Les associations : les oubliées du Grand Débat National

14-01-2019 SOCIETE LIBRE
C'est une constante chez le président de la République, sa difficulté à appréhender les corps intermédiaires dont les associations sont partie intégrante. La lecture de sa "Lettre ouverte aux Français" est, à ce titre, édifiante. Le mot "association" n'est pas cité une seule fois. Oublier un corps intermédiaire qui représente, en pourcentage de la population française, 25% de bénévoles actifs et 38% intéressés par le bénévolat, est pour le moins étonnant.

L'association des maires ruraux de France, autre corps intermédiaire ignoré, a déclaré : "On organise pas le grand débat. On met des moyens matériels à disposition. On est facilitateurs, sans ingérence politique ou idéologique".

Parce que le président avait boudé le 101ème Congrès des Maires de France fin 2018, André Laignel, vice-président de l'AMF a été encore plus explicite : "C'est une manoeuvre d'enfumage. Vous conviendrez que les maires de France ne se sentent en aucun cas engagés par ce débat et ne sauraient être à quelque niveau que ce soit co-organisateurs [...] C'est une totale incohérence et c'est surtout une volonté de communication, de campagne et non pas un véritable débat sérieux sur lequel quelque chose pourrait déboucher." (FranceInfo du 10-01).

Les associations oubliées, les maires révoltés, les Gilets Jaunes opposés, le "Grand Débat National" serait-il mort-né ? Sans prédire de l'avenir, il semble que les Français ne soient pas dupes. Ils sentent parfaitement que c'est un moyen, pour le président, de reprendre la main sur un mouvement social qui lui a dicté de force des "concessions financières" (prime d'activité, heures supplémentaires, etc.) qu'il n'avait absolument pas l'intention de faire.

Plus troublant est le rôle que l'exécutif semble vouloir faire jouer au débat. Alors que les Gilets Jaunes demandent une augmentation du SMIC, le président dans sa lettre leur répond "Laïcité". Alors que la rue réclame un "Référendum d'initiative citoyenne", la lettre propose "Immigration". Last but not least, la demande du "rétablissement de l'ISF" reçoit un curieux "Suppression de services publics". Trois thèmes qui n'ont jamais été traités par les Gilets Jaunes.

La pédagogie du président sur l'impôt est un modèle du genre. Alors que pour ne pas augmenter le SMIC, il défiscalise les heures supplémentaires, la prime exceptionnelle (ce qui représente un manque à gagner certain pour l'Etat), il nous explique que "L'impôt est au coeur de notre solidarité nationale. C'est lui qui finance nos services publics". Merci monsieur le professeur. Puis il rajoute l'air de rien : "Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?". Quelle gentillesse.

Cette question est destinée à amorcer le coeur de sa philosophie : "Nous ne pouvons, quoi qu'il en soit, poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique". Et de poursuivre finaud : "Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ?"

La santé, l'Education, les aides sociales coûtent effectivement un "pognon de dingue". Le président l'a dit et répété. Avec cette lettre, voici le message subliminal qu'il nous adresse : "seule une privatisation de certains services publics permettrait une baisse d'impôts". Hélas pour lui, les Français ont de la mémoire. De nombreux services, qui étaient auparavant publics, ont déjà été vendus au privé : la privatisation des autoroutes par exemple. Nos impôts ont-ils baissé pour autant ?

Quant à la promesse exprimée par le président de prendre en compte les propositions des Français, il ne faut se faire aucune illusion. Comment pourra-t-il faire la synthèse entre toutes les propositions qui seront forcément contraires ? En faisant du "en même temps" ? Ne pas oublier que ce président fraîchement élu, en 2017, avait promis zéro SDF à la fin de cette même année. L'association "Collectif Les Morts de la Rue" nous annonce déjà 15 décès de SDF depuis le 1er janvier 2019 et 422 en 2018.

Les 35 questions que le président de la République pose aux Français montrent une réalité que l'homme avait cherché à cacher avec sa posture jupitérienne. Il ne sait pas. Il ne sait rien. Il est perdu. Il demande à son peuple une direction qu'il est dans l'incapacité de prendre depuis que son bréviaire néolibéral ne fonctionne plus. En fait, dès le départ, il ne savait pas où emmener la France et les Français. Il n'a jamais su. Il déroulait simplement, avec talent, le programme économique européen.

Alors, il faut le dire, ce grand débat n'a pas d'autre objectif que d'endormir la rue en proposant des thèmes (immigration, laïcité, etc.) dont personne ou presque ne parle mais qui auront l'avantage de diviser, de cliver et de faire monter l'extrême droite pour se présenter en rempart de celle-ci lors des élections européennes. Cette attitude est irresponsable dans une France aussi divisée. Elle est indigne d'un chef d'Etat d'un pays comme le nôtre.

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Lettre aux Français



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