25-06-2018  ESS LIBRE

Ils vont privatiser nos barrages hydroélectriques

Nous avons reçu, la semaine dernière, un courriel étonnant. Il nous vient d'un membre de la prestigieuse association : "Le Comité Français des Barrages et Réservoirs" (1). Souhaitant conserver l'anonymat, cette personne (nous l'appellerons M. X.) nous a précisé, document à l'appui, comment le gouvernement français envisage la privatisation de nos barrages. On les a construit et financé à 100%. Ils rapportent 1,2 milliard d'euros par an et ils vont être vendus.

Cela fait maintenant dix ans que la Commission européenne exige de la France qu'elle ouvre son secteur hydroélectrique selon les règles de la concurrence libre et non faussée.

Après avoir remis en question les monopoles de France Télécom, de Gaz de France, d'Air France, de La Poste, des autoroutes et de la SNCF, elle entend "ouvrir à la concurrence" le marché de la production d'électricité hydraulique. Nous ne rentrerons pas ici dans le détail des tractations entre l'Etat français et la commission européenne, ce n'est pas (plus) le sujet.

Dans son mail, M. X. nous précise que "le gouvernement a annoncé ouvrir 150 concessions de barrages à la concurrence dans un deal stupide et dangereux. Ainsi, même si l'opérateur national, EDF, formule une offre plus sûre, moins chère et plus efficace que ses concurrents, il ne pourra remporter plus de 60% des lots mis en concurrence. Une façon pour la Commission de régler ses comptes avec EDF. Comme il est impossible d'exiger la privatisation des centrales nucléaires françaises qui relèvent des activités d'importance vitale, c'est sur l'hydraulique, notre deuxième source de production électrique du pays, que la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, a jeté son dévolu."

M. X. poursuit son inventaire des conneries à venir en insistant sur l'importance vitale des barrages français dans le réseau électrique national. "Les barrages sont une pièce maîtresse dans le maillage électrique français, car ils répondent très rapidement aux pics de consommation. Les privatiser, c'est défaire la cohérence d'une gestion centralisée avec une menace sur l'augmentation des factures et bien sûr, un risque certain pour la sûreté du territoire national."

En France, les barrages fournissent 12.5% de l'électricité et 70% des énergies renouvelables. Ils nous offrent l'électricité la moins chère à 20 ou 30 euros le MWh alors que le prix moyen, qui est indexé sur le prix du nucléaire, se situe entre 33 et 46 euros le MWh. M. X. nous indique : "Pensez-vous qu'un opérateur privé se gênera pour maintenir les valves du barrage fermées afin d'attendre que le pic de consommation fasse frôler la pénurie générale d'électricité pour négocier les prix à la hausse ? Sur le plan juridique, rien ne l'empêchera."

Le dernier point soulevé par M.X. est encore plus inquiétant. "Les barrages ont de nombreuses autres missions dans notre pays. En premier lieu, ils retiennent de l'eau pour les cultures ou pour livrer les villes. Comment imaginer qu'un opérateur privé va accepter de relâcher de l'eau gratuitement ? Comment oser nous prendre à ce point pour des cons ? Et si ce qui était la norme devient un service payant, alors l'eau n'est définitivement plus un bien commun et son prix va très sérieusement augmenter. Et par simple effet de domino, les agriculteurs iront encore prélever davantage dans les nappes phréatiques qui n'ont vraiment pas besoin de ça."

"Si vous pensez que cette information peut intéresser vos lecteurs, vous pouvez utiliser ces quelques réflexions dans un article. Je ne peux donner mon nom car, comme vous le constaterez en vous rendant sur le site de notre association, nous ne prenons (hélas) pas position sur l'avenir de nos barrages, eux qui sont pourtant la raison d'être de notre action." C'est fait M. X. et nous vous en remercions.

En savoir plus
(1) Le Comité Français des Barrages et Réservoirs

Audition de M. Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la Transition écologique et solidaire par la commission des affaires économiques du Sénat

Libération, Barrages : un coup de privé dans l'eau

Le rapport d'information déposé par la commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale en application de l'article 145 du règlement sur l'hydroélectricité

L'hydraulique en France : le rapport d'EDF

Synthèse publique de l'étude des coûts de référence de la production électrique

Contre l'ouverture à la concurrence des ouvrages hydroélectriques - Pétition en ligne

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Sélection du texte ci-dessous
Ils vont privatiser nos barrages hydroélectriques 
Nous avons reçu, la semaine dernière, un courriel étonnant. Il nous vient d'un membre de la prestigieuse association : "Le Comité Français des Barrages et Réservoirs" (1). Souhaitant conserver l'anonymat, cette personne <a href="https://www.loi1901.com/breves_associatives.php?moteur1=1271" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

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