En attendant de vos nouvelles, je prends congé

09-05-2017 SOCIETE LIBRE
Fatou Diome est née sur la petite île de Niodior au sud-ouest du Sénégal. A 13 ans, elle quitte son village pour suivre ses études ailleurs au Sénégal, tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots. A 22 ans, amoureuse d'un Français, elle se marie et le suit en France. Rejetée par sa belle famille, elle divorce et se retrouve en grande difficulté. Elle fait des ménages pendant six ans pour vivre et payer ses études. En 1994, elle s'installe à Strasbourg où elle enseigne à l'Université Marc-Bloch.

Elle se consacre également à l'écriture avec un talent reconnu et salué. Le "Ventre de l'Atlantique" lui vaut une notoriété internationale. Elle montre, avec un regard acéré, la chimère que représente la France pour de jeunes africains.

Pendant la campagne des élections Présidentielles, au mois de mars, l'émission "le Gros Journal" lui a donné la parole lors d'une interviewe enregistrée sur la place de la République à Paris. A la question : "Avez-vous peur de Marine Lepen", elle a fait la réponse suivante :

Non, je n'ai pas peur de Marine Lepen. Le rejet a toujours peur de l'amour. Je suis une fille. Je suis venu en France par amour. Donc rien, aucune haine, aucun rejet ne me fera rejeter la France. Et quand vous dites cela, vous faites peur aux sectaires. Et quand vous dites cela, vous faites peur aux populistes.

Quand moi, je dis cela, je m'accroche aux lumières européennes. Quand je dis cela, je veux dire : "Vos idées ténébreuses ne peuvent pas enterrer Montesquieux.", "Vos idées ténébreuses ne feront pas taire Marianne."

Nous devons pouvoir tirer des leçons de notre passé sans être otages de ce passé-là

Cette République a mis Marie Antoinette au trou et Hugo au Panthéon. Il y a des raisons à cela. Donc quand vous prenez l'amour, vous ferez toujours peur à la haine. Et l'amour est plus fort que la haine. Et la culture est toujours plus forte que l'ignorance.

Je crois à une France lumineuse qui se battra toujours pour ses valeurs et c'est pour cela que je la respecte. Et je la somme de me donner une preuve que tout ce qu'elle m'a enseigné est absolument véridique. Et je la somme de me montrer qu'elle est à la hauteur de son histoire lumineuse et humaniste.

Je veux que la France me prouve qu'elle a donné naissance à Louise Michel, à Clemenceau, à Jaurès. Je veux que la France de Victor Hugo me dise que le simple rejet des misérables d'aujourd'hui ne peut justifier le racisme.

Donc la liberté gagnée à la guerre (1), cette liberté là n'est pas que pour les enfants blancs de Marianne. Cette liberté là, c'est pour tous les enfants de tous ceux qui sont morts au front pour la défendre et la léguer à leurs enfants. Je suis une de ces enfants. Donc les sectaires ont peur de moi. Parce que moi, je les revendiquerai toujours comme mes frères et mes soeurs.


(1) En 1914-1918, lors de la Première Guerre mondiale, ce sont environ 200 000 Tirailleurs Sénégalais qui se sont battus sous le drapeau français, dont plus de 135 000 en Europe. Plus de 30 000 y ont trouvé la mort.

Entre 1939 et 1944, ils sont près de 140 000 Africains engagés par la France, près de 24 000 sont faits prisonniers ou sont tués au combat. Les tirailleurs sénégalais participent à la bataille de Bir Hakeim, à la conquête de l'île d'Elbe en juin 1944 et à la prise de Toulon, après le débarquement de Provence en août 1944.

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