Bibliothécaires : les derniers hussards noirs de la République

01-08-2016 SOCIETE LIBRE
Quoi de plus innocent qu'une petite bibliothèque municipale ? Fréquentation libre qui mêle allègrement toutes les classes d'âges, la "biblio" est à la fois un lieu de vie et, hélas, la caisse de résonance de toutes les tensions sociales. Il faut dire qu'avec 12 millions d'usagers par an, le brassage est digne des jours de grand départ sur les quais de nos gares. Victime de son succès, la "biblio" est confrontée à une logique communautaire qui transforme ses rayonnages en foire d'empoigne entre ce qui est bien et ce qui ne l'est pas.

Présente au colloque "Les bibliothèques - Laïcité, censure, communautarisme, violence" organisé par le Comité Laïcité République, l'association des bibliothécaires de France ne peut que constater tous les dangers qui se profilent pour l'avenir des ces lieux de vie et de pensée.

La neutralité de la bibliothèque remise en cause
Neutralité qui devient un enjeu important face à des groupes politiques, confessionnels ou ethniques qui ne supportent pas l'autonomie et la liberté absolue de pensée qui y sont cultivées.

Médiathèques publiques : des élus aimeraient dicter aux professionnels leurs choix dans la constitution des collections, au nom d'une morale particulière, d'un positionnement politique, ou de l'élimination de textes considérés comme "blasphématoires". Depuis quelques années, les représentants les plus extrêmes de certaines religions exigent que l'on puisse dans la bibliothèque s'adonner à la prière.

Bibliothèques universitaires : les signes de l'inégalité assumée entre hommes et femmes se multiplient, les étudiants qui se réclament de la laïcité, de l'athéisme, sont soumis à une pression constante et parfois intimidante de la part de ceux qui se chargent de faire respecter les "édits célestes". Affiches et tracts fleurissent mystérieusement sur les murs, jeunes femmes et jeunes gens arborant les signes les plus ostensibles de leurs croyances sont de plus en plus nombreux.

Bibliothèques en feu : la "mode" a été lancée lors des émeutes de 2005. Depuis, il ne se passe pas un trimestre sans qu'une triste nouvelle de ce genre ne vienne s'ajouter à une liste déjà longue. Autodafé qui ne dit pas son nom, s'en prendre à un lieu d'enrichissement personnel et collectif, comme s'il fallait effacer ce qui ne peut être contrôlé...

Nos bibliothèques sont en danger. Comment trouver l'équilibre entre l'étranglement budgétaire de la censure politique et la pression communautariste ? Comment préserver et développer ces asiles de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité ? Comment poursuivre l'ensemencement de la libre pensée face à la domination numérique sur les moyens de la connaissance et du savoir par les grandes entreprises multinationales ?

La protection juridique des bibliothèques s'impose
On l'ignore souvent, les bibliothèques ne sont régies par aucune loi. Aucun statut ne protège ces lieux uniques ! Le choix des collections et leur fonctionnement sont laissés à la bonne volonté des mairies... Depuis 30 ans, on parle d'un texte législatif et tel le serpent de mer, jamais il n'apparaît. Il serait donc salutaire que chacun d'entre nous s'enquiert auprès de son député de la possibilité d'un projet de loi. A moins d'un an des législatives, cette amicale pression aurait un peu plus de chance d'aboutir...

Pour finir sur une note optimiste, laissons la parole à l'un de ces "hussards noirs" de la Culture pour tous : "En fonction du quartier dans lequel se trouve la bibliothèque, il faut s'adapter. Par exemple, dans un quartier à forte immigration marocaine, il est intelligent de mettre en vitrine des livres de recettes de la cuisine de l'Atlas. Mais sans oublier de poser juste à côté, un exemplaire du "Discours d'un Citoyen" de Voltaire."

En savoir plus
L'association des bibliothécaires de France

Comité Laïcité République



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