12-02-2018  SOCIETE LIBRE

Comment j'ai raté un train qui n'est jamais parti

La SNCF n'aime pas les usagers, mais elle adore ses clients. L'aventure que je vais vous conter illustre très bien ce qui pourrait être une maxime et qui n'est, hélas, qu'un constat. Voici le récit de mon odyssée ferroviaire. Comme un bon petit soldat du rail, j'avais réservé mon billet à l'avance via la plateforme OUI. La différence de prix entre un TGV et un OuiGO étant ce qu'elle est et mes finances itou, c'est le OuiGO qui a eu ma préférence.

Le voyage était prévu pour le mercredi 7 février 2018. Moi qui suis pourtant un adepte de l'astrologie, je n'ai pas su voir dans les astres, l'arrivée d'une masse froide sur le nord du pays. Ah oui j'oubliais. Mon voyage commençait à Bordeaux et se terminait à Paris.

C'est sans doute un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup... Le matin du 7 février, vers les trois heures, je reçois un SMS téléphoné. Pour les non initiés, c'est un coup de téléphone qui réveille l'impétrant pour lui annoncer l'arrivée imminente d'une information capitale le concernant via un SMS. Je consulte mon smartphone en charge à cette heure avancée de la nuit et j'apprends que mon train prévu à 17h58, pour des raisons météorologiques, est annulé.

Mais que je ne m'inquiète pas, je pourrai monter dans celui de 11h58 ou 18h29. Admirez l'amplitude des horaires qui suppose que j'affectionne tout particulièrement la station debout dans la gare de Bordeaux. La SNCF me connait bien, c'est un bon point pour elle. Je me retrouve donc, à partir de 10h30, dans une des salles d'attente de la gare à... attendre mon train.

L'application SNCF qui propose une information en temps réel ne me dit rien sur l'état du trafic ni sur l'avenir du premier train de remplacement que la Société des Chemins de fer Français m'avait gentiment proposé. Il faut dire que la date de la dernière mise à jour de l'application datait de la veille au soir. Le temps réel, pour cette société ferrailleuse, n'est visiblement pas le même que pour nous.

En revanche, le tableau lumineux qui affiche les horaires est bien, lui, relié au temps réel. Et ses indications ne donnent pas une vision optimiste de l'avenir immédiat. Mon train, celui de 11h58, est annoncé avec un retard de 1h30 environ. Mon oeil, n'ayant rien d'autre à faire, se met à consulter les horaires suivants, qui pourtant ne me concernent pas.

Je découvre que le TGV de 12h04, qui lui aussi va à Paris, n'accuse aucun retard sur le panneau d'affichage. Je ne suis pas un être doué d'une logique implacable, ce qui m'a valu de profonds déboires avec mes différents professeurs de mathématiques. Mais tout de même, mon cerveau trouve des ressources insoupçonnées et me livre les résultats de son analyse.

Comment se fait-il que le 11h58, qui va à Paris, soit annoncé avec un retard de 2 heures maintenant, alors que le 12h04 qui propose la même destination claironne fièrement son attachement au respect des horaires ? Les rouages de la masse cérébrale située sous mes cheveux et mon bonnet (car il fait très froid dans la gare) se remettent en route. Leur mouvement désordonné me propose, au bout d'un temps assez long, une petite fiche qui m'interpelle.

Il y a comme un os dans le potage me dis-je in petto. Oui, je me parle lorsque l'heure est grave. La seule différence notable entre les deux trains ne provient que de leur appellation. Le mien est affiché OuiGO et l'autre TGV. La différence de prix aurait elle une incidence sur les probabilités d'une arrivée différée dans une même gare ? Le problème posé ne trouve aucune réponse chez moi.

Je regarde mes voisins d'infortune pour vérifier si une médaille Fields (1) ne se cacherait pas parmi cette forêt de bonnets en pure laine vierge. Je sais que le froid n'arrange pas l'expression de signes extérieurs de l'intelligence, mais même avec un thermomètre à la hausse, pas de QI supérieur à 115 autour de moi. J'en vois même certains qui trichent en se regroupant pour atteindre ce score.

Je replonge dans mes réflexions. Plonger est bien le mot, tant elles m'entraînent dans des abysses insondables. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort et de l'objet noyé, mais qui reçoit quand même une poussée égale au volume d'eau déplacé. Bref, sot je descends, mais seau je remonte et chargé d'une idée lumineuse, j'empoigne ma valise roulante et me dirige vers le quai qui accueille le 12h04.

Et le monstre d'acier (j'aime bien les métaphores surgonflées) entre en gare. Et le voyageur OuiGO que je suis frôle l'apoplexie en enfreignant toutes les règles durement acquises de probité et de respect de l'ordre établi. J'ose pénétrer dans l'antre de la bête, à la forte odeur de sueur, avec un billet inadapté à ma condition et à son standing.

Le train s'ébranle, quitte le quai comme à regret et fonce vers Paris, sa neige, son froid et ses embouteillages. Entre temps, je reçois divers SMS de la part de la SNCF qui m'annonce que... comment dire... mon train de remplacement initialement prévu à 11h58 sera remplacé par celui de 17h58 qui lui même sera remplacé par celui de 20h04. Dans le même temps, prudente, la Société me demande de reporter mon voyage.

J'arrive à Paris 4 heures plus tard. Certes, la neige tombe comme de la pluie, en quantité, sur une ville frigorifiée. Mais je suis là, heureux comme un enfant et fier "comme un italien quand il sait qu'il aura de l'amour et du vin". Le soir même, vers les 22 heures, la SNCF m'envoie le dernier SMS de la journée. Elle m'annonce qu'en raison de l'annulation de mon voyage, elle me rembourse 4 euros (sur 10) sur mon billet.

Mon honnêteté m'empêchera sûrement de chercher à me faire rembourser. Et puis, grâce à un simple voyage en train, j'ai appris que la lutte des classes n'était pas une invention crypto-communiste. Le pauvre est un être malléable et corvéable à merci car il n'ose pas se plaindre. C'est sans doute pour ça que l'on peut se permettre de lui supprimer "ses" trains comme on éteint la lumière. D'un simple clic.

En savoir plus
(1) La médaille Fields est avec le prix Abel une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques. Elle est considérée comme un équivalent du prix Nobel car il n'en existe pas pour cette discipline.

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Comment j'ai raté un train qui n'est jamais parti 
La SNCF n'aime pas les usagers, mais elle adore ses clients. L'aventure que je vais vous conter illustre très bien ce qui pourrait être une maxime et qui n'est, hélas, qu'un constat. Voici le récit de mon odyssée ...  <a href="https://www.loi1901.com/intranet/a_news/index_news.php?Id=2466" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

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