Élisabeth Eidenbenz, la juste maternelle d'Elne

22-07-2014 SOCIETE LIBRE
Argelès-sur-Mer est une jolie petite ville du département des Pyrénées-Orientales. Adossée à la frontière espagnole, cette cité balnéaire offre ses larges plages au soleil généreux du Languedoc-Roussillon. Mais, derrière la jolie carte postale se cache une histoire que les habitants, pourtant totalement innocents, n'oublient pas.

En 1939, à la fin de la guerre d'Espagne, des dizaines de milliers de républicains franchirent la frontière et furent enfermés par les autorités françaises au camp de concentration d'Argelès-sur-Mer, situé juste au nord de la plage d'Argelès.

Un peu plus de 220 000 internés ont transité par ce camp. Après les espagnols, vinrent s'ajouter les Juifs, les Tziganes et tout ce que la France de l'époque comptait d'indésirables.

Sur la plage, dans des conditions d'hygiène déplorable, croupissaient par milliers des hommes, des femmes, des enfants. La maladie et la mort étaient les jumelles régnantes de cet enfer.

Quelques années auparavant, une institutrice suisse du nom Élisabeth Eidenbenz avait décidé de tout lâcher pour rejoindre l'association d'aide aux enfants en guerre. En 1937, elle est naturellement envoyée à Madrid pour aider les mères et les enfants victimes de la guerre civile espagnole.

En 1939, après d'épouvantables massacres, l'armée du général Franco gagne la guerre. Commence alors ce que les républicains vaincus ont appelé la retirada. Par dizaines de milliers, hommes femmes et enfants vont prendre la direction de la France pour échapper à la mort. Élisabeth Eidenbenz est du voyage qui la conduira au camp d'Argelès-sur-Mer.

Sur place, le spectacle qu'elle découvre l'amène à poursuivre son action auprès des enfants, des femmes enceintes et des jeunes mères. Sauver ceux qui peuvent l'être.

A quelques kilomètres d'Argelès-sur-Mer, sur la commune d'Elne, elle découvre le château d'En Bardou alors inhabité. Elle retourne en Suisse pour lever les fonds nécessaires pour installer une maternité de fortune au château. C'est donc sous l'égide du Secours Suisse aux enfants victimes de la guerre et avec l'aide de fonds privés qu'elle dirige cette Maternité suisse d'Elne de septembre 1939 à avril 1944.

Avec la débâcle de l'armée française, les fonds se raréfient et l'entreprise d'Élisabeth Eidenbenz devient chaque jour plus difficile. Et pourtant, alors que les nazis (avec l'aide de l'Etat français) persécutaient les juifs et les "indésirables", elle fit venir un nombre de plus en plus important de femmes à la maternité. Qu'elles soient réfugiées espagnoles, juives, tziganes, les portes de la maternité restèrent ouvertes à toutes les femmes persécutées.

597 enfants de 22 nationalités différentes sont nés dans le calme de cette maternité. Élisabeth Eidenbenz, avec l'aide d'un groupe de femmes décidées, ne se contente pas d'accueillir, elle aide également les femmes enceintes internées au camp de Rivesaltes à échapper à la déportation inéluctable en les acceptant "provisoirement" le temps d'un accouchement. En contact avec la résistance locale, ces femmes pouvaient ensuite s'échapper. La maternité est fermée par les Allemands en 1944. 400 enfants espagnols et 200 enfants juifs furent sauvés en 5 ans.

Élisabeth Eidenbenz recevra en 2002 la médaille des "Justes parmi les nations" (1) pour son action exemplaire. Elle est morte le 23 mai 2011 à Zurich.

En savoir plus
(1) Juste parmi les nations est la plus haute distinction honorifique délivrée par l'État d'Israël à des civils. 24 355 Justes parmi les nations de 46 pays ont été honorés. En tout, les Justes ont sauvé des centaines de milliers de personnes.

La retirada ou l'exode des républicains espagnols

Le centre d'internement de Rivesaltes

Camp d'Argelès - le film tourné en 2009 et sorti en salle le 31 mars 2010



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