Paix-Pain-Liberté avant Travail-Famille-Patrie

02-05-2016 SOCIETE LIBRE
On dit que l'Histoire n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle libère les hommes de l'injustice. Etre enfin debout, de jour comme de nuit... Des milliers de poitrines qui hurlent que plus rien ne sera comme avant, que l'espoir est permis car flambeau 100 fois repris par ces mains ouvertes et ces yeux en larmes... Après avoir toujours plié en silence, être debout est l'éternelle espérance des Hommes qui n'ont plus rien à perdre.

En ce temps là, la France était plongée dans une crise économique profonde et durable. La misère du plus grand nombre se heurtait à l'indifférence des plus nantis. Les usines fermaient, les familles éclataient, les enfants traînaient dans les rues sans espoir. Je vous parle d'un autre temps...

En 1936, sous le soleil de mai, une jeune fille descend de Ménilmuche, les cheveux au vent, un sourire de victoire sur les lèvres. Elle n'a pas le droit de voter, mais d'un pas décidé, elle va soutenir les copains des fortifs qui eux, vont glisser dans l'urne le bulletin de la libération. Elle en est sûre, ils vont gagner.

Mais quel combat ! Depuis la journée d'émeutes du 6 février 1934, les partis de gauche ont enfin décidé de s'unir. Le danger fasciste était trop évident pour maintenir la guerre entre socialistes et communistes. L'Action française, les Jeunesses patriotes, les Phalanges universitaires, les Camelots du roi, les Croix-de-feu et tous les journaux qui les soutiennent comme la Liberté, l'Ami du peuple, l'Intransigeant, l'Echo de Paris, le Petit Parisien, autant d'appels à manifester contre la mutation du préfet Jean Chiappe (1) et tenter d'établir en France un régime dictatorial équivalent à l'Italie fasciste.

Le 6 février 1934, place de la Concorde, la manifestation tourna à l'émeute et la police tira, laissant 31 morts sur les pavés et plus de 2000 blessés. Cette crise provoqua la chute du cabinet Daladier. Car sur la place de la Concorde, il y avait certes des réactionnaires et des fascistes. Mais il y avait aussi une foule énorme de braves gens qui n'avaient pas d'opinion politique, mais qui manifestaient "contre les saligauds qui déshonorent la République".

Plus d'un an après, le 14 juillet 1935, pour la première fois, militants et chefs radicaux, socialistes et communistes défilent de concert aux côtés des syndicats (CGT, CGTU, CVIA, etc.) et des associations (Ligue des Droits de l'homme, Grand Orient, etc.) dans une manifestation qui réunira près de 500 000 personnes. Cela entraînera, dans la foulée, la constitution d'un comité national pour le rassemblement populaire, chargé d'élaborer un programme commun de gouvernement dans la perspective des élections du printemps 1936.

Les 26 avril et 3 mai 1936, rassemblant environ 57 % des suffrages exprimés, les électeurs envoient 386 députés sur 608 siéger à la Chambre des députés au nom du Front populaire. Léon Blum est nommé président du Conseil par le Président de la République Albert Lebrun, le 4 juin 1936.

De Léo Lagrange, nommé aux Sports et aux Loisirs à Jean Zay à l'Education en passant (pour la première fois) par des femmes comme Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie et Cécile Brunschvicg, le gouvernement Blum est en ordre de bataille.

Les usines sont occupées pour faire "plier les patrons". A partir du 2 juin, des corporations entières entrent en grève : la chimie, l'alimentation, le textile, l'ameublement, le pétrole, la métallurgie, les vendeurs de journaux, les tenanciers de kiosques, les employés des salles de spectacles, les commis, les garçons de café, les coiffeurs, des ouvriers agricoles, etc.

Des bals sont donnés dans les usines, des compagnies de théâtre comme le groupe Octobre de Jacques Prévert, y jouent des pièces. On compte alors 12 000 grèves en France, dont 9 000 avec occupation, entraînant environ 2 millions de grévistes. Du jamais vu ! Les accords de Matignon sont signés dans la nuit du 7 au 8 juin en échange de l'évacuation des usines.

Le droit syndical, une hausse des salaires de plus de 15 %, les premiers congés payés (15 jours), la semaine de travail de 40 heures, la scolarité obligatoire jusqu'à quatorze ans, les nationalisations dont la création de la SNCF, la création du CNRS, le droit d'auteur, les conventions collectives, etc. Le Front populaire était en route et sera balayé 1 an plus tard par la démission de Blum. Edouard Daladier le remplaça et revint sur plusieurs réformes dont la semaine de 40 heures. Les grèves reprirent. Elles furent matées par une répression sauvage avec licenciements massifs et nombreuses arrestations (dont les députés PC).

La guerre, la défaite (qui fut attribuée par Pétain au Front Populaire), le Travail, la Famille, la Patrie et la honte d'une collaboration avec le régime nazi, l'arrestation de Blum et sa déportation à Buchenwald le 31 mars 1943... Mais dans les yeux des enfants et des pères et des mères brille encore, brille toujours ce que Blum appelait : "une embellie dans les vies difficiles".

En savoir plus
(1) Le 3 février 1934, Paris apprend que son préfet de police, Jean Chiappe, est muté au Maroc. Le chef du gouvernement, Edouard Daladier applique une série de mutations-promotions-sanctions pour éloigner les hommes éclaboussés par l'affaire Stavisky. Or le Préfet de Police est haï de la gauche, dont il entrave sans violence les manifestations depuis 7 ans, mais très aimé de la droite et de l'extrême-droite, pour lesquelles il manifeste une grande indulgence...



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