25-11-2019  ESS LIBRE

Mesurer l'Impact Social d'une association : une évaluation malaisée et malhonnête

Selon l'Avise, grande papesse du concept d'impact social, "Evaluer son impact social permet de démontrer que son activité est utile pour la société, d'affirmer son identité, d'améliorer sa performance ou ses pratiques." Elle rajoute aussi (1) que "la nécessité d'évaluer l'impact social fait consensus." Ah bon. Nous ne devons pas fréquenter les mêmes cercles. Ce concept, importé des pays anglo-saxons, a été "popularisé" chez nous par le "laboratoire d'idées fixes" La Fonda (2).

Est-il possible d'évaluer toutes les associations ? La réponse est nécessairement contenue dans la question. Au jeu du "Qui perd perd", on connait le nom du perdant : la petite et moyenne association.

Dans une société "ubérisée", il faut noter. Ainsi les plateformes ont habitué les utilisateurs à noter le chauffeur, le livreur de pizza jusqu'au facteur de la Poste. Nous sommes tous devenus le "noteur" de l'autre, ce qui dénote un comportement de délateur dont notre monde disloqué se serait bien passé. Alors, pourquoi ne pas demander à l'usager d'une association de noter la "prestation" reçue ? Une façon de mâcher le travail des financeurs qui n'ont plus qu'à compter les bonnes ou mauvaises évaluations plutôt que d'étudier le dossier, voire à se rendre sur place pour comprendre de visu le travail réalisé.

Lorsqu'une association de gymnastique douce développe un programme avec des médecins pour dispenser des cours à des femmes atteintes de cancer du sein, les taux de rechute diminuent de plus de 30 %. Ce point là est quantifiable, vérifiable. Mais comment évaluer le coût évité majeur, sans commune mesure, avec le coût budgétaire éventuel d'aide à l'association qui organise ces actions ? Quand on calcule, toutes les données doivent être prises en compte. Il serait temps que le coût budgétaire d'aide à l'action associative soit considéré comme un investissement à rentabilité sociale majeure.

Prenons l'exemple d'une association de lutte contre l'illettrisme. Elle est donc aujourd'hui sommée d'évaluer son impact social. Mais sur quels critères peut-elle le faire ? Son rôle est d'apprendre à lire et à écrire à des "apprenants" soit totalement illettrés, soit étrangers, soit les deux. Une bonne évaluation doit-elle prendre en compte le déchiffrage lors d'une lecture ou la compréhension du sens du texte ou la lecture de Proust dans la collection de la Pléiade ?

Cette association doit-elle prendre en compte le bénéfice invisible de son action ? Par exemple le fait qu'une maman ou qu'un papa qui sort de l'illettrisme peut aider ses enfants lors des devoirs ? Que ceux-ci ne verront plus leurs parents comme des "handicapés", mais comme des citoyens en effort d'intégration. Que l'Avise et ses sbires viennent nous expliquer comment évaluer cette action. Ce qu'ils ne feront pas, tout accaparés qu'ils sont à contempler la linéarité parfaite de leurs tableurs Excel.

L'évaluation est devenue le mode d'action privilégié que l'on retrouve, hélas, dans toutes les strates de la société : à l'hôpital, dans l'éducation nationale, dans la police et maintenant dans nos associations. Ce qui a de nombreuses conséquences néfastes. Pour commencer, elle prive nos structures de financements pérennes en les obligeant à répondre continuellement aux appels à projets de l'Etat afin d'assurer leur équilibre financier. Ensuite, elle met en concurrence les structures qui s'appliquent à s'auto-évaluer à chaque projet mené, alors même que l'évaluation est, dans presque tous les cas, impossible. Ce qui suppose des "ajustements" dans la présentation des bilans souvent peu orthodoxes.

Pour Emmanuel Macron, les aides sociales coûtent un "pognon de dingue". On n'ose imaginer ce qu'il pense des subventions aux associations... Pour un comptable comme lui, la notion de "finance sociale" doit être gérée "pour atteindre des objectifs sociaux spécifiques, avec un impact mesurable, grâce à un processus continu d'évaluation sur un temps donné, le tout, dans une logique de résultats." C'est oublier un peu vite que l'action sociale s'inscrit dans un temps long, ce qui la rend particulièrement difficile à évaluer sur un temps court. Il ne s'agit pas ici de fabriquer des boites de conserves.

Le pragmatisme décomplexé de nos dirigeants qui utilisent l'innovation sociale et la mesure de l'impact social comme l'Alpha et l'Oméga d'une saine gestion est une indignité. Que l'Avise, "agence collective d'ingénierie qui travaille avec des institutions publiques et des organisations privées soucieuses de contribuer à l'intérêt général" cautionne la mesure de l'impact social en dit long sur le délitement de nos institutions. Le bon sens s'est dissous dans l'absurdité d'une constipation morale.

En savoir plus
(1) Évaluer l'impact social - Avise

(2) Vers une nouvelle approche de l'impact social ? La Fonda

Brève en copie partielle autorisée
Voici le tag Internet à sélectionner, à copier et à coller dans la page du site où vous allez utiliser cet article. D'avance merci.

Sélection du texte ci-dessous
Mesurer l'Impact Social d'une association : une évaluation malaisée et malhonnête 
Selon l'Avise, grande papesse du concept d'impact social, "Evaluer son impact social permet de démontrer que son activité est utile pour la société, d'affirmer son identité, d'améliorer sa performance ou ses pratiques." <a href="https://www.loi1901.com/breves_associatives.php?moteur1=1559" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

Découvrir 10 autres articles



Depuis 1999 au service des associations
Jurisprudence, décrets, lois, etc.

Le lien de subordination au sein d'une association sportive

Le lien de subordination est l'un des éléments constitutifs du contrat de travail, avec bien sûr l'exécution d'une tâche sous l'autorité de l'employeur et la rémunération idoine.

Valorisation de l'action des bénévoles des associations en France

C'est un peu l'Arlésienne des différents gouvernements. Comment valoriser l'engagement bénévole dans les associations ? Vaste sujet qui ne cesse de rebondir en écho, un peu comme

Rupture conventionnelle : la Cour de cassation précise les cas litigieux

L'utilisation de la procédure de rupture conventionnelle reste un moyen prisé par les salariés et les employeurs pour mettre fin au contrat de travail. Et ce, malgré la mise en

Récapitulatif 2019 des nouveautés législatives pour le secteur associatif

En ce début décembre, il est bon de faire le récapitulatif des textes, lois, projets, etc. qui vont impacter la vie associative à partir de 2020. Un florilège 2019 pas toujours

La requalification d'un contrat de travail en mission bénévole : une nouveauté

Jusqu'à présent, la justice nous avait habitué à requalifier des missions de bénévolat en contrat de travail. Ce genre de requalification est même aujourd'hui une pratique

Réunion du bureau d'une association : le procès-verbal est-il obligatoire ?

En règle générale, lorsque l'on consulte les statuts d'une association, la mention "procès-verbal obligatoire après chaque réunion du bureau" n'apparaît que très rarement. Certes,

Bien rédiger le règlement intérieur de son association

Si le contrat d'association est un contrat de droit privé soumis au principe de liberté contractuelle, avec une rédaction libre des statuts, il est impératif que ceux-ci soient

Une association peut-elle sous-louer une salle communale mise à sa disposition ?

Vous pourriez penser que cette question est bien étrange. Or, elle reflète une réalité de plus en plus courante. Cette période de vaches maigres pour les associations, les pousse

La garantie jeunes bientôt cumulable avec une mission de service civique ?

Aujourd'hui, un jeune qui effectue une mission de service civique est exclu de facto du dispositif de la garantie jeunes. Ce qui est souvent très mal vécu par les intéressés et

Jurisprudence 2019 : les obligations d'une association organisatrice d'une manifestation

Que doit faire une association, organisatrice d'une manifestation festive ou pas, pour assurer la sécurité des participants et éviter les risques prévisibles ? La jurisprudence de

Découvrir 10 autres articles
La société dans tous ses états

Quand la ruche dit oui

La ruche qui dit oui est une entreprise commerciale française (Equanum SAS avec un agrément ESUS) issue de l'Économie collaborative au même titre que Uber, Rn&B et autres

Les Sentinelles de la Nature

L'idée est toute simple, encore fallait-il y penser. Nous avons presque tous un smartphone. Nous aimons tous nous promener dans la nature. Et nous sommes tous accablés de

Le baromètre de la fraternité en forte hausse

Les inondations dans le sud de la France nous font découvrir des images de désolation. Entre ceux qui ont tout perdu sauf la vie et ceux qui pleurent un proche disparu, les images

Le coeur des soignants

L'enfant pleure, allongé sur un brancard, dans le couloir neutre du CHU de Rennes. Dans quelques minutes, il sera endormi puis opéré. Ses parents n'ont pas pu l'accompagner

Le projet de Terminal 4 à l'aéroport de Roissy

Lors du sommet climat le 24 septembre 2019 à l'assemblée générale de l'ONU, le président de la République a fait un discours remarquable et remarqué sur les moyens de lutter

Mise au point du ministère de l'intérieur sur l'état du site RIPADP

Avec seulement 900 000 signatures à 128 jours de la date butoir fixée au 12 mars 2020, le Référendum d'initiative partagée peine à faire le plein. Est-ce un signe du désintérêt

A Saint-Etienne, souriez vous êtes écouté

On en apprend tous les jours. Alors que le très controversé projet de reconnaissance faciale du gouvernement français, ALICEM (1), fait l'objet d'un recours au Conseil d'Etat pour

Seine Aval : quand le silence cache un désastre écologique absolu

Le 3 juillet 2019 est un jour de grand départ en vacances. Les automobilistes qui roulent sur l'A14 découvre un lourd panache de fumée noire avec à sa base, des flammes

L'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui regarde le doigt

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt. Ce proverbe chinois illustre à merveille mon propos du jour. Comment ne pas voir, à défaut de bien comprendre, que

EuropaCity : une ZAD aux portes de Paris

Alors que la conscience de l'urgence climatique s'éveille peu à peu parmi nos concitoyens, une autre urgence pointe son nez aux portes de Paris : le projet EuropaCity. Urgence de

Découvrir 10 autres articles
Un peu d'ESS dans nos associations

Le rôle des retraités dans les instances dirigeantes des associations

Alors que la réforme des retraites s'avance à pas de loup depuis que la contestation gagne du terrain, il est utile de s'intéresser au rôle des retraités dans les instances

La réforme des retraites : c'est François Fillon qui en parle le mieux

Vous vous demandez sans doute ce que vient faire François Fillon dans la réforme actuelle des retraites. Réforme qui risque bien de mettre des millions de Français dans la rue.

Mesurer l'Impact Social d'une association : une évaluation malaisée et malhonnête

Selon l'Avise, grande papesse du concept d'impact social, "Evaluer son impact social permet de démontrer que son activité est utile pour la société, d'affirmer son identité,

Service civique : les premiers chiffres de la grande enquête d'ampleur 2017-2018

C'est sous l'impulsion de l'Agence du Service Civique que l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire) a mené la première enquête statistique

BénévaLibre : le logiciel libre et gratuit pour faciliter la gestion des bénévoles

Quelle est la principale ressource d'une association ? Ce sont ses bénévoles naturellement. Et plus ils sont actifs en son sein, et mieux se porte la structure. Le bénévolat, par

Associations : voici une vraie vision décomplexée du malheur des autres

Il y a des jours où la lassitude nous gagne (on devrait dire nous perd) sans que l'on sache exactement pourquoi. La pluie trop forte ou un froid trop vif, une panne de voiture

180 responsables associatifs appellent à renforcer les moyens alloués au service civique

Il faut vouloir lire entre les lignes pour comprendre ce que l'appel des 180 responsables associatifs vise. Avec un titre volontairement provocateur : "Monsieur le Premier

Les conséquences pour les associations, les communes et les départements de la suppression de la taxe d'habitation

La suppression de la taxe d'habitation représente une perte de ressources pour les communes estimée à plus de 26 milliards d'euros. C'est le rapport "Bur-Richard" (1) qui donne ce

Ils vont privatiser nos routes nationales

Au mois de juin, nous annoncions que la privatisation de nos barrages hydroélectriques était engagée (1). Il s'agit maintenant de privatiser les routes nationales. Un décret,

Budget des sports 2020 : une hausse qui cache mal une baisse

La ministre des sports, Roxana Maracineanu, a présenté le budget de son ministère le 27 septembre dernier. Et c'est avec fierté qu'elle a annoncé, dans le cadre du projet de loi

Découvrir 10 autres articles