Moresnet neutre ou l'histoire d'un mouchoir de poche

27-12-2016 SOCIETE LIBRE
Un conte de Noël, tel aurait pu être l'histoire de Moresnet neutre. Mais, de conte nenni, et sans déni, il est dit que Moresnet neutre fut. Prussiens et Bataves ne s'entendirent pas, en 1816 après la défaite de Napoléon, dans la fixation de leur frontière commune. Ils laissèrent donc là, tel un mouchoir de poche oublié, un petit triangle de terre de 3 km² qui prit le nom de Moresnet neutre. Et neutre, il le fut pendant un siècle.

Et c'est ainsi que les 250 habitants du village initial de Moresnet, qui n'avaient rien demandé, se virent placer à la tête d'un pays pour eux tout seuls. Et qui plus est, un pays riche.

En effet, sur le territoire communal, se trouvait depuis fort longtemps, la plus importante mine de zinc d'Europe. La gestion administrative de l'enclave dépend du commissaire royal hollandais et du commissaire royal prussien. Pour le reste, les habitants sont libres. Ils sont, par exemple, exemptés de service militaire, ce qui à l'époque est un cadeau de plusieurs années. Cette "liberté" donna des ailes à tous les réfractaires des pays voisins qui s'empressèrent de s'installer dans ce petit paradis.

Ainsi, ce petit village de 250 âmes en 1816 vit sa population passer à 2572 habitants en 1858. Cerise sur le gâteau, les impôts imposés par les puissants voisins n'augmentent pas, ce qui fait que par la simple augmentation de la population, ils baissent jusqu'à devenir anecdotiques. Sans compter que les héritiers et légataires ne paient pas de droits de succession. Bref, du travail, peu ou pas d'impôts et pas de service militaire : le bonheur !

Qui dit Etat, dit langue et l'Espéranto fut un moment envisagé comme langue officielle. Il fut même question de baptiser le nouvel Etat "Amikejo" qui se traduit par "lieu de l'amitié" dans la langue universelle élaborée par le génial Ludwik Lejzer Zamenhof en 1887.

Pour son malheur, cet Etat de poche se situait à l'intersection de voisins bien turbulents, sans compter les naissances... Ainsi, en 1830, la ville de Bruxelles se soulève et entraîne avec elle ce qui allait devenir un pays amateur de frites, de moules et d'humour : la Belgique. Qui, à peine née, revendique déjà une cogestion de Moresnet neutre.

Ainsi, dès 1855, le nouvel Etat belge avertit son voisin prussien : "Désormais Moresnet neutre fait partie intégrante de notre territoire et, par conséquent, les Belges qui y résident demeurent soumis à leurs obligations de service militaire, une fois !" Magnanimes, les Belges reconnaissent le même droit à la Prusse vis-à-vis de ses propres ressortissants. Et c'est comme ça que le service militaire refit son apparition à Moresnet neutre.

Le 8 août 1914, l'armée allemande pénètre dans Moresnet neutre et s'essuie les pieds sur le traité de 1816 et sur les habitants du mouchoir de poche. Libéré par l'armée belge en novembre 1918, les droits de souveraineté changent de mains et le célèbre Traité de Versailles met un terme à l'existence du pays neutre de Moresnet.

Les descendants des habitants de ce pays qui fut, sinon libre, du moins neutre, disent de leurs pères qu'"ils n'ont pas traversé les frontières, ce sont les frontières qui les ont traversés".

En savoir plus
Lire l'excellent ouvrage de David Grégoire Van Reybrouck : Zinc chez Actes Sud (8.50 euros)



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