Une petite histoire des villages morts pour la France

05-11-2018 SOCIETE LIBRE
Il existe des maires qui ne font jamais campagne et pour cause : ils n'ont pas d'électeurs. Ils sont pourtant maires mais nommés par le préfet. Leur rôle ? Faire vivre et entretenir une mémoire. Ce ne sont pas moins de 6 villages dans ce cas : Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux et Louvemont-Côte-du-Poivre. La carte nous indique qu'ils sont tous situés autour de Verdun.

Lors du déclenchement de la guerre, en 1914, le futur champ de bataille de Verdun compte 10 villages de quelques centaines d'habitants, dont l'activité est essentiellement paysanne.

Situés en première ligne lors du déclenchement de l'offensive de février 1916 sur Verdun, ils sont évacués à la hâte et seront totalement détruits lors des combats. Parmi eux, seuls deux seront reconstruits : Ornes, Vaux et Damloup qui devient Vaux-devant-Damloup. Une histoire de France dans l'Histoire de la France.

Pourquoi les six autres villages n'ont-ils pas été reconstruits ? Parce que situés en "Zone rouge". Créé après la guerre, ce périmètre de 120 000 hectares est un gigantesque cimetière à ciel ouvert. Des milliers de cadavres reposent sous la terre dans une dernière étreinte avec des millions de munitions non explosées. 100 ans après la guerre, des "anomalies écologiques" persistent dans les 11 départements de la "zone rouge".

En fait d'anomalie, il s'agit de la pollution des sources dues aux cadavres enfouis dans le sol (aussi bien des hommes que des chevaux), et à la présence massive d'ypérite qui se présente sous la forme d'un liquide huileux à base de sulfure d'éthyle dichloré, utilisé comme gaz de combat. La guerre a saigné la terre après avoir tué ses combattants.

Le village de Haumont-près-Samogneux est donc mort pour la France. C'était pourtant un village très ancien remontant au premier siècle de notre ère. Les Gaulois y construisirent un autel à la dévotion du Dieu Soleil, et les Romains, jamais en retard d'une guerre, y établirent un camp retranché. On peut encore voir les grosses pierres qui aidaient les cavaliers à monter à cheval.

Le 21 février 1916 à 7 heures du matin, il faisait à peine jour et la neige tombait drue. L'infanterie allemande passe à l'attaque du bois d'Haumont. Le feu incessant des canons était perçu à plus de 100 km, comme un roulement de tonnerre ininterrompu. L'horizon était en feu. Concentré sur Haumont, les obus labourèrent cette terre avec une violence inconnue jusqu'à lors. L'ordre est donné d'évacuer le village. Les habitants s'entassent dans les charrettes, emmènent le bétail et descendent vers Verdun, croisant les renforts qui se hâtent vers la ligne de feu.

Le maire de ce village fantôme se nomme Gérard Gervaise. Il administre une commune sans habitants ni maisons. Depuis cent ans, son territoire n'est qu'un cimetière planté de sapins. Alors, à la place des maisons, l'édile a eu la bonne idée d'installer des images grandeur nature des habitants disparus. Ainsi, dans ce qui est aujourd'hui une forêt, on croise Joseph Henry, l'ancien maire ou encore Eugène Merle et sa femme Julienne... Haumont-près-Samogneux comptait 131 habitants.

C'est au début du mois d'octobre 1918 que le village sera repris par l'armée française. Il faudra encore que des centaines de tirailleurs sénégalais tombent pour libérer un tas de pierres et des monceaux de cadavres avalés par une terre labourée d'obus. Il ne reste aujourd'hui, qu'un brouillard entêtant, des sapins agonisants, quelques morceaux de bâtiments de-ci de-là et un maire administrant le silence des morts.

En savoir plus
Les villages détruits de la Bataille de Verdun - Blog très bien fait

Chaque année, près de 30 tonnes d'explosifs et de restes de munitions sont traités dans la "Zone rouge". Mais pour dépolluer totalement la zone, il faudrait anéantir des dizaines de milliers d'hectares de forêt, décaper la terre sur au moins un mètre de profondeur, et procéder à la détection électromagnétique des sols ainsi mis au jour. Heureusement que pour cette guerre là, les hommes n'avaient pas encore inventé l'arme nucléaire...








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