La mystérieuse disparition de Majorana

12-11-2018 SOCIETE LIBRE
Étienne Klein est un philosophe des sciences. Il est aussi directeur du laboratoire de recherche sur les sciences de la matière du Commissariat à l'énergie atomique. Il est également amateur d'anagrammes. A partir du titre du livre de Leonardo Sciascia, "La Disparition de Majorana" dont nous empruntons le titre, il a créé l'anagramme suivant : "J'adorai la dimension à part".

Quand on connait la vie de Ettore Majorana, on ne peut qu'être étonné, une fois de plus, de l'étrange faculté que peuvent démontrer les anagrammes. Comme s'ils dévoilaient à plaisir, la face cachée des mots.

Ettore Majorana est né le 5 août 1906 à Catane en Sicile. La date de sa mort est présumée se situer après 1959. Entre ces deux dates, cet homme mince à la démarche timide voire incertaine mais aux yeux vifs et étincelants d'intelligence a montré son génie. Enrico Fermi (prix Nobel de physique en 1938) le fera venir à l'Institut de physique à l'université de Rome.

Fermi travaillait à l'époque au modèle statistique de l'atome. A l'entrée de Ettore Majorana dans son bureau, Fermi lui montre un tableau de données sur lequel il travaille. Majorana, visiblement intimidé, écoute avec attention. A la fin des explications de Fermi, il pose quelques questions et prend congé. Le lendemain, Majorana entre dans le bureau de Fermi, sort de sa poche un papier sur lequel il a reproduit le tableau vu la veille et explique simplement que les résultats de Fermi sont justes et s'en va.

Difficile ici d'expliquer l'importance des travaux de Majorana pour la physique moderne. Mais ils ont apporté une contribution fondamentale à son développement grâce à la façon absolument originale qu'il avait d'aborder les questions qui se posaient alors. En neuf articles scientifiques, dont certains n'auront été compris que longtemps après sa disparition, cet homme a révolutionné la science.

Enrico Fermi disait de Ettore Majorana : "Il y a plusieurs catégories de scientifiques : ceux qui font de leur mieux, et ceux, de premier plan, qui font des découvertes importantes. Et puis, il y a des génies, comme Galilée, Newton, Einstein. Ettore était de ceux-là".

Mais comment vivre parmi les hommes quand on possède une intelligence hors du commun ? Comment vivre tout simplement quand le simple bon sens des humains "normaux" fait défaut ? Alors qu'il se trouve en Allemagne en 1933, lors de l'arrivée de Hitler au pouvoir, il écrit à un ami : "Situation politique intérieure complètement tranquille".

Quelques jours plus tard, alors que des étudiants nazis ont brûlé vingt mille livres d'auteurs juifs dans la cour de l'université de Berlin, Majorana écrit à sa mère, depuis la ville de Leipzig où il se trouve : "En réalité, non seulement les Juifs, mais aussi les communistes, et, de manière générale, les opposants sont éliminés en grand nombre de la vie sociale." Aucune gêne visible dans cette description "analytique" d'une situation dramatique.

De turbulences en coups de génie, de dépressions en effervescences, Ettore Majorana était capable de rédiger en quelques jours un article aussi important que "Théorie symétrique de l'électron et du positron" qui donnera son nom à la particule de Majorana. Et ensuite de disparaître pour vivre reclus, dévoré par les doutes et coupant tous les ponts.

A partir de 1938, il rédigea plusieurs lettres dont une à sa famille dans lesquelles il parle ouvertement de son suicide. A 31 ans, après avoir vidé son compte en banque et pris son passeport, il s'embarqua à bord du navire qui assurait la liaison Naples-Palerme et disparu. Du suicide à l'exil, du couvent à l'enlèvement, les supputations vont bon train. Certains disent l'avoir aperçu en Argentine.

En savoir plus
Les travaux de Ettore Majorana sur la particule de Majorana n'ont pu être vérifiés scientifiquement qu'à partir de 2014. En 2016, la preuve de l'existence des fermions de Majorana était apportée par des chercheurs de l'université de Cambridge. En 2018, des chercheurs japonais annoncent avoir identifié la particule de Majorana. Soit plus de 80 ans après les calculs de Majorana.

En 2015, le bureau du procureur de Rome a publié un communiqué déclarant que Ettore Majorana était sans doute vivant entre 1955 et 1959. Il aurait été formellement reconnu à Valencia, au Venezuela.

Les apports immenses et presque prophétiques de Majorana à la science.





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