Je suis fulltime sur le feedback du process

24-07-2018 SOCIETE LIBRE
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais le sabir anglais ou pas à la mode dans presque toutes les entreprises et aussi, hélas, certaines associations, me sort par les trous de nez. Sans compter la presse qui s'y met aussi. Ainsi, quand j'ai lu que notre président s'était fait un DABE, le ringard que je suis a pensé qu'il avait braqué un distributeur de billets. Aussi improbable que s'il créait une milice privée pour assurer sa sécurité.

Aujourd'hui, le bobo a disparu au profit de la gentrification (du mot anglais gentry "petite noblesse"). Cela ne change rien au fait qu'un quartier "gentrifié" voit ses pauvres le quitter pour s'installer plus loin, mais ça en jette plus que bobo.

Dans une start-up, le mot salaire ou rémunération voire paie est un trauma difficile à surmonter. Il faut dire "gratification". Cela peut se comprendre par le nombre de stagiaires figés dans l'"open-space", mais cela en dit long sur l'évolution du monde du travail. Gageons que l'on dira pourboire dans quelques années... Naturellement, puisque le salaire a disparu, le salarié s'est transformé en "collaborateur" et le fayot en "corporate".

On ne fait plus un retour d'informations, mais un "feedback", on ne dirige plus une équipe, on prend le "lead", l'essai est devenu un "draft" et la concentration un "focus". Nous sommes tous "overbookés". L'injonction est toujours de mise, mais c'est tellement mieux de dire ou écrire "ASAP" (As Soon As Possible) que de dire ça urge. On ne récupère plus le travail d'un autre, on devient "force de proposition". On n'est plus viré comme un malpropre, mais on donne une nouvelle orientation à sa carrière.

Ce qui ne va pas devient un "axe d'amélioration". La déception laisse la place à une formule magique : "en dessous des attentes" et on obéit plus, on "applique les process". Voler les bonnes idées d'un concurrent ne se fait plus, on "benchmark", c'est tellement mieux. Dernièrement, j'ai entendu une "collaboratrice" d'un directeur des ventes dire, en lisant un rapport, "c'est touchy". Le rictus qu'elle arborait laissait peu de place au doute, mais cela va mieux en le disant, elle voulait dire que c'était de la merde.

Ces glissements sémantiques accouchent d'une novlangue qui réduit la pensée à un "brainstorming". Il devient alors aisé de remplacer les cotisations sociales par les "charges salariales" et faire culpabiliser un peu plus le "collaborateur" qui coûte si cher et rapporte si peu. Albert Camus disait que : "Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde."



Depuis 1999 au service des associations

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