15-05-2018  SOCIETE LIBRE

De quoi avoir le bourdon pour longtemps

"Se posant par cent et par mille sur les fleurs qui s'ouvrent à peine, elles butinent leur pistil pour en extraire le pollen, bzz, bzz, bzz, bzz, bzz, bzz les abeilles !" Bourvil se retournerait dans sa tombe s'il savait ce qui arrive aux bzz, bzz, bzz abeilles. A la fin du mois d'avril, à l'ouverture des ruches après la saison hivernale, les apiculteurs ont pu, cette année encore, mesurer le désastre.

Depuis plus de 10 ans que la boule au ventre accompagne la fête du printemps des butineuses. Et les propriétaires de ruches en pleurent de rage.

En vingt ans, la mortalité des abeilles a été multipliée par quatre et on annonce pour cette année, des pics à 80% dans certaines régions. Bien sûr, comme pour les oiseaux (1), on sait ce qui provoque cette hécatombe : les néonicotinoïdes. Des insecticides qui, pour les abeilles, transforment champs et fleurs en un cimetière.

Alors quand l'Europe a annoncé le 27 avril dernier, l'interdiction de l'usage en plein champ de 3 néonicotinoïdes, c'était la fête dans les ruches. Bzz, bzz, bzz faisaient les abeilles de concert. Enfin un peu de répit. Grâce à Macron et son bon génie Hulot, la France dans la foulée dit vouloir aller plus loin et respecter la loi sur la biodiversité de 2016 (qui interdit les néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018). Vive eux !

Le problème, c'est que ce duo d'enfer avait, en catimini, autorisé à la vente deux nouveaux néonicotinoïdes (le Closer et le Transform) contenant du Sulfoxaflor, une molécule produite par l'américain Dow Agro Sciences en octobre 2017. Une autorisation qui vide de sa substance l'interdiction des 3 autres. Pourquoi ? Par une astuce toute simple : il suffit de dire que le Sulfoxaflor n'est pas un néonicotinoïde.

Et le temps que le monde scientifique tranche son cas, la firme a de quoi l'écouler par sacs entiers sur les champs de blé. La riposte des opposants n'a pourtant pas tardé et à peine quelques jours plus tard, circulait une étude publiée en 2013 (Étude du mode d'action du Sulfoxaflor: un néonicotinoïde de quatrième génération) et qui tend à prouver que l'on a bien à faire à un "néonic".

Si la loi sur la biodiversité dit bien que les produits à base de néonicotinoïdes seront interdits à partir du premier septembre 2018, (mais avec des dérogations possibles jusqu'au 1er juillet 2020 tout de même), elle ne dit rien sur les molécules entrant dans la composition de ces produits. Aucune liste noire de néonicotinoïdes n'existe car la réglementation de ces substances est de la compétence européenne. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette.

En d'autres termes, à partir de septembre 2018, seront interdits les "néonics" célèbres comme le glyphosate et les autres auront tout le loisirs de batifoler dans les champs et nos assiettes par le simple effet de la chaîne alimentaire. Une belle victoire des lobbys dont la FNSEA et son bouclier politique (le ministère de l'Agriculture) peuvent se réjouir.

A quoi cela sert-il d'écrire que 84% de la pollinisation des cultures en Europe est assurée par les abeilles ? Pourquoi encore répéter que sans elles, ce seront plus de 4000 espèces de végétaux qui vont disparaître incapables de se reproduire ? Qu'avec elles, meurent aussi les insectes qui nourrissent les oiseaux qui à leur tour, etc. Inutile de rajouter à cette liste triste à pleurer le fait que les néonicotinoïdes sont reconnus cancérogènes et neurotoxiques pour l'Homme.

Une bonne nouvelle quand même. Elle nous vient des USA (comme les néonicotinoïdes d'ailleurs). L'industriel de la bouffe pour obèses, Walmart, vient de mettre au point un drone abeille chargé de polliniser les cultures. En revanche, il n'a aucune solution pour faire du miel. Cela viendra, on peut faire confiance à ces gens là. De quoi avoir le bourdon pour longtemps, vraiment.

En savoir plus
(1) Bientôt le printemps sera silencieux

L'agence européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) confirme le risque que présentent les néonicotinoïdes pour les abeilles

Voici le tag Internet à sélectionner, à copier et à coller sans transformation dans la page du site où vous allez utiliser cet article. D'avance merci.

Sélection du texte ci-dessous
De quoi avoir le bourdon pour longtemps 
"Se posant par cent et par mille sur les fleurs qui s'ouvrent à peine, elles butinent leur pistil pour en extraire le pollen, bzz, bzz, bzz, bzz, bzz, bzz les abeilles !" Bourvil se retournerait dans sa tombe s'il ...  <a href="https://www.loi1901.com/intranet/a_news/index_news.php?Id=2479" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

D'autres articles de la rubrique : SOCIETE

Un pont trop loin

Si j'emprunte à Richard Attenborough le titre de cet article (1), ce n'est pas pour illustrer un fait de guerre malheureux, mais pour vous parler de ce mois de mai ensoleillé et lourdement "ponté". J'en ai bien sûr profité pour prendre la tangente. Et je n'étais pas le seul. Un ami, dont la fiche de paie ne dépend pas d'un rassurant CDI, mais de la visite (ou pas) de clients, m'a

Lire la suite...

Seulement deux doigts, je suis pressé

Le 22 mai 2015, sur une route de la Loire, entre Saint-Forgeux-Lespinasse et Bessay-sur-Allier, il s'est passé quelque chose. A la fois faits-divers et fait de printemps, ce qui semble n'être qu'un incident dérisoire en dit long sur l'état de nos vibrionnantes existences. Dans une voiture, un homme et une femme. Ils discutent et visiblement se disputent aussi. Elle lui parle encore

Lire la suite...
Si les articles suivants ne s'affichent pas, veuillez rafraîchir la page en cliquant sur Rafraîchir la page

Depuis 1999 au service des associations

Abonnez-vous à LettrassoPlus

Abonnez-vous au Forum Juridique

Le pack Lettrasso + et Forum Juridique

Veuillez activer Javascript sur votre navigateur. [ ? ]