces dernières ne savent pas, la plupart du temps, que ces aides existent...). On peut encore rajouter 400 millions d'euros non réclamés, d'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé.

Bref, la comparaison n'est pas raison disait mon grand-père, mais elle a l'avantage de jeter un éclairage intéressant sur le montant des fraudes imputables aux plus pauvres d'entre nous.

Et de se demander par la même occasion pourquoi, de la droite à la gauche, la stigmatisation des chômeurs et autres "profiteurs" pauvres de notre système de juste répartition est devenu un sport national. De Laurent Wauquiez (UMP) qui comparait sans honte l'assistanat à un "cancer de la société française" à François Rebsamen qui souhaite renforcer les contrôles sur ces chômeurs qui refusent des emplois, la ligne reste la même : "sus aux pauvres".

Il faut dire qu'ils sont les plus faciles à contrôler, arrêter, amender, enfermer. Ils n'ont même pas l'idée de se délocaliser en Belgique ces "sans-dents" comme les nommerait un certain président de la République. Des sans-dents qui pourraient bien devenir un jour des sans-culottes... (2)

En savoir plus
Nous empruntons le titre de cet article : "La fraude des pauvres est une pauvre fraude", à un rapport du Conseil d'Etat de 2011 qui faisait suite à une série d'entretiens autour de la fraude supposée ou réelle aux différentes prestations sociales.

(1) Le pauvre est un riche qui s'ignore : l'Etat lui doit 6 milliards - Lettrasso du 23-04-2013

(2) Nous préférons utiliser le conditionnel dans cette citation qui provient du livre de Valérie Trierweiler.



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