Du pouvoir sans visage au visage sans pouvoir

04-02-2019 SOCIETE LIBRE
En 2012, au Bourget, le candidat François Hollande déclarait : "mon véritable adversaire n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne". Bref excès de lucidité vite envolé. Le président de la République actuel a un visage. Celui de M. Macron. Mais quel est exactement son pouvoir ? Le mouvement des Gilets Jaunes aura permis de mesurer à quel point, au bout du compte, le Roi, le nôtre, est nu.

Parce que les décisions importantes se prennent ailleurs, dans d'autres cercles, d'autres instances, qu'elles soient d'Europe ou du marché, le président de notre République n'a plus que l'apparence du pouvoir.

De fait, M. Macron, qui ne manque pas de qualité, n'est pas l'homme fort que les institutions de la cinquième république nous promettaient. Il est devenu, au fil des réformes européennes et des renoncements de nos dirigeants successifs - les deux vont de pair - comme le "courtier" d'une mondialisation présidée par le marché.

En tant que "courtier", il se doit - après avoir développé en campagne, et comme ses prédécesseurs avant lui, un juste audit de l'état de notre pays - d'appliquer une médication qui va à l'opposé de celle promise. Depuis le tournant de la rigueur entamé en 1983 par François Mitterand, tous les présidents, une fois élus, ont appliqué la même politique économique. Alors même que pendant leur campagne électorale, ils faisaient tous un assez bon diagnostique de l'état du pays et de ses besoins réels, une fois élus, ils exercent leur véritable profession : "courtier" du marché.

Les Gilets Jaunes, par leur obstination à ne rien céder, démontrent parfaitement les rouages de ce fonctionnement. Dans une autre situation, n'importe quel président, devant un tel entêtement et surtout un tel soutien de la population, aurait orienté différemment sa politique. Notre président, en imaginant qu'il le souhaite, ne peut rien changer. Sa marge de manoeuvre est ridicule. Tenu d'une main de fer par nos obligations européennes et l'étau du marché, son rôle se borne à faire la "pédagogie" de réformes aussi injustes que stupides.

De fait, le grand débat n'a aucune utilité. M. Macron sait parfaitement qu'il ne peut rien changer à sa politique, sinon à la marge et sur du "sociétal". Mais il ne peut pas le dire. Alors, il amuse la galerie avec le grand débat en pariant sur l'épuisement des Gilets Jaunes afin de reprendre la main dès la fin du mouvement. Pour cela, il utilise et détourne nos policiers de leur devoir premier qui est de protéger la population et son droit de manifester.

A présent, veuillez sortir votre calculette. Sur le site du grand débat, nous pouvons admirer les quatre thèmes que notre président nous a autorisé à débattre :
> Démocratie et citoyenneté : 32 958 propositions,
> Transition écologique : 42 456 propositions,
> Fiscalité et les dépenses publiques : 58 196 propositions,
> Organisation de l'Etat et des services publics : 36 571 propositions.
>> Total : 170 181 propositions au 04 février 2019.

En tenant compte qu'une personne peut naturellement faire plusieurs propositions, admettons 4 par personne, cela nous fait en tout et pour tout 42 525 personnes inscrites. Or, le gouvernement annonce, non sans une certaine fierté, sur son site gouvernement.fr : 1 233 952 visiteurs uniques, 224 280 inscriptions, 3 052 événements publiés dans l'agenda de la plateforme, 560 988 contributions déposées au 31 janvier 2019. On peut noter, au passage, l'absence de mise à jour automatique de la date et des chiffres car nous avons encore consulté le site le 04 févier à midi.

Si le chiffre du nombre d'inscrits est vrai (224 280 inscriptions), ainsi que celui des propositions (170 181), et que ma logique se vérifie (4 propositions par inscrit), cela ne fait que 42 525 personnes qui vont au bout du processus. Soit les manquants se sont perdus en route, soit ils ont trouvé le piège grossier.

En savoir plus
Le site du "Vrai Débat"
Le "Vrai Débat" est un site participatif mis gratuitement à la disposition de plusieurs groupes de Gilets jaunes issus de différentes régions de France par "Cap Collectif". Le "Vrai Débat" permet d'organiser un débat sans trucage ni démagogie et avec tous les thèmes possibles pour en débattre tranquillement. Cap Collectif se trouve également être le fournisseur de la plateforme de consultation du gouvernement "Grand Débat National".



Depuis 1999 au service des associations
Jurisprudence, décrets, lois, etc.

Exclure un membre d'une association : toute la jurisprudence

Il y a plusieurs façons d'exclure un membre d'une association. Mais même pour des raisons graves et légitimes, ce qui peut constituer une mesure d'urgence, la procédure à mettre

L'évolution du mécénat d'entreprise

Tous les deux ans, Admical publie son baromètre (1) du mécénat d'entreprise en France. Si les entreprises mécènes sont de plus en plus nombreuses, 82 000 environ, et généreuses

La certification unique des organismes de formation : c'est parti

C'est la loi Avenir professionnel du 5 septembre 2018 (1) qui porte en elle une réforme en profondeur du secteur de la formation. Secteur dans lequel les associations sont

Loi NOTRe : un frein pour l'avenir des subventions ?

La loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) a entraîné des transferts de compétences des communes vers des communautés de communes et d'agglomérations, a

Dons aux associations : attention aux moyens de paiements utilisés

Les moyens techniques mis à la disposition des donateurs augmentent sans cesse. De Facebook à Whatsapp en passant par Signal, Telegram, Paypal et bien d'autres, les plateformes

Une SARL membre d'une association : quelles sont les règles à respecter ?

Pour des raisons diverses et pas toujours tout à fait légales, de plus en plus d'entreprises petites ou moyennes se retrouvent membres d'associations. Comment articuler cette

Bénévolat : va-t-on remplacer la déduction fiscale par un crédit d'impôt ?

Conscients de l'importance du bénévolat associatif, tous les gouvernements ont cherché à l'encourager. Ils ont par exemple mis en place un système de déduction fiscale des frais

Chronique d'une mort annoncée : les Missions Locales ?

Nous avons écrit, en novembre 2018, un article intitulé : "Les missions locales nouvelle cible du gouvernement ?" (1). Ce que nous avions, hélas prévu, est en train de se dérouler

Affaire Apollonia : l'étrange bilan judiciaire d'une bien étrange affaire

Suite à la parution de notre article en mars 2013 : "L'affaire Apollonia : le procès de la défiscalisation ?" (1), nous avons été profondément surpris de son succès. Nous avons

Réduction d'impôt mécénat : le piège pour les petites associations

Les petites associations peinent à boucler leur budget, ce n'est pas une surprise. La tentation de faire des appels aux dons est grande, même si le résultat reste aléatoire.

Découvrir 10 autres articles
La société dans tous ses états

La défaite de la musique

La fête de la musique est née le 21 juin 1982, jour symbolique du solstice d'été, le plus long de l'année dans l'hémisphère Nord. Maurice Fleuret, directeur de la musique et de la

Vente des Aéroports de Paris : comme un avion sans aile

De très nombreuses associations nous ont demandé de nous prononcer sur la proposition de loi référendaire intitulée : "Proposition de loi visant à affirmer le caractère de service

Elles ferment sans crier gare

Au début, parce qu'il y a toujours un début à tout, les trains ne s'arrêtent presque plus. Un au petit matin, parfois encore un à midi et puis celui du soir. Difficile alors d'y

Les lapsus des femmes et des hommes politiques

En ce printemps étrangement agité, il est peut-être temps de faire une pause en se penchant sur les lapsus de nos politiques. Le mot d'abord, qui nous vient du latin Labor qui

Quand le nom de ma commune fait rire

Quand on arrive à Vatan (36 150), on peut craindre un accueil polaire. Mais est-ce que la vie est plus drôle à Marans (17 230), plus sexy à Corps Nuds (35 150), plus tendre à

L'Eurovision : une vision de l'Europe ?

J'ai l'âge d'avoir assisté à la retransmission du Grand Prix de l'Eurovision qui a vu la française Marie Myriam l'emporter avec sa chanson "L'oiseau et l'enfant" en 1977. Et je

Pourquoi - petit à petit - la solidarité remplace-t-elle la fraternité ?

Pourquoi - petit à petit - la solidarité remplace-t-elle la fraternité ? La question mérite d'être posée. La fraternité n'est-elle pas l'une des trois composantes de la devise de

Un déroulé de la France depuis la fenêtre d'un train

Prendre un TGV tôt le matin sous un ciel gris et bas, avec des traces de nuit qui flottent encore sur les quais encombrés d'une France embrumée. Paris, capitale du pays ? Et

Quand Victor Hugo nous parlait de la France

L'endroit sent l'humidité et la terre mouillée. Dans les arbres, un vent tenace lance ses griffes acérées sur les lourdes feuilles des tilleuls centenaires. Sur le mur, comme à

Une si douce France

Pour les lecteurs plus proches de la soixantaine, vous vous souvenez sans doute de l'affiche électorale de François Mitterrand en 1981. On y voyait le visage marmoréen du

Découvrir 10 autres articles
Un peu d'ESS dans nos associations

Service National Universel : premiers pas et premiers doutes

Dès l'année 2018, de très nombreuses organisations de jeunesse (Fage, Unef, JOC, Animafac, etc.) (1) ont pris position contre le Service National Universel (SNU). Pour ces

Lutte contre l'illettrisme : une urgence absolue dans une société de plus en plus numérique

De l'illettrisme, qui est l'incapacité pour un individu de déchiffrer un texte simple, à l'illectronisme qui désigne les personnes qui sont dans l'incapacité d'utiliser les outils

Quand les assemblées générales deviennent généreuses

Depuis 2009, le site HelloAsso s'est imposé peu à peu dans le paysage associatif français. De la gestion des billetteries à celles des adhésions en passant par le financement

En route vers un coopérativisme de plateforme ?

Comment répondre à la déshumanisation de nos échanges ? Comment contrer les visions destructrices de l'avenir ? Comment échapper au "tous contre tous" pour le profit de quelques

Le Haut-commissaire à l'ESS qui n'aime pas les associations

Il y a visiblement une constante avec les membres de ce gouvernement. Ils n'aiment pas celles et ceux qui osent résister. C'est actuellement le cas avec les enseignants qui ont

Le bénévolat : évolution et tendances fortes 2010 2019

Depuis l'année 2010, France bénévolat (1) nous propose son baromètre de l'évolution du bénévolat (pour les années 2010, 2013, 2016 et 2019). Une réalisation confiée à l'IFOP avec

Et la Nef va : une coopérative qui fait du bien à l'Economie Sociale et Solidaire

Alors que la gouvernance d'une mutuelle comme la Macif pose question (1) tant les rémunérations des dirigeants et administrateurs du groupe ont explosées, il y a des coopératives

Vers une remise en cause des frais bancaires appliqués par les banques ?

Au mois de février dernier, une étude menée par l'association 60 millions de consommateurs et par l'Union Nationale des Associations Familiales (UNAF), a révélé la mise en place

La reconstruction de Notre Dame passe en vitesse accélérée

Le monde entier a vécu l'incendie de Notre Dame de Paris comme une énorme catastrophe. De tous les pays sont venus des témoignages de solidarité avec la ville de Paris et sa

Une Agence Nationale du Sport : pour quoi faire exactement ?

L'arrêté du 20 avril 2019 porte approbation de la convention constitutive du groupement d'intérêt public dénommé "Agence nationale du sport" (1). Et ce malgré l'avis défavorable

Découvrir 10 autres articles