Quand l'hospitalité de l'hôpital rend l'hospitalisé malade

27-02-2018 SOCIETE LIBRE
Pour avoir fréquenté, il y a peu, un grand hôpital parisien, je compatis avec les personnels soignants. Il est aussi difficile aujourd'hui d'être soignant que d'être soigné, l'hypothèque "avenir" en plus pour le malade. Oui l'hôpital va mal. Et pourtant, nos médecins et infirmières ne sont pas en cause, eux qui font toujours plus avec moins. En revanche, je n'en dirais pas autant de la chaîne de commandement.

Voici deux exemples qui illustrent parfaitement l'horizon indépassable de leur dangereuse incurie, de leur ignorance crasse et de leur insouciance congénitale quant aux effets de leur politique.

Quand la Com va, tout va disait Jacques Séguéla, l'homme à la Rolex bronzée. A l'hôpital, la Com bat son plein. A preuve, la création du Label "Hospitalité". Selon la direction de l'AP-HP, "Ce label est l'un des leviers de l'amélioration de l'expérience du patient."

Attribué pour quatre ans à un service hospitalier volontaire, dès lors que celui-ci réunit les bons critères, le Label "Hospitalité" va devenir le Relais&Châteaux du soin. Le bien portant va tomber malade rien que pour goûter "l'accueil et la qualité de la relation de prise en charge". Créé pour "informer les patients du niveau de qualité", il va aider le malade à choisir avec soin, l'hôpital aux nombreux services labellisés.

Super, c'est où qu'on signe ? Je me renseigne donc sur le site Label Hospitalité - AP-HP. Je trouve effectivement mon hôpital dans la liste des labellisés. Je clique sur son nom, non sans une certaine fébrilité, pour une fois que j'ai de la chance. Et je découvre que le service qui a gagné le Label "Hospitalité" de mon hôpital est la Chambre mortuaire.

Récompensée pour l'expérience patient, "de son entrée à sa sortie de l'hôpital, quel que soit son parcours", la Chambre mortuaire de l'hôpital Lariboisière (75010) a reçu le Label Hospitalité 2017.

Ayant décliné gentiment l'invitation de la douairière des lieux à apprécier la véracité du Label "Hospitalité", je me rends au rendez-vous fixé par mon médecin soignant. Je lui dois beaucoup et de fait l'apprécie tout autant. Il m'explique, l'air soucieux, qu'il fait face à un problème de taille. Il vient de recevoir une lettre pleine de reproches de sa direction.

Je m'enquiers, l'air de rien, sur le contenu de la missive. Je tente des hypothèses, histoire de le détendre. Heu, trop de maladies nosocomiales sans doute ? Il hausse les épaules. Des.. des erreurs médicales peut-être ? Il lève les yeux au ciel. Et là, ce qu'il m'apprend est sidérant.

Sa direction lui reproche de ne pas assez opérer et que les opérés sont trop vite renvoyés chez eux. Je lui dis ne pas comprendre puisque depuis des années, l'ambulatoire est préconisé partout pour soulager le budget de la Sécu. Vous devriez au contraire être félicité, docteur. Par la Sécu mon brave, par la Sécu (je n'aime pas quand il m'appelle mon brave, mais bon...), mais pas par ma direction.

Devant mon regard de vache normande incrédule devant un TGV bloqué par la neige, mon bon docteur fait un effort pour m'affranchir. Depuis 2004, la "tarification à l'activité" est en vigueur. La Sécu verse à l'hôpital une somme pour chaque acte réalisé. En clair, plus un hôpital fait d'actes, plus il touche. Et plus il touche, plus il creuse le déficit de la Sécu.

La Sécu encourage donc le retour du patient chez lui, même si l'opération n'est pas terminée, et l'hôpital veut conserver le malade même si on ne voit plus les cicatrices depuis longtemps. Mon bon docteur reçoit les félicitations de la Sécu et se fait morigéner par sa hiérarchie.

De quoi devenir schizophrène à pédales ou tueur en série, mais rester docteur, que nenni. Même la ministre de la santé trouve que le système est au bout de sa logique. Le plus étonnant, c'est qu'elle ose le mot "logique".

Entre la Com stupide (comme si on avait le choix de son hôpital) et la folie (de la tarification à l'activité), les personnels soignants ne savent plus s'ils doivent opérer, sans anesthésie, la ministre chez elle ou l'inviter à goûter aux charmes d'une chambre mortuaire labellisée. A moins qu'un jour, excédés, ils ne choisissent pas.

En savoir plus
Les services labellisés Hospitalité (recherchez l'hôpital Lariboisière)

La tarification à l'activité (T2A)



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