17-08-2015  SOCIETE LIBRE

L'histoire de la femme qui n'est jamais morte

Mourir cela n'est rien, mourir la belle affaire. Mais vieillir... ô vieillir... Ainsi parlait Jacques Brel dans l'une de ses dernière chanson : Vieillir. Est-il possible de ne pas mourir ? Est-il possible, en ne mourant pas, de ne pas vieillir ? Bonne question... Cela n'existe pas car impossible, n'est-ce pas ? Et pourtant, voici l'histoire d'une femme qui n'est jamais morte et qui ne vieillit pas non plus. Comment est-ce possible ? Laissez-nous vous raconter l'histoire de madame Henrietta Lacks

Tout commence en février 1951 dans le service de recherche sur la culture des tissus humains à l'hôpital John Hopkins de Baltimore, aux Etats-unis. Le professeur en charge de ce service est le docteur George Otto Gey.

Avec sa femme, cela fait plus de 20 ans qu'ils essaient, en vain, de maintenir en culture des cellules cancéreuses afin de pouvoir les étudier. Mission impossible, à cause du faible nombre de divisions, la lignée cellulaire cultivée à l'extérieur d'un corps humain finissait par s'éteindre au grand désespoir du couple de chercheurs.

Dans une salle de l'hôpital Hopkins réservée aux noirs (nous sommes en pleine ségrégation raciale aux USA), on présente au professeur Gey une jeune mère de famille âgée de 31 ans qui vient pour se faire soigner d'une tumeur maligne au col de l'utérus détectée huit jours plus tôt.

Elle est traitée, comme tous les malades de l'époque, au radium. Le gynécologue qui la suit prélève un échantillon de sa tumeur et le montre au Dr Gey. Ce dernier analyse les cellules cancéreuses prélevées et fait alors une découverte extraordinaire. Non seulement elles sont immortelles, mais elles prolifèrent sans limite.

C'est la présence d'une enzyme particulière dans les cellules d'Henrietta Lacks, et qui n'a été retrouvée nul part ailleurs, qui accélère la prolifération non contrôlée par divisions successives. Cette découverte fut d'un grand intérêt pour George Otto Gey car il pouvait non seulement cultiver in vitro des cellules humaines, mais également les distribuer dans d'autres laboratoires. Elles furent baptisées cellules HeLa (pour Henrietta Lacks).

Cette lignée cellulaire est, à l'heure actuelle, la lignée standard pour toutes les études de cancérologie et biologie cellulaire effectuées sur des cellules humaines. Tous les scientifiques travaillent donc avec ces cellules, issues du corps d'Henrietta Lacks. Elles auront même effectué un séjour dans l'espace afin de savoir si des cellules humaines pouvaient survivre en l'absence de gravité.

Aujourd'hui, le nombre actuel de cellules HeLa disponibles à travers le monde dépasse le nombre de cellules présentes dans le corps humain (environ cent mille milliards de cellules chez un homme adulte).
Vous l'aurez compris, ce sont les cellules d'Henrietta Lacks qui sont devenues immortelles et pas elle. Car si ses cellules prospéraient à toute vitesse dans les tubes à essai, elles faisaient de même dans son organisme. Henrietta est morte le 5 octobre 1951 d'un cancer généralisé.

Mais cette histoire ne s'arrête pas là et pose de nombreuses questions d'ordre éthique à commencer par le fait que les cellules ont été initialement prélevées sans l'autorisation de la patiente ou de sa famille.

Ensuite, et même si chacun peut avoir sur ce point une réponse très personnelle, on peut se demander si des cellules prélevées sur un individu, et qui contiennent donc son ADN, lui appartiennent toujours post-mortem ? La question fut posée à la Cour suprême de Californie qui statua que ce n'était pas le cas et que donc les cellules d'Henrietta Lacks pouvaient être distribuées et commercialisées librement.

A l'heure actuelle, des centaines d'entreprises vendent désormais des cellules HeLa à différents laboratoires à travers le monde et s'enrichissent grâce à une femme qui en est morte et qui n'a jamais donné son accord dans la mesure où personne n'a jamais pensé à le lui demander. Depuis 1952, ces cellules ont permis de remporter plusieurs prix Nobel, de sauver des centaines de milliers de vies et sont à l'origine de la mise au point du vaccin contre la Polio par le professeur Jonas Salk (1).

Henrietta Lacks a été enterrée dans le dénuement le plus complet sans même une pierre tombale. Sa famille elle-même n'apprit l'utilisation des cellules que 20 ans plus tard et n'a jamais pu prétendre au moindre centime de ce commerce très lucratif.

Henrietta Lacks, petite fille d'esclaves, qui n'avait jamais traversé plus longue distance que celle séparant la Virginie de Baltimore, n'aura jamais su que ses cellules se multiplieraient dans les laboratoires du monde entier et la rendrait ainsi immortelle. On ne peut que souhaiter que son souvenir le soit aussi... (2)

En savoir plus
(1) Le cas du professeur Jonas Salk est intéressant. Il découvre, grâce aux cellules de Henrietta Lacks, le vaccin contre la polio en 1954. Il a choisi de ne pas le faire breveter afin qu'il profite au plus grand nombre. Un journaliste économique s'est empressé de faire une estimation du montant des pertes auxquelles Jonas Salk a consenti en ne déposant pas de brevet : 7 milliards de dollars. Par cupidité, plusieurs laboratoires américains se lancent précipitamment dans la fabrication du vaccin. L'un deux, le laboratoire Cutter, fournit un vaccin insuffisamment inactivé, qui contaminera plusieurs centaines d'enfants vaccinés. Le "Cutter incident" mettra un frein momentané à la campagne mondiale de vaccination. Des centaines d'enfants dans le monde en mourront faute de vaccins.

(2) Une plaque a été déposée le 29 juillet 2011, près de l'église "St. Matthew Baptist Church" à Philadelphie (Etat de de Pennsylvanie), ville supposée de son inhumation.

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