La femme n'est pas l'avenir de la grande muette

15-06-2015 SOCIETE LIBRE
En février 2014 sortait un livre-enquête au titre étrange : La guerre invisible. Leïla Minano et Julia Pascual, les auteures, sont journalistes. Elles ont initié la plus grande enquête jamais réalisée en France sur le sort des femmes engagées dans l'armée française. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un sort peu enviable dans bien des cas. Humiliations, harcèlement sexuel, viols, ostracisme et omerta sont légions. Femme outragée, femme brisée, femme martyrisée, femme violée !

Les auteures ont décidé de briser un tabou et de faire parler la grande muette, surnom donné à l'armée française. Elles ont passé deux ans sur des forums, des réseaux sociaux, auprès d'avocats, de juges et de procureurs afin de réunir les quarante témoignages de "féminines" qui est le surnom donné aux femmes dans l'armée.

"C'est notre essence même de femme qui les emmerde !"
Ce témoignage émane d'Alice, jeune engagée qui a subi humiliations, allusions sexuelles et sexistes, injustice dans l'avancement et qui a fini par jeter l'éponge. Mais Stéphanie aurait pu dire la même chose qui a supporté des claques sur les fesses et autres joyeusetés du même acabit. 40 témoignages accablants sur des comportements inadmissibles et qui pourtant, se perpétuent dans un silence de plomb.

"Dans l'armée comme chez les pompiers, le sexe est roi, les gens regardent des films porno en permanence, il y a des affiches de femmes nues partout, et un vrai problème d'alcool" estime Leila Minano.
Après la publication du livre, le Gouvernement a mis en place une cellule appelée Thémis censée "enquêter indépendamment de la hiérarchie et proposer des mesures disciplinaires indépendamment de l'éventuelle procédure judiciaire".

En quelques semaines, Thémis a recensé 192 sollicitations, dont 66 cas saisis. Ces chiffres, qui ne sont que la partie émergée de l'iceberg, sont toutefois venus confirmer l'existence de nombreux cas de violences sexuelles dans le cadre de l'armée française. Mais si Thémis a permis d'apporter des chiffres permettant de quantifier un phénomène déjà bien connu, son fonctionnement ne semble pas dépourvu de failles...

Pour les femmes ayant été contraintes de quitter l'armée après avoir dénoncé avoir été victime de violences et qui tentent d'obtenir des sortes de pensions d'invalidité, la procédure traîne en longueur. Quant à celles qui sont toujours dans l'armée et qui ont fait le choix de solliciter Thémis, il semblerait qu'elles fassent une fois de plus l'objet de représailles vis-à-vis de leurs collèges et/ou de leurs supérieurs hiérarchiques, ce à quoi Thémis était précisément censée mettre fin.

De pareils dysfonctionnements seraient dus à la gestion en huis-clos de Thémis, qui est un dispositif interne à l'armée. S'il existait une véritable volonté politique d'enrayer les violences sexuelles, il s'agirait au contraire de faire appel à des professionnels et à des associations spécialisés dans la lutte contre les violences sexuelles et d'autoriser les victimes à adhérer à ces associations de défense de leurs intérêts professionnels, ce qui est interdit dans l'armée française.

On ne peut malgré tout nier, que pour la première fois, un ministre de la défense accepte de réagir ce qui n'était pas le cas avec Hervé Morin, l'ancien ministre qui déclarait : "On pouvait entendre parler de comportement facho, mais pas de harcèlement contre les femmes, pas plus que de viols. De mémoire, je ne pense pas qu'il y ait à l'armée de comportements plus répréhensibles, car il y a un système disciplinaire..."

Il faut dire qu'il était temps de réagir et nier les faits ne sert plus à rien, au moment même où 14 soldats français déployés en République centrafricaine dans le cadre de l'opération "Sangaris" sont soupçonnés d'avoir abusé sexuellement d'enfants entre décembre 2013 et mai-juin 2014. Ce qui est possible là-bas serait impossible ici ?

En savoir plus
L'armée française est la plus féminisée d'Europe avec 15% de femmes sur 215 000 militaires et 63 700 civils.

Le ministère de la défense a souhaité réagir à propos de la Thémis : "La cellule Thémis ne saurait être soupçonnée d'être soumise à une gestion à huis-clos, alors que celle-ci s'appuie, pour réaliser sa mission, sur des dizaines d'acteurs au sein d'organismes ou de structures déjà existants (psychologues du réseau Ecoute défense, assistants de service social, agents des services du contentieux, agents du service des pensions, directeurs des ressources humaines, médecins du service de santé, associations agréées, etc."

Sans doute, il n'empêche que la Cour européenne des droits de l'homme a estimé, dans deux arrêts en date du 2 octobre 2014, que "si la liberté des militaires peut faire l'objet de restrictions légitimes, ceux-ci ne peuvent se voir refuser, de façon générale, un droit d'association pour la défense de leurs intérêts matériels et moraux".

En réponse, le ministre de la défense a lancé des travaux de modification du statut général des militaires qui devraient déboucher sur la modification des règles statutaires et la possibilité, pour cette catégorie de personnel, d'adhérer à des associations professionnelles de militaires. Dont acte !



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