Quand un gendarme meurt

27-03-2018 SOCIETE LIBRE
Arnaud Beltrame s'est substitué au dernier otage retenu dans le Super U de Trèbes, Julie, une caissière du magasin âgée de 40 ans. Dans un face à face de trois heures avec Radouane Lakdim, son meurtrier, il a tenté de raisonner cet homme. Le portable du gendarme était resté ouvert sur la table. Et puis soudain, l'auteur de l'attaque tire à deux reprises déclenchant l'attaque du GIGN et la fin que nous connaissons tous.

Pourquoi faire un article sur cet attentat de plus sinon de trop ? Que pouvons nous rajouter qui ne soit déjà dit, écrit, voire hurlé ?

Rien de plus, vraiment. Sinon dire cet étrange sentiment qui nous étreint depuis quelque temps déjà et qui refait surface depuis le vendredi 23 mars 2018. Du Figaro à La Croix en passant par toutes les chaînes de télévision (même celles du service public), un mot revient en boucle :"chrétien". Arnaud Beltrame était chrétien.

Etienne de Montety, éditorialiste au Figaro, écrit dans son édito du 26 mars : "L'officier était chrétien, il a voulu être digne du christ et de sa passion et de son admirable message, le soldat s'est fait serviteur." Bigre... Moi qui croyait, naïvement j'en conviens, que le soldat religieux était le terroriste. Voilà que la récupération transforme la rencontre entre un homme courageux et son meurtrier en une guerre de religion.

Au mois de janvier 2015, le journal Libération titrait à propos de l'assassinat, par les frères Kouachi, du policier Ahmed Merabet : "français, policier, musulman". Dans ces deux cas, on ne traite pas du courage d'un homme ni même de son inconscience, on cherche à expliquer son attitude par sa foi en un dieu. Héros parce que croyant ?

Il est tout à fait possible que la foi aide et qu'elle soit une explication plausible à tel ou tel geste. Mais est-il juste de résumer la complexité d'un homme à ses seules croyances ? Arnaud Beltrame était aussi franc-maçon à la Grande loge de France, dont la devise se confond volontairement avec celle de la République : "Liberté, Egalité, Fraternité". Peut-on expliquer son abnégation par son appartenance à ce rite maçonnique ?

De même serait-il juste de dire que Jean Moulin, qui était profondément athée laïc et républicain, n'a pas parlé sous la torture grâce à son athéisme ?

Le policier Franck Brinsolaro a été tué par les frères Kouachi le 7 janvier 2015. Il protégeait le dessinateur Charb et ils sont morts ensemble dans la salle de rédaction. Son frère jumeau, Philippe Brinsolaro, a déclaré quelques jours après sa mort : "Des fois, on a la sensation que la police est mal comprise par les citoyens mais il ne faut pas oublier que le geste d'hier témoigne que, quoi qu'il en soit, un policier, en toute occasion, saura s'interposer lorsqu'il faudra qu'il protège la nation."

Tous ces hommes tués dans l'exercice de leur métier n'ont au fond qu'un seul point commun : le service public. Et je poserai, à titre personnel, une petite question : le premier droit d'un mort n'est-il pas d'emporter ses secrets ?

En savoir plus

Un attentat dont le bilan est de quatre morts et 15 blessés :
En volant une voiture à Carcassonne, le terroriste a d'abord grièvement blessé son conducteur et tué son passager, Jean Mazières, 61 ans. Ce viticulteur à la retraite habitant de Villedubert, à cinq kilomètres de Trèbes, est la première victime de Radouane Lakdim.

En entrant dans le Super U de Trèbes, le terroriste a tué un salarié quinquagénaire du supermarché, le chef du rayon boucherie, Christian Medves. Habitant de Trèbes, il était marié et père de deux enfants.

A ses côtés se tenait un client régulier, lui aussi habitant de Trèbes, Hervé Sosna. Ce maçon de 65 ans, à la retraite, a lui aussi perdu la vie.

Puis vint le tour de Arnaud Beltrame.

Nous présentons à toutes les familles nos condoléances les plus sincères et partageons et la peine et la douleur.



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