Pourquoi je n'accepte pas la légion d'honneur

04-01-2016 SOCIETE LIBRE
Il est de tradition, à l'orée d'une nouvelle année, de publier la liste des nouveaux nominés pour la Légion d'Honneur. Glissons sur le fait que Lassana Bathily, le Malien de l'Hyper Cacher, ne figure pas dans la liste et ignorons le fait que Thomas Piketty l'ait refusée. La lettre que nous vous proposons de découvrir est celle d'un refus magnifique. L'auteur nous donne une leçon magistrale, il remet à sa place la société déboussolée et la flagornerie généralisée.

"C'est avec des hochets que l'on mène les hommes". Ces mots ont été prononcés par Napoléon Bonaparte, en mai 1802, devant Cambacérès et Roederer qui s'étonnaient de sa décision de créer l'Ordre de la Légion d'Honneur.

Voici un extrait de cette lettre extraordinaire d'actualité et de lucidité :
"Mes opinions de citoyen s'opposent à ce que j'accepte une distinction qui relève essentiellement du fait du Prince. En aucun temps, en aucun cas, pour aucune raison, je ne l'eusse acceptée. Bien moins le ferai-je aujourd'hui que les trahisons se multiplient de toutes parts, et que la conscience humaine s'attriste de tant de palinodies intéressées.

L'honneur n'est ni dans un titre, ni dans un ruban : il est dans les actes, et dans le mobile des actes.

Le respect de soi-même et de ses idées en constitue la majeure part. Je m'honore en restant fidèle aux principes de toute ma vie : si je les désertais, je quitterais l'honneur pour en prendre le signe.

Mon sentiment d'artiste ne s'oppose pas moins à ce que j'accepte une récompense qui m'est octroyée par la main de l'Etat. L'Etat est incompétent en matière d'art. Quand il entreprend de récompenser, il usurpe sur le droit public.

Son intervention est toute démoralisante, funeste à l'artiste, qu'elle abuse sur sa propre valeur, funeste à l'art, qu'elle enferme dans des convenances officielles et qu'elle condamne à la plus stérile médiocrité. La sagesse pour lui est de s'abstenir. Le jour où il nous aura laissés libres, il aura rempli vis-à-vis de nous tous ses devoirs.

Souffrez donc, Monsieur le Ministre, que je décline l'honneur que vous avez cru me faire. J'ai cinquante ans, et j'ai toujours vécu libre. Laissez-moi terminer mon existence, libre ; quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi : Celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n'est le régime de la liberté !...
"
Gustave Courbet, Paris, le 23 juin 1870.


En savoir plus
Gustave Courbet est le peintre dont l'oeuvre, dans sa globalité, été la plus censurée. Son tableau : L'Origine du monde, peint en 1866, qui représente le sexe et le ventre d'une femme allongée nue sur un lit n'a été présenté au public qu'à la toute fin du 20ème siècle. Sa reproduction sur la couverture d'un roman en 1994 fit encore scandale et l'ouvrage fut retiré des librairies. Le tableau est aujourd'hui exposé au Musée d'Orsay où il ne cesse de poser, d'une façon très troublante, la question du regard.

Gustave Courbet sera condamné, par Adolphe Thiers (1) le 2 septembre 1871, à six mois de prison et à 500 francs d'amende pour avoir provoqué, comme membre de la Commune de Paris, la destruction de la colonne de la place Vendôme.

(1) Adolphe Thiers deviendra le chef du pouvoir exécutif en février 1871. En mai de la même année, son gouvernement ordonne l'écrasement de la Commune de Paris qui fit au moins 30 000 morts, 43 522 arrestations, (dont 819 femmes et 538 enfants) et plus de 15 000 déportations en Nouvelle-Calédonie. Le 31 août 1871, Thiers devient le premier président de la Troisième République.



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