A quels enfants allons-nous laisser le monde ?

10-07-2017 SOCIETE LIBRE
Jaime Semprun (1) était aussi bon éditeur que solide essayiste. C'est en 1997 qu'il a retourné la célèbre question : "Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?" Nous lui empruntons donc avec respect le titre de cet article. Il faut dire que la question, aujourd'hui, se pose. L'association française de pédiatrie ambulatoire vient de sortir une enquête qui précise que 44% des parents prêtent leur smartphone à leur enfant de moins de 3 ans pour l'occuper.

Ainsi, près de la moitié des enfants de moins de 3 ans utilisent un écran interactif pendant au moins 30 minutes par jour et 62% des enfants de 4 à 14 ans vivent dans un foyer équipé d'au moins 4 écrans connectés, sans compter les smartphones et autres tablettes.

L'enfant-écran est donc né et s'il respire normalement, on ne peut pas en dire autant de ses fonctions cognitives. Anne-Lise Ducanda, un médecin de PMI en Ile de France, effarée de ce qu'elle constate sur le terrain, a décidé de poster sur Youtube une vidéo dans laquelle elle alerte sur la surexposition massive des très jeunes enfants aux écrans (voir ci-dessous).

Le Dr Ducanda nous explique que "ces 5 dernières années, les enseignants nous demandent de plus en plus de voir des enfants qui présentent des retards de développement, des troubles du comportement et des troubles du spectre autistique."

Elle décrit des "enfants dans leur bulle, qui ne répondent pas à leur prénom, indifférents au monde qui les entoure. Ils ne jouent pas avec les autres, parlent en écholalie (2), ne comprennent pas des consignes toutes simples, sont inhibés ou au contraire très agités, intolérants à la frustration, parfois agressifs, ils battent des ailes avec leurs mains, regardent fixement une vitre ou la lumière."

Dans la petite ville où officie le docteur Ducanda, sur 500 enfants d'une même classe d'âge, 25 présentent ce tableau soit un sur 20. "C'est une évidence : on me signale de plus en plus d'enfants en grande difficulté. Cela monte de partout. Tous les professionnels de la petite enfance le constatent : les enseignants, les orthophonistes, les personnels des haltes garderies, disent la même chose. Dans les écoles je n'ai absolument plus le temps de faire des visites médicales de routine pour les enfants qui vont bien, je ne vois que des enfants qui vont mal."

Pas d'écran avant 3 ans conseillait pourtant en 2009 (comme le temps passe), à grand renfort de panneaux publicitaires, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.

Pour elle le constat est sans appel : "Je vois des enfants de deux ans capables de télécharger leur dessin animé préféré mais qui ne répondent pas à leur prénom. Ils présentent une certaine forme d'intelligence, mais elle est inadaptée. Cela trompe le parent, ce n'est qu'un automatisme cérébral."

Une solution docteur ?
Oui, lorsque l'exposition aux écrans est réduite de façon drastique, les symptômes de l'enfant disparaissent. Et s'il n'est pas trop tard, on peut encore sauver l'avenir cognitif de l'enfant.

Forcément, quand on évoque la télévision allumée en permanence, se pose la question du niveau social des familles concernées... "Peut être y a t il plus de postes de télé, et plus d'heures de télé allumée et un peu moins d'autres activités et de sorties proposées chez les catégories socio-professionnelles basses, mais c'est un phénomène qui touche tous les milieux sociaux. Même si, bien évidemment, il y a des terrains favorables à la surconsommation."

Elle poursuit : "Les enfants les plus touchés vivent dans des familles en détresse sociale et économique dont la seule ouverture vers l'extérieur est la télévision et qui vivent au gré des émissions du petit écran, télé qui permet de lutter contre l'isolement, et dans certains quartiers sensibles, de garder les enfants chez soi car l'extérieur est perçu comme dangereux."

Pendant ce temps là, les pédégés des Google, Netflix et autres géants de toutes les "Silicon Valley" du monde gardent jalousement leurs enfants loin des écrans... A quels enfants allons-nous laisser le monde ?

En savoir plus
(1) Jaime Semprun développe, au fil de ses ouvrages et des publications qu'il édite, une critique radicale de l'Etat, du stalinisme, du gauchisme et de la société industrielle.
Laissons-lui les derniers mots : "On ne rend pas justice à l'homme moderne si l'on n'est pas conscient de tout ce que ne cessent de lui infliger, jusque dans ses innervations les plus profondes, les choses qui l'entourent... Dans les mouvements que les machines exigent de ceux qui les font marcher, il y a déjà la brusquerie, l'insistance saccadée et la violence qui caractérisent les brutalités fascistes"

(2) L'écholalie est une tendance spontanée à répéter systématiquement tout ou une partie des phrases, habituellement de l'interlocuteur, en guise de réponse verbale.

Parents : comment agir face aux écrans ?









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