Que faire avec l'économie sociale ?

13-12-2011  LIBRE
L'association, l'économie solidaire, l'économie sociale, le tiers secteur sont les dernières digues contre la mentalité de marché. Cette phrase qui semble aujourd'hui naturelle, a été prononcée à la fin des années 50 par un homme assez peu connu en France mais qui est, un peu partout dans le monde, un penseur qui apparaît désormais comme la référence principale de tous ceux, économistes, sociologues, historiens ou politologues, qui ne se résignent pas à la marchandisation générale de nos sociétés : Karl Polanyi (1).

Ce penseur est, il est vrai, une référence plus maniable que Marx, parce que clairement humaniste et démocratique, et qui parle aussi bien aux réformistes un peu radicaux qu'à ceux qui entendent toujours abolir le capitalisme.

La force de Polanyi est de lier étroitement trois thèmes de plus en plus d'actualité :
1. celui de la non-naturalité du marché autorégulé et de l'Homo œconomicus ;
2. celui qui considère que la tare principale de ce marché généralisé est de traiter comme des marchandises des biens qui ne peuvent pas l'être (la nature, le travail et la monnaie, à quoi il faut ajouter aujourd'hui le savoir) ;
3. celui de l'autonomie de la démocratie par rapport au marché : ce n'est pas le marché, montre-t-il, qui crée la démocratie (voir la Chine NDLR).

Les associations ne sont pas une vue de l'esprit. L'action de ces dernières est basée aussi bien sur l'entraide mutuelle que (n'en déplaise à certains NLDR) sur l'expression revendicative.

On sait maintenant que le compromis de l'après-guerre qui avait permis de faire reculer l'assistance pour conciler l'efficacité économique et la solidarité sociale est caduc. Pas seulement à cause de la dette publique, mais pour des raisons qui tiennent à des rapports de classes, des rapports de force : les ouvriers ne font plus peur au patronat !

Il appartient donc à l'Etat de clarifier ses missions, et aux citoyens leurs objectifs. Or, de toute évidence, la rencontre ne s'est pas faite entre la social-démocratie et l'économie sociale. Souvenons-nous : les coopératives voulaient changer le marché, mais c'est le marché qui a changé les coopératives...

Il devient urgent de ne plus appréhender les organismes de l'économie sociale et solidaire seulement avec des indicateurs comptables aussi frustres que le nombre de personnes employées et le degré d'autofinancement atteint. Or, c'est bien ce qui se met, là aussi, en place. Oui, il est urgent de ne plus réduire la vie économique au capitalisme marchand. Ceci est une pierre lancée dans le jardin uniquement comptable des DLA (Dispositif local d'accompagnement).

Ceux-ci ne peuvent qu'expliquer aux associations qui font appel à leurs services, l'art et la manière de se passer de subventions directes et de se positionner sur le plus que discutable marché des appels d'offres en modifiant une comptabilité et des pratiques associatives en comptabilité et gestion d'entreprises. Ce que Coluche savait résumer en une phrase : "Dites moi ce dont vous avez besoin et je vous expliquerai comment vous en passer".

Mais il faut tout de même reconnaître aux DLA l'autorité indispensable en matière d'analyse de situation. Encore une fois, ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Le DLA pratique bien et avec expertise le rôle qui lui a été assigné. Ce n'est pas le dispositif local d'accompagnement qui est ici remis en cause, c'est le système qui l'impose.

En savoir plus
(1) Polanyi est né à Vienne en 1886 mais est élevé à Budapest au sein de la bourgeoisie austro-hongroise. Il s'est distingué, notamment avec son ouvrage : "La Grande Transformation (1944)". Il s'agit d'une étude socio-historique de l'économie des puissances en équilibre à la veille et au cours de la Seconde Guerre mondiale.
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Polanyi démonte un mythe: celui du marché autorégulateur qui serait censé être la base du système économique. Il rappelle ce que tout historien économique - une discipline tombée en désuétude, et pour cause - sait : que le capitalisme s'est développé dans des économies fortement réglementée par l'Etat, qu'Adam Smith n'a jamais été un partisan du laisser-faire et que le paletot qu'on lui a fait enfiler après au sujet de la "main invisible" n'est qu'une fable infondée, et que tout cela est une histoire inventée ex-post dans la tradition positiviste et utilitariste et JB Say, Ricardo, Malthus et Comte. Il est beaucoup plus commode de tenter d'expliquer le marché comme régi par une "loi de la nature" et donc autorégulé que de comprendre la complexité du développement économique confontée à l'innovation technologique.

Selon Karl Polanyi, la terre, le travail et la monnaie - trois éléments qui sont la "substance de la société", ont été transformés en marchandises circulant sur le marché.

Mais ces trois éléments constituent des marchandises fictives :
- ce ne sont pas des marchandises dans la mesure où une marchandise se définit comme quelque chose qui est en premier lieu produit pour être vendu, ce qui n'est pas le cas de ces trois éléments.

Le marché autorégulateur a permis le "désencastrement" de l'économie et de la technique, leur séparation d'avec la société :
- les sphères de la production et de la distribution des biens ne sont plus sous le contrôle de la population, ni sous un contrôle politique et social comme dans les sociétés traditionnelles, mais apparaissent aux mains d'intérêts privés en concurrence pour le gain maximum.

Polanyi pensait que l'association produisait plus de richesse que la concurrence de tous contre tous, plus de richesses humaines, bien entendu... Enfin, il ne cessait de répéter ce que nous nous tuons à dire ici : "Le dernier mot, c'est la société qui l'a !". Que tous ceux qui nous reprochent de développer ici des articles qui selon eux : "n'ont rien à voir avec la vie associative" comprennent...

Il est mort en 1964.



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