Mérimée, Malraux et Lang mis KO par une Fleur

09-11-2015 SOCIETE LIBRE
Quand l'Etat refuse, par une politique fiscale juste et rationnelle, de remplir ses caisses à hauteur de ses missions, il ne lui reste plus qu'à emprunter pour combler ou bien amputer pour se désendetter. L'austérité devient alors horizon indépassable. Et la politique consiste à nommer réforme, la suppression de législations existantes, plutôt que d'avouer devant l'opinion qu'on a plus les moyens de les faire appliquer. Car faire respecter une législation contraignante demande des moyens. Il faut des fonctionnaires compétents, de qualité et en quantité suffisante.

Ainsi, faute de donner aux hôpitaux, aux tribunaux, aux lycées professionnels, aux associations, etc. les moyens de fonctionner correctement, l'Etat préfère fermer ou bien laisser au privé le soin de "gérer" l'abandon.

Depuis 1897, les architectes des bâtiments de France (ABF) ont dans leurs missions de service public, l'entretien et la conservation des monuments protégés. Le service veille également à la préservation des espaces protégés et contribue à leur mise en valeur. Enfin, ils veillent sur les techniques de restauration et s'assurent de la bonne réalisation des travaux selon les règles de l'art. Ils sont 280 pour gérer environ 44 200 immeubles protégés au titre des Monuments Historiques dont 33 % sont classés et 67 % sont inscrits.

Les architectes des bâtiments de France dépendent du ministère de la Culture. Dommage, car c'est justement ce dernier, qui rappelons-le doit également veiller sur le patrimoine, qui présente un projet de loi dit : "Liberté de création, architecture et patrimoine" défendu par Fleur Pellerin, ministre de la Culture.

Ce projet de loi, (1) déjà voté en première lecture à l'Assemblée Nationale, risque effectivement de promouvoir une nouvelle liberté : celle de considérer l'ancien comme du vieux et donc de le raser. Au revoir châteaux, chapelles et petites places de villages et bonjour aux ronds-points et autres catastrophes "modernistes".

D'un trait de plume ou presque, c'est la remise en cause d'une législation protectrice, lentement tissée pendant plus d'un siècle par des hommes aussi différents que Prosper Mérimée, André Malraux et même Jack Lang. Hélas, la mobilisation des associations et professionnels du patrimoine contre ce projet de loi a eu très peu d'écho.

De quoi s'agit-il ? Depuis plus d'un siècle, rien dans une commune ne pouvait être modifié ou détruit sans l'accord des 200 architectes des Bâtiments de France. 200 "emmerdeurs" pointilleux et respectés dont les décisions faisaient autorité grâce aux moyens que l'Etat accordait pour la préservation.

La loi Pellerin prévoit simplement que leur accord ne sera plus nécessaire, donnant ainsi aux maires le pouvoir de vie et de mort sur le patrimoine...

Adieu la loi de 1913 sur les "Monuments historiques", les "Secteurs sauvegardés" que l'on doit au Malraux de 1962, jusqu'aux "Zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager" de la loi Lang de 1983.

Vers la Cité historique...
Cette appellation n'a d'autre vocation que de dissoudre le patient et efficace maillage d'outils juridiques pilotés par l'Etat, mais qui lui coûte trop cher aujourd'hui, dans un plan local d'urbanisme (PLU) modifiable par les maires. Et pourtant, l'Etat par son regard éloigné des contingences locales, a toujours été mieux à même de percevoir et de protéger la qualité des joyaux historiques trop souvent ignorés des voisins proches.

"On nous abandonne" tempête le responsable de l'Association nationale des villes et pays d'art et d'histoire. La ministre lui a répondu à sa façon : "Aujourd'hui, il faut repenser l'accès aux arts et à la culture à l'aune des nouvelles générations, en partant de leurs codes, de leur désir d'expression. S'appuyer sur leurs pratiques culturelles spontanées comme les graffitis sur les murs".

Fleur Pellerin fait partie de cette génération qui considère que la culture qui n'est pas compétitive, qui ne crée pas de valeur, est inutile. Elle ne dit pas cela par cynisme, elle le pense vraiment. Tout comme Emmanuel Macron et, hélas, Najat Vallaud Belkacem. Ils sont les enfants de la norme dominante. Ils ne pensent pas, ils appliquent.

En savoir plus
(1) Projet de loi relatif à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine



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