Oziorsk et les riverains de la Tetcha

26-09-2016 SOCIETE LIBRE
Dans l'extrême sud de l'Oural, aux confins des steppes du Kazakhstan, règne un hiver rigoureux. La neige s'infiltre de partout, un peu comme le sable du désert. Paysage de forêts et de lacs, la beauté qu'offre la nature se conjugue avec cette sensation de pureté de l'air dont seuls les grands froids sont capables. Dans cet immense paradis glacé, coule une rivière la Tetcha qui mouille les pieds des rares ponts de la ville de Oziorsk.

Créée en 1945, la ville est connue jusqu'en 1994 sous le nom de Tcheliabinsk-65. Les chiffres accolés sont ceux du code postal de la grande ville la plus proche. Elle ne devient Oziorsk qu'en 1994, c'est à dire après la fin de l'Union Soviétique.

L'URSS avait pour habitude de créer des villes secrètes qui portaient donc des "noms de code". Oziorsk en faisait partie. Construite pour loger les travailleurs du complexe nucléaire Maïak, elle n'avait pas vocation à devenir une véritable ville, juste un grand hôtel à ciel ouvert. Lancée dans une compétition effrénée avec les USA pour la maîtrise de l'arme nucléaire, la priorité soviétique était ailleurs.

Le complexe Maïak a été construit afin de fabriquer et raffiner le plutonium pour les têtes nucléaires. Le premier réacteur plutonigène a vu le jour en janvier 1947 et le premier essai nucléaire se déroula en septembre 1949, soit moins de trois ans plus tard : le retard était rattrapé. Cinq réacteurs nucléaires à vocation plutonigène seront construits sur le site qui deviendra à partir des années 60 une usine de traitement du combustible usé des réacteurs.

L'écologie n'a jamais été une priorité de l'URSS. Par exemple, le complexe Maïak ne stockait pas les déchets liquides hautement radioactifs générés, mais les rejetait dans un cours d'eau situé à proximité : la rivière Tetcha. Elle-même se déverse dans la rivière Ob qui finit sa course dans l'océan Arctique. Lorsque les physiciens ne trouveront plus d'emplacement de stockage à proximité, le lac Karachaï sera utilisé comme lieu d'entreposage à l'air libre. Il est aujourd'hui le lieu le plus radioactif du monde capable de tuer un homme en moins d'une heure de présence.

En 1953, l'idée d'enterrer les déchets arriva dans le cerveau des scientifiques comme le papillon se pose sur une fleur. Aussitôt dit, aussitôt fait. D'immenses réservoirs en acier enveloppés de béton sont enterrés à plus de 8 mètres de profondeur et les rejets sont bien au chaud à l'intérieur. Bien au chaud est l'expression exacte. En effet, à cause du taux élevé de radiations, les déchets ont une température élevée qui est provoquée par la chaleur de la désintégration. Bien sûr, le projet de construire un système de refroidissement était à l'étude, mais vous connaissez les lenteurs de l'administration...

Dans la nuit du 29 septembre 1957, une formidable explosion secoua le complexe Maïak avec des secousses ressenties jusqu'aux montagnes de l'Oural, à plus de 150 kilomètres de là.

Dans les 10 à 11 heures suivantes, un nuage radioactif se déplaça vers le nord-est jusqu'à une distance de 300 à 350 kilomètres du lieu de l'explosion créant une zone hautement contaminée (césium 137 et strontium 90) d'une superficie de 800 km².

Cet accident nucléaire est classé, sur l'échelle internationale des événements nucléaires, comme l'un des plus graves jamais connus, bien au-dessus de Tchernobyl et Fukushima. L'évacuation de la ville de Oziorsk (10 000 personnes) ne fut décidée qu'une semaine plus tard sans qu'aucune raison officielle ne soit donnée. Et pourtant, les habitants depuis l'explosion, perdaient la peau de leur visage, de leurs mains et d'autres parties exposées.

Il faudra attendre 1990 pour que le gouvernement soviétique déclassifie les documents relatifs au désastre. Cerise sur le gâteau : la CIA était au courant depuis 1957 de l'explosion, mais avait tenu secrètes ces informations dans le but de prévenir des conséquences fâcheuses à l'industrie nucléaire américaine naissante...

Aujourd'hui, l'endroit est toujours habité (81 023 habitants en 2013) et l'usine produit toujours des déchets hautement radioactifs. Arte a diffusé un reportage de Sebastian Mez qui donne la parole à ceux qui vivent dans cette zone éminemment dangereuse où la radioactivité est par endroit 10 000 fois supérieure à la norme autorisée.

En savoir plus
Métamorphoses : un film de Sebastian Mez



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