Quand la mémoire fait défaut, l'Histoire s'affole

25-04-2016 SOCIETE LIBRE
La mémoire... Il n'est question que de cela aujourd'hui. Entre le devoir de mémoire et le travail de mémoire, elle est partout et en même temps, elle s'assèche. On parle toujours de ce qui nous manque le plus. Et quand la chose fait défaut, le mot fait florès. Sans mémoire, il n'y a pas de ligne : rien n'est vrai, rien n'est faux, tout se confond. Du moment que ça rapporte...

En 3 petits cas, faisons le tour de ce qui tourneboule notre pays. Trois petits cas de rien du tout, de ceux qui passent inaperçus, qui ne font pas le buzz sur Twitter et aucune ouverture de JT. Trois glissements qui ouvrent pourtant devant nous, un gouffre d'incertitude...

1. A Sciences-po, le voile a le vent en poupe
Au sein de cette vénérable institution, véritable moule à fabriquer nos élites, un groupe d'étudiants inspirés par les thèses des "Indigènes de la République" (1) a eu l'idée étrange de créer une "Journée de découverte du hijab". On attend avec impatience la "Journée de la lapidation"... En attendant ce jour béni, le "Hijab Day" (c'est tout de même mieux en anglais) a invité les femmes à se recouvrir d'un voile afin de démontrer qu'elles "disposent de leur corps comme elles l'entendent".

Musulmanes ou pas, les femmes étaient invitées à tester le grand frisson, dernier tabou à la mode dans les têtes vides. Etrangement, les hommes ne pouvaient pas se voiler. Sans doute ne sont-ils pas propriétaires de leur corps. Du coup, indisponibles à la joie de s'affubler d'un attribut religieux conçu pour rappeler aux porteuses, le statut enviable d'une position sociale de l'ombre, ils se sont contentés de faire les affiches... A Sciences-po, on enfonce les portes ouvertes pour faire croire qu'elles sont fermées...

2. L'UEFA prévoit d'encaisser 1,9 milliard d'euros
Pour offrir au public le bonheur de voir des hommes en short courir après un ballon, que ne ferait-on pas. L'Euro2016 va débarquer sur nos stades et nos écrans. La France est le pays accueillant et accueillant, il l'est. L'UEFA est une association à but non lucratif dont le siège social est basé en Suisse, pays européen comme chacun le sait. Cette association pratique le chantage comme personne. Il faut dire que c'est elle qui décide dans quel pays l'Euro de football se jouera. Alors, pour amadouer la belle, les gouvernements européens se livrent à une terrible guerre du "mieux-disant fiscal". Et c'est la France qui a gagné !

Patrick Kanner notre inénarrable ministre des sports etc. est l'homme du dossier : "Dans un contexte de concurrence très vive entre les nations, la France doit se doter des meilleurs atouts pour renforcer sa compétitivité et ainsi obtenir l'organisation de compétitions sportives internationales".

En un mois de compétition, la petite association Suisse va encaisser 1,9 milliard d'euros dont 1 milliard de droits télévisés, 500 millions de billetterie et 400 millions de sponsors, tout ça royalement défiscalisé sans doute pour ne pas faire peur au côté "à but non lucratif" de cette structure désintéressée.

Le Kanner ministre ne s'est pas arrêté en si bon chemin... On ne change pas une équipe qui perd autant. Cerise sur le gâteau, le sinistre des sports a rajouté dans la balance 6500 "volontaires" (bénévoles en langage associatif suisse ou pas). En échange, l'UEFA devrait (conditionnel de rigueur) verser une compensation de 20 millions d'euros. On en pleure de rage...

Naturellement, tout, vraiment tout (sécurité, réfection des stades, etc.) est à la charge du pays accueillant. Selon le journal Sud-ouest, la facture totale pour le Trésor public sera d'environ 2,5 milliards d'euros dont 350 millions pour la seule ville de Bordeaux.

3. Le programme de la droite affole les associations
Sur Internet, quand c'est gratuit, c'est que le visiteur du site est Le produit. Cet axiome va servir de base à notre petite histoire. Dans son programme économique, la droite prévoit de supprimer l'ISF. C'est, comme on dit, un marqueur de droite comme le "cancer de l'assistanat", la "baisse des impôts pour les plus riches" et "la fin des 35 heures". Il faut bien se différencier de la gauche... Ce qui est de moins en moins facile par ces temps de "macronite aiguë".

Cette droite de posture a donc choisi de supprimer l'ISF. L'impôt de solidarité sur la fortune a succédé à l'impôt sur les grandes fortunes (IGF) créé en 1982 par le gouvernement Mauroy sous François Mitterrand. Impôt créé à l'époque pour financer le revenu minimum d'insertion (RMI). Comme tout cela semble loin...

Signe des temps, ce ne sont pas les travailleurs qui descendent dans la rue pour hurler à l'imposture, mais les associations. Que viennent donc faire ces structures de l'impossible dans cette galère ? Chaque année, les plus grosses (Croix-rouge, Secours populaire, etc.) perçoivent environ 200 millions d'euros de dons de la part des contribuables assujettis à l'ISF qui voient ainsi leur impôts diminué de 75% des sommes "données" si généreusement. On ne peut que s'étonner de penser que les associations crèvent de trouille à l'idée de l'abandon de l'ISF. Comme si la générosité des donateurs ne pouvait s'expliquer que par l'optimisation fiscale qui en découle. C'est vraiment faire fi des valeurs humanistes qui les animent...

Et la boucle est bouclée...
Mitterrand aura mis deux ans pour "trahir" le programme sur lequel il avait été élu. Au moins aura-t-il essayé... Hollande n'a même pas eu cette ambition. La gauche a définitivement perdu le peuple. Ironie de l'Histoire, c'est dans une salle François Mitterrand que Marine Lepen a réuni ses troupes, il y a quelques mois, pour préparer les régionales...

En savoir plus
(1) Indigènes de la République est le nom générique d'un appel, d'une association puis d'un mouvement politique, apparus en 2005 en France, qui se définit comme un mouvement de protestation anti-colonialiste. Ses fondateurs affirment avoir comme objectif la lutte contre les discriminations, en particulier fondées sur la religion, et se déclarent "antisionistes". Leurs actions et leurs propos ont suscité des controverses et des reproches de racisme et de communautarisme. Les Indigènes de la République



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