De l'écriture inclusive dans l'égalité salariale

02-01-2018 SOCIETE LIBRE
On a beau dire, la fin de l'année dernière n'a pas été facile. Cela a commencé par les emplois aidés qui n'ont plus été aidés du tout, puis dans la foulée, on a balancé ton porc, perdu d'Ormesson et sanctuarisé Johnny H. Du coup, les ordonnances Macron et l'écriture inclusive sont passées par pertes et profits. Exit les manifestations toutes maigrelettes contre les premières et le débat sans fin pour ou contre la seconde.

La France est quand même un drôle de pays. Pourquoi vouloir alourdir notre belle langue au motif de créer une pensée égalitariste ?

Oui je sais que l'on apprend aux enfants que "le masculin l'emporte sur le féminin" et que c'est idiot. Oui je sais, disait Gabin au crépuscule de sa vie, dans une chanson parlée où le représentant des vrais mâles (au cinéma seulement) avouait en toute humilité que "La vie, l'amour, l'argent, les amis et les roses, on ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses, c'est tout c'que j'sais ! Mais ça, j'le sais."

Alors comme ça, il faudrait alourdir l'écriture au prétexte qu'un bas du front, linguiste en fin de carrière au XVIIIe siècle, a sorti une connerie de plus ? Ne pourrait-on pas transformer "le masculin l'emporte sur le féminin" par "En cas d'un groupe de mots de genres divers, on écrit au plus court par commodité" ? Cela revient au même, mais plus person ne l'emporte sur quelqu'une.

Car je suis bien d'accord avec les féministes, la grammaire n'est pas neutre dans cette histoire. En commençant à parler, un enfant apprend à différencier les genres. Et ce n'est pas simple.
- "Pourquoi on dit pas le voiture ?" demande une petite fille à son papa.
- Ben, parce que c'est ta maman qui la conduit. Tu vois on dit le vélo parce ton papa monte dessus.
- "Ah... alors pourquoi on dit pas la balai ?"
- Heu... parce qu'il y a des exceptions en grammaire. Mais on dit bien la spirateur. Donc c'est juste.

A force d'entendre répété, sur tous les tons par tous les profs que "le masculin l'emporte sur le féminin", les petites filles ont fini par le croire et il faut reconnaître que cela nous arrangeait bien. Attention, pour éviter toute confusion, il faut bien différencier le genre du sexe. Par exemple, une grenouille peut aussi être un papa grenouille. En revanche, aucune confusion pour la grenouille de bénitier.

Donc par commodité, l'adjectif qui qualifie plusieurs noms de genres différents s'accorde automatiquement au masculin. Ainsi, "les hommes et les femmes sont grands". Le genre indifférencié met l'adjectif au masculin.

Pourquoi dans ces cas là, ne pas appliquer la règle dite de "proximité" ? Elle se pratiquait en grec ancien, en latin, et en français jusqu'au XVIIIe siècle. Et c'était simple : on accordait l'adjectif avec le nom le plus proche. Dans notre exemple, cela deviendrait : "Les hommes et les femmes sont grandes".

Et on verrait les plus machos d'entre nous se triturer les méninges afin de sortir des phrases en plaçant le nom masculin au plus près de l'adjectif. "Les femmes et les hommes sont grands". Espèce de macho hurlerait son épouse. Non galant, seulement galant, je t'assure ma bibiche. Bref, une façon comme une autre de tourner sa langue sept fois dans sa bouche. Et c'est tout de même mieux que : "Les hommes et les femmes sont grand.e.s". Non ?

En revanche, en matière d'égalité salariale, il y a comme un blanc. Autant la langue n'est pas inéquitable quoiqu'en disent certaines féministes, autant le salaire l'est. Et sur quoi repose cette injustice ? Sur un constat d'efficacité sans doute puisque les mêmes féministes n'en soufflent mot. Il faut dire, que pour certaines d'entre elles, le salaire kesako ?

Et puis, cela fait peuple de descendre dans la rue pour des questions salariales. S'accoquiner avec un costaud de la CGT, brrrr, cela fait froid dans le dos. Aaaah débattre des heures à la terrasse du Flore sur l'oppression masculine dans l'usage de la langue, ça a tout de même une autre gueule. Les médias en parlent, cela fait débat dans le pays. Alors que lutter pour que Françoise soit payée au même tarif que François pour un même travail... Mais qui cela peut bien intéresser ?

Je finirai sur une petite réflexion, une fois n'est pas coutume. Dans les pays ou le genre des mots est quasiment absent, comme chez nos amis anglo-saxons par exemple, le sexisme ne devrait pas exister puisque les habitants ne sont pas manipulés par des grammairiens fascistes. Alors qui peut bien m'expliquer la victoire de Donald Trump ?



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