Les Cloches de Notre Dame de Paris

16-04-2019 SOCIETE LIBRE
Comme tout le monde, j'ai beaucoup pleuré hier au soir devant l'inimaginable spectacle d'une forêt qui brûle. Celle-ci avait poussé sous une toiture de plomb faite de 1326 tables de 5 mm d'épaisseur pesant 210 tonnes. Le tout reposant sur une dentelle de pierres qui affiche 850 ans au compteur. Pour ne pas tomber dans les superlatifs encombrants, disons simplement que la vieille dame est encore très belle. Et qu'elle berce dans ses bras clochers, tous les amoureux de la terre.

La France attendait un président et ses solutions, elle a eu un dramatique incendie. Un augure, chargé d'observer certains signes, en tirerait quels présages ?

Hier au soir, profitant de notre abattement, les chaînes de télévision versaient dans un émotionnel de pacotille jusqu'à poser des questions à des gens en larmes exprimant simplement une vraie douleur qui, comme il se doit, était muette. Alors, à la recherche du bon client qui dira combien il est triste (ce que nous savons tous), une jeune journaliste est tombée sur l'oiseau rare.

Elle portait des lunettes d'écailles, une espèce de peignoir informe et étalait devant elle 5 panières à chats pleines de chats. La journaliste, avide d'émotions fortes, posa la question essentielle en pareil moment : "Que ressentez-vous madame ?" La matrone ne ressentait pas grand chose. Elle avait été priée de quitter son appartement dare-dare car il jouxtait la Cathédrale en flammes.

"Que ressentez-vous madame ?" Accrochée à sa question comme une moule à un rocher, la journaliste commençait à paniquer. La bonne cliente passait du carrosse à la citrouille et nous étions loin de minuit. "J'ai dû quitter précipitamment mon appartement et je n'ai eu que le temps de prendre mes chats". "Vous êtes triste de voir Notre Dame en feux madame ?" La dame en question n'avait pas l'air triste du tout.

"Je ne sais pas combien de temps cela va durer et je n'ai rien pour nourrir mes petits." Perdant pied, la journaliste insistait cependant : "Vous devez être bien triste devant ce spectacle madame ?" "Je suis surtout triste pour mes petits, qu'allons nous devenir si elle s'écroule ?" Sentant s'éloigner la plage, la journaliste affûtait ses rames prête pour une longue traversée en direct.

Et la dame aux chats de planter son regard dans la caméra et de demander à un responsable invisible : "Vous croyez que cela va durer longtemps ? C'est que je n'ai pas que ça à faire moi. Et eux (montrant ses "petits"), que vont-ils devenir ?" Désespérée, la journaliste planta son micro sous le nez d'un brave type qui enfin lui apporta la bonne réponse : "Oui, je suis triste, très triste. Le monde entier est triste. Notre Dame, c'est un peu le clocher du monde". Et la journaliste de respirer enfin.

Depuis ce matin, nos évadés fiscaux notoires se donnent le beau rôle en faisant des dons pour le patrimoine. Moi je file 100 briques ! Moi 200 ! 200 à ma gauche, allez, qui dit mieux ? Bolloré vous montez à 300 ? Et vous Drahi, combien ? Cette course aux dons, de la part de ces indélicats milliardaires, me donne envie de vomir. Comment leur dire, à ces pauvres gens, que les pompiers qui se sont battus pour sauver Notre dame sont payés grâce à l'impôt ?

Quelle indécence de la part d'un Pinault, qui a fraudé le fisc de 2,5 milliards d'euros, de venir proposer 100 millions. Pire, si comme il en est question, Notre Dame est classée "Trésor national", ce triste sire pourra récupérer 90% du montant du don, dans la limite de 50% de l'IS dû. Et les autres itou.

Alors je déclare solennellement que je ne participerai pas à la souscription nationale pour Notre Dame. Je paie mes impôts. Je ne fraude pas. Je n'optimise pas et je ne m'évade pas fiscalement. Si tout le monde agissait ainsi, il y aurait 100 milliards d'euros en plus dans les caisses de l'Etat, de quoi payer les travaux de Notre Dame, des hôpitaux, des écoles, des routes et bien d'autres choses. A bon entendeur.

En savoir plus
Le titre de l'article est emprunté à une chanson de Léo Ferré. Petit texte court qui résonne étrangement aujourd'hui.
Cloches de Notre Dame à Paris
Qui sonnez les glas et les carillons
Qui sonnez la joie et la peine
Cloches de Notre Dame à Paris
Vous êtes vieilles comme le monde
Vous êtes pauvres comme la Seine
Vous êtes tendres comme le bronze
Cloches de notre Dame à Paris
Cessez vos glas et vos carillons
Et penchez vous un peu du côté d'Aubervilliers ou des Lillas
Et chantez le bonheur de ceux qui n'en auront jamais
Cloches de Notre Dame à Paris
Qui sonnez chaque mort d'évêque
Sonnez un jour une nuit au hasard comme ça toutes seules
Ça mettras les gens en bas de leur lits
De leur lits douillets à Paris
Et ça fera peut-être peur
Aux imbéciles.




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