On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu'on prend pour l'éviter

13-03-2018 SOCIETE LIBRE
Quand le corbeau séduit la fourmi pour manger la cigale, Jean de La Fontaine n'est pas loin. Mais l'auteur des fables était surtout un philosophe, ce que prouve le titre de l'article que nous lui empruntons. C'était aussi un résistant aux croyances stupides de son temps. Un anti "fake news" en quelque sorte. Sa lutte contre les charlatans de tout poil, qu'ils soient de noblesse ou de cour ou les deux, devrait lui conférer aujourd'hui une place de choix, loin des fables de notre enfance.

"Un Père eut pour toute lignée / Un fils qu'il aima trop, jusques à consulter / Sur le sort de sa géniture / Les Diseurs de bonne aventure." Ainsi commence l'Horoscope (la fable 16 du livre 8 - 1678) dans laquelle, avec beaucoup d'humour, La Fontaine décrit les "faiseurs d'horoscope" comme des charlatans.

Or, critiquer les astrologues sous le règne du Roi Soleil, c'était prendre beaucoup de risques. En effet, l'astrologie était parfaitement intégrée et favorisée de plus par l'insécurité et l'ignorance des temps. On ne sait pas encore que la Terre tourne et les destinées se déroulent dans un système de pensée magique, coincées entre religion et astrologie. "Un de ces gens lui dit, que des Lions surtout / Il éloignât l'enfant jusques à certain âge / Jusqu'à vingt ans, point davantage."

Naturellement, aujourd'hui, nous n'en sommes plus là. La Terre tourne, on le sait tous et l'astrologie a totalement disparue. Qui pourrait encore croire à ces fadaises ? Quant aux religions, elles ne font plus recette depuis belle lurette. L'Homme moderne est lavé de tout soupçon de croyances ineptes. "Le Père pour venir à bout / D'une précaution sur qui roulait la vie / De celui qu'il aimait, défendit que jamais / On lui laissât passer le seuil de son palais."

Difficile ainsi d'imaginer qu'à l'époque de La Fontaine, on chassait les protestants de France, ces braves Huguenots qui iront, pour la plupart, enrichir d'autres pays d'un savoir-faire à nul autre pareil. Certains parviendront même jusqu'à la Nouvelle France (Acadie, Canada, Louisiane et Terre-Neuve) et d'autres seront à l'origine de la création de New York. "Il pouvait sans sortir contenter son envie / Avec ses compagnons tout le jour badiner / Sauter, courir, se promener."

On en comptera plus de 100 000 au moment de la révolution américaine (sur une population de 1 500 000). Et Franklin Delano Roosevelt fut tout aussi bon président que fier Huguenot. "Quand il fut en l'âge où la chasse / Plaît le plus aux jeunes esprits / Cet exercice avec mépris / Lui fut dépeint ; mais, quoi qu'on fasse / Propos, conseil, enseignement / Rien ne change un tempérament."

Pourrait-on imaginer qu'aujourd'hui pareille infamie soit possible ? Que l'on refuse sur notre sol la présence nécessaire de cerveaux différents des nôtres ? Et sans doute plus riches par d'astucieux mélanges et des sangs et des corps ? Pourrait-on croire aujourd'hui que le mahométan est l'ennemi du chrétien et la Croix l'avenir du blanc ? "Il savait le sujet des fatales défenses / Et comme ce logis plein de magnificences / Abondait partout en tableaux / En cet endroit des animaux / En cet autre des personnages / Le jeune homme s'émut, voyant peint un Lion."

Non bien sûr, notre monde actuel est propre de toute scorie paresseuse et de croyances nuisibles. Nul aujourd'hui ne s'en revendique. Nous pensons par nous mêmes, débarrassés des tuteurs d'antan, des faiseurs de miracles et autres coachs tutélaires. Et la femme libérée du patriarcat peut arpenter la rue sans être prise pour une grue. Et c'est heureux. "Ah ! monstre, cria-t-il, c'est toi qui me fais vivre / Dans l'ombre et dans les fers. A ces mots, il se livre / Aux transports violents de l'indignation / Porte le poing sur l'innocente bête."

Si Jean de La Fontaine avait vécu de nos jours, nul doute que jamais le brave homme, une ligne n'écrivit, n'ayant nul sujet pour exercer sa rage, nul obstacle pour avancer en âge, nul courroux pour nous moquer. Car on sait bien que c'est la censure qui aide le poète à écarter les murs. Quand tout peut-être dit, il est mieux de se taire, dirait La Fontaine devant l'oiseau Twitter. Car ce qu'on peut y lire est à tomber par terre. "Sous la tapisserie un clou se rencontra / Ce clou le blesse ; il pénétra / Jusqu'aux ressorts de l'âme ; et cette chère tête / Pour qui l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put / Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut."

En savoir plus
Lire la fable complète dont la suite est aussi savoureuse. La mésaventure qui surprend le brave Eschyle est l'exemple suivant dont La Fontaine s'empare pour philosopher avec une puissance rare.
L'excellent site de l'association pour le musée Jean de La Fontaine



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