En mode tics de langage pour la fin de l'année

28-12-2015 SOCIETE LIBRE
Difficile d'y échapper, nous en sommes tous victimes. Je suis sur Bordeaux en mode veille, c'est clair ? Absolument ! Hallucinant comme je gère grave. Trop, ce mec est trop. C'est juste pas possible. C'est pas faux. Je reviens vers vous. J'avoue. Pas de soucis. Vite fait alors. Ce que je te dis est entre guillemets. J'ai mis cette histoire entre parenthèses. C'est mortel ! Mots béquilles ou litotes, nos expressions toutes faites envahissent nos dialogues au point, dans certains cas d'en être l'unique contenu... Petite révision de fin d'année.

Selon le dictionnaire, la litote est "une figure de rhétorique qui consiste à déguiser sa pensée de façon à la faire deviner dans toute sa force". Autrement dit, caractériser une expression de façon à susciter chez le récepteur un sens beaucoup plus fort que n'aurait fait la même idée exprimée en toute simplicité.

En mode...
C'est l'expression type qui permet une fabuleuse économie de mots. Imaginez l'effort qu'il faudrait faire pour répondre à cette simple question téléphonique : "Tu fais quoi là ?" "J'suis en mode télé" et l'interlocuteur de comprendre... Plus court, y'a pas ! C'est la BD sans images. C'est à l'autre de remplir les cases, de combler les trous, en un mot d'imaginer.

Vite fait...
Le "vite fait bien fait" tronqué comme pour gagner encore du temps sur le temps. "Tu viens boire un coup ?" "Oui mais vite fait alors". L'art et la manière de délimiter le temps accordé, de prévenir que l'important dans l'invitation sera le coup à boire et pas la discussion qui pourrait naître. Le mot écran par excellence.

J'avoue !
A force d'avouer, que nous reste-t-il ? Avouer, c'est rendre les armes, craquer de guerre lasse devant l'acharnement du policier à ne rien lâcher, avouer c'est mourir. Aujourd'hui on avoue au lieu de dire simplement oui ou bien je suis d'accord. Avons-nous pour autant beaucoup de choses à cacher ?

Mortel !
Eugène Ionesco disait : "Tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat." Essayez avec le "mortel" actuel. L'expression avait disparu, remplacé par : c'est fatal, c'est (trop) stylé, etc. Elle nous revient en boomerang et tout ce qui n'est pas mortel est nul ou mort.

Pourquoi utiliser ces expressions ?
En fait, sans elles, on a l'impression que la phrase est bancale. Ce n'est certes pas nouveau, mais ce qui était un fait générationnel a envahi tous les âges. De 7 à 77 ans, leur prolifération est totale. Si auparavant, le tic servait à créer une complicité dans un groupe social donné, il est aujourd'hui partout, par tous et servi à toutes les sauces. On peut se demander, si dans ce monde du bruit, le silence qui suivrait un simple "oui" ne ferait pas plus de mal que "c'est trop mortel, trop top, genre de la mort, j'te jure".

Alors, puisque le silence est totalement banni, il faut remplir l'espace et prolonger la phrase. Tel un monde immature, qui favorise un langage proche du babil de l'enfant, que sa mère comprend à demi-mot.

Dans les bonnes résolutions lancées chaque 31 décembre, on pourrait tous tenter de mettre entre parenthèses ces expressions toutes faites, voire, mais je le dis entre guillemets, tenter de comprendre ce qu'elles remplacent. En mode surveillance, quoi !



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