Laïcité, pour ses 110 ans la messe n'est pas dite

14-12-2015 SOCIETE LIBRE
La loi de 1901 est la mère de celle de 1905. Sans la première, la seconde n'aurait pas pu voir le jour. La loi de 1905 est celle de la séparation des Eglises et de l'Etat dite loi de la Laïcité. La France est donc devenu un pays laïc il y a seulement 110 ans. Il aura fallu, pour en arriver là, plusieurs guerres civiles où l'horreur et le meurtre se cachaient derrière les Croix. Combien de "Saint Barthélémy" pour que les Eglises de l'époque cèdent enfin à la raison ?

110 ans et la France n'est toujours pas apaisée du côté d'une laïcité qui gratte et irrite encore beaucoup de monde.

Ce qui s'est passé lors des manifestations contre le "mariage pour tous" en dit bien plus long que tous les discours convenus sur le sujet. Et "nos racines chrétiennes" plébiscitées par certains responsables politiques démontrent que notre avenir laïc commun n'est pas gravé dans le marbre. Sans oublier un ancien président de la République qui estimait le 20 décembre 2007 que : "....dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur..." (1)

Pas de laïcité à géométrie variable
La séparation des Eglises et de l'Etat ne doit souffrir aucune exception. Tous les citoyens, croyants ou non, doivent être égaux devant cette loi qui délimite les contours de la sphère privée, qu'elle soit religieuse ou pas. Transiger sur l'avortement, les menus des cantines scolaires, le contenu d'oeuvres culturelles, l'aménagement des horaires de piscine, l'installation de lieux de cultes dans des entreprises publiques, etc. pour complaire à l'un ou l'autre est inacceptable.

La laïcité est une loi de liberté qui assure la coexistence pacifique des religions et des associations agnostiques ou bien athées. La laïcité est une loi d'égalité parce que toutes les associations de pensées, qu'elles soient religieuses ou antireligieuses, ont un droit d'existence garanti par l'Etat. La laïcité est une loi de fraternité car elle a mis fin à des siècles de guerres aussi horribles que stupides.

Des migrants vont arriver dans notre pays. Ils seront sans aucun doute très nombreux. On peut ériger tous les murs, nous ne pourrons pas empêcher cela, sauf à tirer dans le tas. Aucune démocratie ne prendra ce risque et c'est heureux.

Connaissez-vous l'expression "mettre les patins" ?
C'était la phrase favorite de ma tante. A peine avais-je eu le temps d'ouvrir la porte, que je l'entendais crier : "tu as mis les patins" ? Son parquet était sans doute un prolongement boisé de sa personne. Toujours est-il que j'avais intérêt à les "mettre", ces fameux patins.

Les réfugiés qui vont arriver chez nous pour y vivre en paix ne seront pas reçus sans de profondes réticences et c'est normal. Ils doivent comprendre, pour que l'accueil soit un peu plus cordial, qu'ils devront faire l'effort de "mettre les patins".

Les Français ne demandent pas aux musulmans de renoncer à leurs croyances, à leurs prières, à leur refus de manger du porc, à leurs particularismes religieux dans la mesure où cela reste compatible avec nos règles de vie. De la même façon, ils n'ont pas à nous demander de renoncer à pratiquer, dans une France laïque, l'athéisme, le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme et tous nos "ismes" à nous.

Ils doivent savoir, ces migrants qui vont arriver, qu'ils entreront dans un pays où des valeurs très fortes ne peuvent en aucun cas être contestées :
- l'égalité entre les hommes et les femmes,
- la liberté de penser, d'écrire, de filmer, de dessiner, etc. ce que l'on veut et comme on le souhaite,
- la possibilité de croire ou de ne pas croire,
- le respect de l'espace public,
- l'apprentissage de notre langue,
- et tout ce qu'ils découvriront au fur et à mesure...

Si les migrants oublient de mettre les patins, une guerre civile n'est pas à exclure. Ils risquent alors de retrouver ici ce qu'ils ont fui chez eux...

110 ans et combien de renoncements ?
Le 17 novembre 1918, la cathédrale de Paris est noire de monde, plus une seule chaise de libre. La foule se presse et entonne en choeur une Marseillaise d'une rare ferveur patriotique. Seule absence remarquable : tous les membres du gouvernement ! Cette histoire se déroule 6 jours après la signature de l'armistice. Le président du Conseil, un certain Georges Clemenceau, s'est opposé au nom de la loi de 1905 à la présence de ses ministres à cette cérémonie religieuse pourtant hautement symbolique.

Le 15 novembre 2015, au même endroit et pour honorer les morts des attentats, la Marseillaise est jouée par les grandes orgues sous lesquelles se presse tout le gratin politique, ministres en tête. 97 ans séparent ces deux dates et combien de renoncements ?

En savoir plus
(1) Pour bien comprendre les menaces qui pèsent sur notre laïcité, et les renoncements politiques qui ne cessent de l'affaiblir, je vous conseille la lecture du discours qu'a prononcé Nicolas Sarkozy au Palais du Latran le 20 décembre 2007. Il était alors président d'une République laïque et démocratique.
Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran le 20 décembre 2007 - Le Monde

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