Jaune jaune jaune le gilet, jaune jaune jaune il est

03-12-2018 SOCIETE LIBRE
La cinquième République a pris l'habitude de laisser aux manifestations populaires, un triangle compris entre Bastille, Nation et République. Une façon de parquer la colère dans une géométrie longtemps conciliante, puisque du même bois. Les "Gilets Jaunes" portent le fer au sein même du royaume des nantis, ce qui fait tâche dans l'univers feutré des affaires. Mais le symbole est fort : rendre visite à ceux qui les ignorent est une façon comme une autre d'imposer la mixité sociale.

L'affaire est entendue, et il ne sert plus à rien de brandir les mots fléchés comme "populisme", "poujadisme", "radicalisation", etc. Le mouvement des "gilets jaunes" est avant tout un vrai mouvement social, qui plus est, populaire.

Embarrassé par une vision d'uniformité désordonnée dite "vision de la poule", La République En Marche souhaite rester dans le vieux monde en dénonçant les "beaufs anti-écolos" manipulés par le Rassemblement national. Il est vrai que c'est pratique et puis, cela pourrait servir lors des élections européennes qui arrivent.

Mais en tenant ce discours, le gouvernement enfile, sans doute malgré lui, le costume étriqué du citadin nanti qui se sent importuné par les gueux sans dents et sans avenir ; l'uniforme empesé du premier de cordée qui sent du mou dans la corde ; la livrée repassée du grand vainqueur de la mondialisation heureuse qui découvre que ce bonheur est à géométrie variable.

Le plus étonnant, dans le mouvement des "Gilets Jaunes", c'est l'absence du bouc émissaire habituel, c'est à dire l'étranger ou le migrant. L'intelligence se pose ici par la désignation claire de l'adversaire : les gouvernements successifs et la classe dirigeante dans son ensemble.

Certes, comme le mouvement est composite, il y a parfois des dérapages, certaines contradictions et quelques demandes extravagantes. Mais la protestation, globalement, se dresse contre la vie chère, les bas salaires, la dureté du quotidien et l'inégalité fiscale et sociale.

En fait, c'est un discours de gauche, je veux dire, du temps où la gauche se souciait de défendre les plus défavorisés, avec des valeurs comme la justice et l'égalité. La disparition de cet objectif au sein du parti socialiste et l'exubérance du chef de la France insoumise ont laissé un grand vide. N'étant plus représentés et encore moins pris en compte, les "Gilets Jaunes" ont craqué et d'une colère montée, la mayonnaise a pris.

Et c'est le président actuel qui centralise les colères, mais il n'est pas, loin de là, le seul responsable. Même si sa morgue n'a rien aidé, on ne peut, par soucis d'objectivité, lui imputer l'entièreté de la responsabilité. De fait, l'enrichissement des riches, qui est à l'oeuvre depuis au moins quarante ans, a fait exploser le prix des logements en ville. En face, la stagnation du pouvoir d'achat des classes moyennes et populaires, les a poussées de plus en plus loin du centre ville et encore bien plus loin de leur lieu de travail.

Ce qui transpire de cette colère, c'est bien une lutte des classes mais qui se dédouble dans une lutte des espaces. Si les hausses de carburant ont mobilisé, elles sont surtout le reflet de ce que le britannique David Goodhart nomme, dans son essai : "The road to somewhere" (La route de quelque part), les "anywhere" (de Nulle part) contre les "somewhere" (de quelque part).

Un "anywhere" appartient à la classe privilégiée, mobile et mondialisée. Un "somewhere" est attaché à son espace, son endroit, son identité. Il souffre face aux mutations qui vont trop vite. Il se sent surtout lésé par une mondialisation vendue comme une opportunité et qui pour lui, se révèle être un désastre.

"Etre né quelque part" chantait Maxime Le Forestier. C'est bien le clivage. Quand le "anywhere" peut décider de s'expatrier pour protéger sa fortune de l'impôt, le "somewhere" prend de plein fouet une fiscalité qui s'impose à lui dans toute sa force et souvent dans toute son injustice. Il sent confusément qu'il est pris pour le dindon de la farce.

Il paie pour des services qui s'éloignent de lui : plus de gares, de postes, d'hôpitaux, de tribunaux, d'écoles, de gendarmeries et par simple logique, encore moins de cinémas, de théâtres, d'épiceries. Il sait que ce qui lui est pris, jamais ne reviendra.

Alors, n'ayant plus rien à perdre, le "Gilet Jaune" sera jusqu'au-boutiste et, parti d'une simple proposition sur les réseaux sociaux, le fleuve qui enfle ne peut que déborder. La classe populaire et la classe moyenne sont, en France, largement majoritaires.

Unies dans une même douleur, elles représentent aujourd'hui, le flambeau d'un espoir qui se décline, à chaque carrefour, par une tonitruante Marseillaise. Un chant dont l'aspect révolutionnaire ne doit pas échapper à une classe dirigeante que sa surdité a délégitimé. Le jaune est une belle couleur.

En savoir plus
Le titre de cet article est inspiré de la magnifique chanson de Claude Nougaro : Mai mai mai Paris mai, mai mai mai Paris.



Depuis 1999 au service des associations
Jurisprudence, décrets, lois, etc.

Le lien de subordination au sein d'une association sportive

Le lien de subordination est l'un des éléments constitutifs du contrat de travail, avec bien sûr l'exécution d'une tâche sous l'autorité de l'employeur et la rémunération idoine.

Valorisation de l'action des bénévoles des associations en France

C'est un peu l'Arlésienne des différents gouvernements. Comment valoriser l'engagement bénévole dans les associations ? Vaste sujet qui ne cesse de rebondir en écho, un peu comme

Rupture conventionnelle : la Cour de cassation précise les cas litigieux

L'utilisation de la procédure de rupture conventionnelle reste un moyen prisé par les salariés et les employeurs pour mettre fin au contrat de travail. Et ce, malgré la mise en

Récapitulatif 2019 des nouveautés législatives pour le secteur associatif

En ce début décembre, il est bon de faire le récapitulatif des textes, lois, projets, etc. qui vont impacter la vie associative à partir de 2020. Un florilège 2019 pas toujours

La requalification d'un contrat de travail en mission bénévole : une nouveauté

Jusqu'à présent, la justice nous avait habitué à requalifier des missions de bénévolat en contrat de travail. Ce genre de requalification est même aujourd'hui une pratique

Réunion du bureau d'une association : le procès-verbal est-il obligatoire ?

En règle générale, lorsque l'on consulte les statuts d'une association, la mention "procès-verbal obligatoire après chaque réunion du bureau" n'apparaît que très rarement. Certes,

Bien rédiger le règlement intérieur de son association

Si le contrat d'association est un contrat de droit privé soumis au principe de liberté contractuelle, avec une rédaction libre des statuts, il est impératif que ceux-ci soient

Une association peut-elle sous-louer une salle communale mise à sa disposition ?

Vous pourriez penser que cette question est bien étrange. Or, elle reflète une réalité de plus en plus courante. Cette période de vaches maigres pour les associations, les pousse

La garantie jeunes bientôt cumulable avec une mission de service civique ?

Aujourd'hui, un jeune qui effectue une mission de service civique est exclu de facto du dispositif de la garantie jeunes. Ce qui est souvent très mal vécu par les intéressés et

Jurisprudence 2019 : les obligations d'une association organisatrice d'une manifestation

Que doit faire une association, organisatrice d'une manifestation festive ou pas, pour assurer la sécurité des participants et éviter les risques prévisibles ? La jurisprudence de

Découvrir 10 autres articles
La société dans tous ses états

Quand la ruche dit oui

La ruche qui dit oui est une entreprise commerciale française (Equanum SAS avec un agrément ESUS) issue de l'Économie collaborative au même titre que Uber, Rn&B et autres

Les Sentinelles de la Nature

L'idée est toute simple, encore fallait-il y penser. Nous avons presque tous un smartphone. Nous aimons tous nous promener dans la nature. Et nous sommes tous accablés de

Le baromètre de la fraternité en forte hausse

Les inondations dans le sud de la France nous font découvrir des images de désolation. Entre ceux qui ont tout perdu sauf la vie et ceux qui pleurent un proche disparu, les images

Le coeur des soignants

L'enfant pleure, allongé sur un brancard, dans le couloir neutre du CHU de Rennes. Dans quelques minutes, il sera endormi puis opéré. Ses parents n'ont pas pu l'accompagner

Le projet de Terminal 4 à l'aéroport de Roissy

Lors du sommet climat le 24 septembre 2019 à l'assemblée générale de l'ONU, le président de la République a fait un discours remarquable et remarqué sur les moyens de lutter

Mise au point du ministère de l'intérieur sur l'état du site RIPADP

Avec seulement 900 000 signatures à 128 jours de la date butoir fixée au 12 mars 2020, le Référendum d'initiative partagée peine à faire le plein. Est-ce un signe du désintérêt

A Saint-Etienne, souriez vous êtes écouté

On en apprend tous les jours. Alors que le très controversé projet de reconnaissance faciale du gouvernement français, ALICEM (1), fait l'objet d'un recours au Conseil d'Etat pour

Seine Aval : quand le silence cache un désastre écologique absolu

Le 3 juillet 2019 est un jour de grand départ en vacances. Les automobilistes qui roulent sur l'A14 découvre un lourd panache de fumée noire avec à sa base, des flammes

L'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui regarde le doigt

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt. Ce proverbe chinois illustre à merveille mon propos du jour. Comment ne pas voir, à défaut de bien comprendre, que

EuropaCity : une ZAD aux portes de Paris

Alors que la conscience de l'urgence climatique s'éveille peu à peu parmi nos concitoyens, une autre urgence pointe son nez aux portes de Paris : le projet EuropaCity. Urgence de

Découvrir 10 autres articles
Un peu d'ESS dans nos associations

Le rôle des retraités dans les instances dirigeantes des associations

Alors que la réforme des retraites s'avance à pas de loup depuis que la contestation gagne du terrain, il est utile de s'intéresser au rôle des retraités dans les instances

La réforme des retraites : c'est François Fillon qui en parle le mieux

Vous vous demandez sans doute ce que vient faire François Fillon dans la réforme actuelle des retraites. Réforme qui risque bien de mettre des millions de Français dans la rue.

Mesurer l'Impact Social d'une association : une évaluation malaisée et malhonnête

Selon l'Avise, grande papesse du concept d'impact social, "Evaluer son impact social permet de démontrer que son activité est utile pour la société, d'affirmer son identité,

Service civique : les premiers chiffres de la grande enquête d'ampleur 2017-2018

C'est sous l'impulsion de l'Agence du Service Civique que l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire) a mené la première enquête statistique

BénévaLibre : le logiciel libre et gratuit pour faciliter la gestion des bénévoles

Quelle est la principale ressource d'une association ? Ce sont ses bénévoles naturellement. Et plus ils sont actifs en son sein, et mieux se porte la structure. Le bénévolat, par

Associations : voici une vraie vision décomplexée du malheur des autres

Il y a des jours où la lassitude nous gagne (on devrait dire nous perd) sans que l'on sache exactement pourquoi. La pluie trop forte ou un froid trop vif, une panne de voiture

180 responsables associatifs appellent à renforcer les moyens alloués au service civique

Il faut vouloir lire entre les lignes pour comprendre ce que l'appel des 180 responsables associatifs vise. Avec un titre volontairement provocateur : "Monsieur le Premier

Les conséquences pour les associations, les communes et les départements de la suppression de la taxe d'habitation

La suppression de la taxe d'habitation représente une perte de ressources pour les communes estimée à plus de 26 milliards d'euros. C'est le rapport "Bur-Richard" (1) qui donne ce

Ils vont privatiser nos routes nationales

Au mois de juin, nous annoncions que la privatisation de nos barrages hydroélectriques était engagée (1). Il s'agit maintenant de privatiser les routes nationales. Un décret,

Budget des sports 2020 : une hausse qui cache mal une baisse

La ministre des sports, Roxana Maracineanu, a présenté le budget de son ministère le 27 septembre dernier. Et c'est avec fierté qu'elle a annoncé, dans le cadre du projet de loi

Découvrir 10 autres articles