En ce moment, une campagne de publicité vante les mérites des personnels de la SNCF à bord des TGV INOUI. Loin de moi l'idée de penser que les publicitaires ont exagéré. Mais nous savons tous que les contrôleurs capables de donner la réplique à un jeune comédien ou aider une étudiante à résoudre un problème de mathématique ne sont pas monnaie courante. Il m'est arrivé de croiser l'humour d'un conducteur de TGV, mais cela n'a eu lieu qu'une seule fois si ma mémoire est bonne. Et pourtant, j'aime prendre le train. Dans un confort ouaté, la France s'offre à nous au travers des fenêtres de ces trains si rapides que le temps et la relativité s'épousent. Partir, traverser ce pays que j'aime tant. De Paris à Bordeaux, la France se laisse deviner au travers de ses forces, de sa beauté et de l'indicible impatience de son éclatement. Prendre un TGV tôt le matin sous un ciel gris et bas, avec des traces de nuit qui flottent encore sur les quais encombrés d'une France embrumée. Paris, capitale du pays ? Et comment ! Centre de la toile, Paris s'impose en araignée suprême, dévorant ce qui s'approche, digérant ce qui la colle. Inimaginable ailleurs. La Beauce déroule son désert ondoyant à perte de vue. Ici, l'arbre est un parasite. Sa suppression, une bénédiction, rares sont les résistants, ici ou là, qui étalent une ombre ténue dans l'immensité d'une terre retournée. Le vent soulève la poussière des champs en petites tornades. Les silos à blé forment les seules protubérances d'un plat pays grenier. Au loin, dans une brume écrin, on devine les tours de la cathédrale de Chartres. Puis le désert s'efface et le vert s'annonce. Premiers arbres, premières prairies, premières rivières et des vaches par dizaines comme posées là par la main légère d'un Gulliver de passage. Le train fonce sans s'arrêter au travers des champs cultivés. L'agriculture est partout sans être envahissante. Clôtures d'arbres et respect des rivières, on sent l'amour de la terre. Ici, il signifie, il montre, il clôt et scinde sans ostentation. L'art du jardin à la française s'est insinué jusque dans notre agriculture. C'est carré, c'est net, c'est beau aussi dans cet immense jardin où le hasard n'a pas sa place. Ma fenêtre m'offre toute une campagne ensommeillée qui peu à peu dévoile ses nattes de brouillard et les peigne dans le sens du vent. Je vois des villages qui se tiennent chaud autour de l'église, des maisons isolées, des petites villes aux fesses serrées sous les ponts. On voit des lumières aux fenêtres, on essaye de deviner ce qui se passe, ce qui se dit dans les cuisines, dans les chambres et ce qui se chante sous la douche. C'est l'heure où le café chauffe, le temps du beurre-confiture avec autant de beurre que de confiture comme si notre sens de l'égalité s'étalait jusqu'à la tranche de pain. Pas d'oeufs brouillés ni de fromages sans goût même si je sais que le maïs américain vient titiller bien des narines de ses pétales chocolatés. N'abandonnons pas notre pain quotidien, regardez ce qu'ils sont devenus ces mangeurs de corn flakes. C'est l'heure où on se prépare pour la journée. Et les enfants que l'on devine là-bas, qui prennent leur cartable et marchent jusqu'au carrefour, pour attendre le car du ramassage scolaire, dans le froid, dans ce silence de fin de nuit, avec des restes de rêves accrochés aux cheveux, et des pensées flottantes sur le devoir qu'ils n'ont pas fini, sur la leçon qu'ils ont mal apprise. Sont-ils heureux ces enfants là ? Oui, comme tous les enfants avec cette incroyable capacité à vivre l'instant présent. Partout, des gens partent au travail, montent dans des voitures, roulent dans le brouillard, se garent devant la petite entreprise du coin, abattoir, conserverie, fabrique de meubles, grandes surfaces. Ou alors c'est le train pour retrouver le bureau, l'agence bancaire, l'hôpital, le lycée, dans une ville plus grosse, plus nourricière, plus dévoreuse aussi. Ou c'est le silence de la maison parce qu'ils sont au chômage. Ils regardent par la fenêtre dans le blanc matin, en noyant dans un petit noir, le chagrin d'un autre jour à tuer. Et le train, serpent d'acier, siffle à travers la campagne. Et la vitre miroir nous donne à voir les gens comme des portraits. On les imagine dans leur maison. Des maisons ordinaires avec des gens ordinaires qui ont des soucis ordinaires : l'éducation des enfants, les traites à payer, les parents qui deviennent vieux, les amis qui ont le cancer. Dans cette heure entre chien et loup, dans ce matin de plus, ils se demandent s'ils vont y arriver, ils se disent que la vie est trop dure, avec les petits salaires, avec les petites retraites, avec les aides de complément, les indemnités de chômage. Noyés qu'ils sont dans les échéances, les décisions à prendre, les prévisions imprévisibles, les calculs impossibles. Sommes-nous si fatigués dans l'espoir insensé d'une autre vie ? Englués dans un bien-être invisible à nos yeux, notre âme est-elle encore prête à s'enflammer ? Il suffirait de si peu. Les ronds-points se succèdent, incroyable maillage. Notre esprit cartésien qui pense en rond. Etonnante ironie de l'Histoire. Ils sont tous richement décorés, enluminés comme des sapins de Noël. En améliorant le flux routier, on a créé un art des campagnes que personne n'a le temps d'admirer. Derrière ma fenêtre, j'imagine ces ronds-points comme autant de Bastilles à prendre. Arrêter le fluide, prendre le temps du voisinage. Regarde moi, j'ai la même fin du mois, la même faim du moi, le même désir de franchir la barrière de l'oubli, du perdu, de l'effacé. On pourrait prendre le café, hein ? Mais rien ne se passe. Et les rond-points se défilent, abandonnant aux champs, l'histoire du film que le train caméra oeuvre pour moi. Voilà ce qu'on se dit, dans le train, en pensant à tous ces inconnus qui font leur vie, dans des endroits perdus. Pourquoi perdus ? Parce qu'on a l'impression d'être loin de tout dans ces hameaux collés au milieu de nulle part, ces lumières qui émergent du brouillard, ces fermes oubliées, ces lieux improbables dans le silence des campagnes. Et pourtant, la vie est là, qui palpite, qui semble attendre son heure, comme le serpent le mulot. Les gens qui vivent là, qui habitent là, qui travaillent là, qui font la fête, qui aiment et qui souffrent, qui se battent ou qui baissent les bras, c'est aussi la France. Du nord au sud, nimbé de notre Histoire commune, nous abritons notre territoire plus qu'il ne nous protège. Nous en assurons une conservation avant la grande braderie annoncée. Défendre ce qui nous reste, reprendre ce qui nous a été volé sous notre bannière commune de bleu, de blanc et de rouge. Un drapeau comme linceul des illusions perdues ? Non, un drapeau comme un mouchoir pour sécher les larmes amères des conséquences d'une politique qui parle du coeur comme d'autres parlent du nez.
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