Du rasoir d'Ockham à l'an pire des sens

07-03-2016 SOCIETE LIBRE
Le rasoir d'Ockham ou rasoir d'Occam est un raisonnement philosophique qui repose sur le principe de simplicité que l'on pourrait résumer par : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple. Appliqué à la situation politique de notre beau pays, cette théorie démontre que l'art de faire simple n'est pas donné à tout le monde. Nos représentants, notamment, prouvent chaque jour que faire simple leur semble bien compliqué. Sans doute la perte du sens des mots n'est-elle pas étrangère à une situation qui renverse la table à chaque fois que le couvert est mis.

Et sous le fil du rasoir d'Ockham, posons un regard distancié sur l'état de la laïcité en France et celui encore moins enviable du PS.

1. La laïcité, ou comment perdre le sens des mots
En ce moment, les sociologues sont interrogés à toutes les sauces. Ils viennent gloser, ces grands penseurs, aussi bien de nos terreurs que de nos erreurs. Mais, lorsqu'on leur demande de nous expliquer pourquoi une (petite) partie de la jeunesse bascule dans le djhad, la réponse obtenue fait froid dans le dos :
- "Les gouvernements, au nom d'une laïcité discriminante ont tout fait pour. Le musulman a remplacé l'immigré dans l'image des stigmatisations. Les jeunes des classes populaires se sentent méprisés, rabaissés, insultés."
Alain Bertho dans l'Humanité dimanche du 28 février 2016
Ainsi dit, on comprend bien que l'ennemi, ce n'est pas l'islamisme mais la laïcité.

On peut rajouter à cette errance intellectuelle, le sort réservé au journaliste algérien Kamel Daoud par les penseurs de Libération, des Inrocks et autres grands esprits. Pire qu'une fatwa, l'homme a été accusé "d'islamophobie". Accusation terrible qui est aujourd'hui le degré 7 sur l'échelle de la perte des sens. Qu'avait donc dit ce journaliste pourtant connu et reconnu pour ses analyses sans concession d'une société qu'il connait bien pour y être né ?
Petit florilège d'une pensée jugée fausse parce que dérangeante :
- "... / ... L'univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir...",
- "Avec les derniers flux d'immigrés du Moyen-Orient et d'Afrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretiennent avec la femme fait irruption en Europe." (article écrit à propos du pogrom sexuel de Cologne du 31-12-2015).

Or, de son vivant, l'anthropologue Germaine Tillion (1) disait de même sur "le malheur des femmes musulmanes interdites d'espace public et soumises à l'empire de mâles adulés dès leur plus jeune âge".

De même, l'islamologue Bernard Lewis (2) a toujours soutenu que le "sexisme musulman" était une explication des difficultés du Moyen-Orient : "La relégation des femmes à un statut d'infériorité non seulement prive le monde musulman des talents et des énergies de la moitié de sa population, mais encore confie l'éducation, à un âge crucial, de l'autre moitié à des mères analphabètes et opprimées. Une telle éducation produit des individus arrogants ou soumis, inaptes à la vie dans une société libre et ouverte".

Alors pourquoi cette bronca contre le journaliste algérien Kamel Daoud ? Tout simplement parce que cet homme commet l'un des crimes les plus atroces qui soit : "défendre les valeurs européennes, voire françaises." Alors on pétitionne contre le criminel, on s'empresse d'occuper tous les médias pour jeter opprobre et discrédit et semer très vite le doute. Il en va de l'avenir du multiculturalisme cher à ces penseurs de gargouilles.

En effet, demander aux immigrés de respecter les femmes relève pour eux d'un "projet disciplinaire scandaleux du fait de l'insupportable routine de la mission civilisatrice et de la supériorité des valeurs occidentales qu'il évoque". Rien que ça ! Ils vont même jusqu'à le traiter, insulte suprême, "d'intellectuel laïque minoritaire".

En fait, ces universitaires français réputés, ne supportent pas que l'Algérien Kamel Daoud puisse adouber la laïcité pour ce qu'elle est : un rempart contre le moyen âge. Ils en font donc un traître à ses origines sans le dire formellement. Un racisme à l'envers en quelque sorte.

2. Daniel Cohn-Bendit illustre parfaitement la perte de sens de la gauche française. Rien de compliqué pourtant avec cet homme qui continue, plus de 40 ans après, à être surnommé le "diable rouge" par certains médias. Diable, je ne sais pas, mais rouge sûrement pas. Daniel Cohn-Bendit, c'est l'homme qui co-signe la tribune de Martine Aubry, pense comme Macron et finira par voter Juppé.

Il représente à lui seul le glissement politique et sémantique de cette gauche française "de gouvernement" qui n'a pas "perdu ses repères", mais qui prouve au grand jour qu'elle n'en a jamais eu. Ainsi, le roi est nu !

De la déchéance de nationalité à la loi El Khomri, ou comment casser l'unité nationale avec la première et désorganiser le travail avec la seconde, on assiste médusé à un petit voyage dans les limbes malades d'un socialisme de posture qui pousse ses derniers feux.

Ainsi, du "Tout est possible" de Léon Blum au "Rien n'est possible" de Manuel Valls, il n'y a pas un gouffre mais une perte : celle des ouvriers qui sont allés voter ailleurs. Alors, pour punir ces traîtres d'une cause à laquelle, depuis Mitterrand, ils ne comprennent plus rien, on va au bout d'une logique du rien pour rien.

Et l'on tente de leur prouver qu'il est possible d'arriver à moins que rien en s'attaquant au dernier "marqueur" de gauche, cette ultime barrière avant la jungle du néolibéralisme. Et l'absurde triomphe, ce qui est bien le propre des temps de déraison.

Si François Hollande souhaitait pousser les derniers récalcitrants dans les bras de l'extrême droite, il ne s'y prendrait pas autrement. D'ailleurs, c'est ce qu'il cherche. Comment espérer autrement sa réélection, sinon en aidant Marine Lepen à accéder au second tour ? Et pour ce faire, il faut éliminer le candidat de droite en siphonnant par avance son programme électoral. Que restera-t-il à Juppé ou à un autre pour se différencier du PS ? Plus de sécurité ? Le FN l'incarne tellement mieux !

Le souci, c'est que ce calcul compliqué risque de se heurter au raisonnement simple et souvent juste des électeurs... Et 2017 sera notre défaite à tous.

En savoir plus
(1) Germaine Tillion, née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire) et morte le 19 avril 2008 à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Elle est une résistante et une ethnologue française. Titulaire de nombreuses décorations pour ses actes héroïques durant la Seconde Guerre mondiale, elle est la deuxième femme à devenir Grand-croix de la Légion d'Honneur après Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Un hommage de la Nation lui a été rendu au Panthéon le 27 mai 2015, où elle est entrée en même temps que Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette.

(2) Bernard Lewis, né le 31 mai 1916 est un historien, professeur émérite des études sur le Moyen-Orient à l'université de Princeton, spécialiste de la Turquie, du monde musulman et des interactions entre l'Occident et l'Islam. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de référence sur le sujet.



Depuis 1999 au service des associations
Jurisprudence, décrets, lois, etc.

Que se passe-t-il avec l'Office National des Forêts ?

De très nombreuses associations de défense de l'environnement ou de groupements forestiers ou même d'organisations syndicales des personnels de l'ONF se mobilisent depuis de longs

Le point sur les obligations de sécurité pour les associations sportives

Avec le retour de l'été, les associations sportives sont soumises à rude épreuve. Outre l'accueil de nombre d'adolescents et la gestion des camps de vacances, la question de la

Quel avenir pour les associations d'aide aux familles de personnes disparues ?

Depuis quelques années, le nombre de personnes disparues a tendance à augmenter dangereusement en France. Plus de 68 000 en 2017, dont 49 422 disparitions d'enfants (1), sachant

Chronique d'une mort annoncée : les prud'hommes

Créés le 18 mars 1806 par Napoléon 1er, les conseils de prud'hommes vont-ils disparaître ? Les juges prud'homaux ont le blues. Ils sont en effet convaincus de la "mort programmée"

La refonte du FEAD : quel impact sur les associations ?

Alors qu'elle était encore la ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau avait fait une réponse plutôt positive quant à l'avenir du fonds européen d'aide aux plus

Vers une modification des modalités de dissolution d'une association mise en sommeil ?

Une association n'ayant plus aucune activité est qualifiée d'association mise "en sommeil", alors même que ce terme n'a aucune véritable valeur juridique. De fait, la seule

Les associations sont-elles concernées pas la nouvelle organisation territoriale ?

Le 12 juin 2019, la circulaire relative à la mise en oeuvre de la réforme de l'organisation territoriale de l'Etat a été publiée par le Premier ministre (1). Elle fait suite à

Associations : quels types de dons sont autorisés ?

Recevoir un don est, pour une association, suffisamment rare pour être apprécié à sa juste valeur. Et la suppression de l'ISF n'a certes pas aidé à encourager les éventuels

Associations : le point sur la taxe sur les salaires

En principe, les associations bénéficient d'un abattement (20 835 euros pour la taxe due au titre de 2019) qui permet à de nombreuses structures de ne pas devoir acquitter la taxe

Exclure un membre d'une association : toute la jurisprudence

Il y a plusieurs façons d'exclure un membre d'une association. Mais même pour des raisons graves et légitimes, ce qui peut constituer une mesure d'urgence, la procédure à mettre

Découvrir 10 autres articles
La société dans tous ses états

Le CETA : la mondialisation débridée

Le CETA, est l'accord commercial global signé entre le Canada et l'Union Européenne, et qui en anglais se traduit par Canada-EU Trade Agreement. Négocié en douce depuis 2009, il a

Le Guide de défense du journaliste

J'arrive à un âge, qui sans être déjà canonique, me permet d'avoir le recul nécessaire sur la société française. J'ai vu passé quelques présidents, quelques partis politiques et

CyberHaine : un étrange projet de loi

De très nombreuses associations dont La Quadrature du Net et même le Conseil national du numérique (CNNum) s'inquiètent de la dangereuse dérive que porte en elle la proposition de

La défaite de la musique

La fête de la musique est née le 21 juin 1982, jour symbolique du solstice d'été, le plus long de l'année dans l'hémisphère Nord. Maurice Fleuret, directeur de la musique et de la

Vente des Aéroports de Paris : comme un avion sans aile

De très nombreuses associations nous ont demandé de nous prononcer sur la proposition de loi référendaire intitulée : "Proposition de loi visant à affirmer le caractère de service

Elles ferment sans crier gare

Au début, parce qu'il y a toujours un début à tout, les trains ne s'arrêtent presque plus. Un au petit matin, parfois encore un à midi et puis celui du soir. Difficile alors d'y

Les lapsus des femmes et des hommes politiques

En ce printemps étrangement agité, il est peut-être temps de faire une pause en se penchant sur les lapsus de nos politiques. Le mot d'abord, qui nous vient du latin Labor qui

Quand le nom de ma commune fait rire

Quand on arrive à Vatan (36 150), on peut craindre un accueil polaire. Mais est-ce que la vie est plus drôle à Marans (17 230), plus sexy à Corps Nuds (35 150), plus tendre à

L'Eurovision : une vision de l'Europe ?

J'ai l'âge d'avoir assisté à la retransmission du Grand Prix de l'Eurovision qui a vu la française Marie Myriam l'emporter avec sa chanson "L'oiseau et l'enfant" en 1977. Et je

Pourquoi - petit à petit - la solidarité remplace-t-elle la fraternité ?

Pourquoi - petit à petit - la solidarité remplace-t-elle la fraternité ? La question mérite d'être posée. La fraternité n'est-elle pas l'une des trois composantes de la devise de

Découvrir 10 autres articles
Un peu d'ESS dans nos associations

Comment lutter contre la déshumanisation des services publics ?

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a souligné dans son rapport annuel (1) un fait étonnant : sur 140 000 réclamations reçues, 94 % portaient sur la relation des usagers avec

La bonne image des associations auprès des Français

On s'en doutait et les remontées de terrain nous assuraient d'une large adhésion. Mais le lire dans les résultats d'un grand sondage (1) fait du bien. Oui, les Français ont une

Service National Universel : premiers pas et premiers doutes

Dès l'année 2018, de très nombreuses organisations de jeunesse (Fage, Unef, JOC, Animafac, etc.) (1) ont pris position contre le Service National Universel (SNU). Pour ces

Lutte contre l'illettrisme : une urgence absolue dans une société de plus en plus numérique

De l'illettrisme, qui est l'incapacité pour un individu de déchiffrer un texte simple, à l'illectronisme qui désigne les personnes qui sont dans l'incapacité d'utiliser les outils

Quand les assemblées générales deviennent généreuses

Depuis 2009, le site HelloAsso s'est imposé peu à peu dans le paysage associatif français. De la gestion des billetteries à celles des adhésions en passant par le financement

En route vers un coopérativisme de plateforme ?

Comment répondre à la déshumanisation de nos échanges ? Comment contrer les visions destructrices de l'avenir ? Comment échapper au "tous contre tous" pour le profit de quelques

Le Haut-commissaire à l'ESS qui n'aime pas les associations

Il y a visiblement une constante avec les membres de ce gouvernement. Ils n'aiment pas celles et ceux qui osent résister. C'est actuellement le cas avec les enseignants qui ont

Le bénévolat : évolution et tendances fortes 2010 2019

Depuis l'année 2010, France bénévolat (1) nous propose son baromètre de l'évolution du bénévolat (pour les années 2010, 2013, 2016 et 2019). Une réalisation confiée à l'IFOP avec

Et la Nef va : une coopérative qui fait du bien à l'Economie Sociale et Solidaire

Alors que la gouvernance d'une mutuelle comme la Macif pose question (1) tant les rémunérations des dirigeants et administrateurs du groupe ont explosées, il y a des coopératives

Vers une remise en cause des frais bancaires appliqués par les banques ?

Au mois de février dernier, une étude menée par l'association 60 millions de consommateurs et par l'Union Nationale des Associations Familiales (UNAF), a révélé la mise en place

Découvrir 10 autres articles