06-06-2017  SOCIETE LIBRE

L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne

Un grand merci à Pierre Desproges pour l'emprunt de ce titre à l'un de ses aphorismes préférés. Il y en a tellement d'autres... inégalable et intemporel, libre dans la vie comme dans la mort, l'homme nous a régalé. Je me souviens... du "tribunal des flagrants délires" sur France Inter, émission où j'ai eu la chance de servir pendant un mois. Le procès commençait toujours par une présentation de l'invité dit le "prévenu" par Claude Villers, le président.

Pierre Desproges, le procureur, pouvait partir lors de ses réquisitoires dans des digressions formidables et ignorer totalement les invités. Il pouvait évoquer aussi bien le cassoulet toulousain au canard laqué que le cancer ou son aversion des coiffeurs.

C'est lors de la venue de Jean-Marie Le Pen dans l'émission que Desproges inventera la célèbre formule : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde."

Il avait en face de lui "l'avocat le plus bas d'Inter", Luis Rego, qui, lors du même enregistrement, caricatura une "Journée d'un fasciste" qui reste à ce jour un texte inégalé sur l'extrême droite : "Mais on a quand même le droit d'être fasciste même si on n'est pas d'extrême droite, merde ! Les gens, dès que vous dites "je suis fasciste", vous regardent d'un mauvais oeil. Alors qu'il suffit de ne pas le dire et personne ne s'en aperçoit !"

Epoque teintée d'une mélancolie aléatoire. L'humour, de Coluche à Desproges en passant par Bedos, était politique. On chassait les travers des puissants, on s'en moquait, on les ridiculisait. Aujourd'hui, le comique parle de son agenda personnel, de sa chute des reins ou des cheveux... Miroir sans tain sur une société gonflée à l'hélium de l'importance du "Moi", pauvre Tour de Babel du tout à l'égo.

Je me souviens... à l'école primaire, de Thérèse, qui me parlait du Portugal avec un immense sourire. Je me souviens... de sa joie, de sa mélancolie aussi quand elle mentionnait son petit frère, mort noyé dans une piscine municipale. Je me souviens... de Claudine avec qui je voulais créer un journal qu'on appellerait le petit curieux.

Je me souviens... juste avant d'entrer au collège, Emile qui me disait "quand je serais grand et riche j'achèterais la tour Eiffel et tu sauras qu'elle m'appartient."

Je me souviens des petits vieux qui vendaient l'Humanité-Dimanche, et dont les enfants aujourd'hui votent FN. Je me souviens du seul cinéma du village qui est devenu une médiathèque. Je me souviens des libraires qui ont fermé, de la petite mare avec son nénuphar plateau, des accras de morue et des poulets vendus vivants au marché.

Je me souviens du Hit parade, de Mike Brant qui a préféré sauté par la fenêtre, de cloclo qui s'est électrocuté dans son bain... Je me souviens de la chanson "Je Hais Les Dimanches" de Charles Aznavour que ma mère écoutait en boucle le dimanche.

Je me souviens de l'enfant de choeur que j'étais alors, à la messe, de cet éveil surprenant sous la petite nef, quand tout cela m'est apparu comme un théâtre d'ombres. Mon chemin de Damas à l'envers...

"Dieu a donné un cerveau et un sexe à l'homme mais pas assez de sang pour irriguer les deux à la fois."... Je me souviens du sourire enfantin qu'avait Pierre Desproges, en lâchant cette phrase lors d'un "tribunal". Cet air juvénile et souverain de celui qui prend plaisir à appuyer là où ça fait mal. Le plaisir de transgresser... c'est le seul avenir de la jeunesse. Dimanche, nous irons voter tristes, de toute façon.

En savoir plus
Rediffusion des pépites du "Tribunal des flagrants délires"

Voici le tag Internet à sélectionner, à copier et à coller sans transformation dans la page du site où vous allez utiliser cet article. D'avance merci.

Sélection du texte ci-dessous
L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne 
Un grand merci à Pierre Desproges pour l'emprunt de ce titre à l'un de ses aphorismes préférés. Il y en a tellement d'autres... inégalable et intemporel, libre dans la vie comme dans la mort, l'homme nous a régalé. Je ...  <a href="https://www.loi1901.com/intranet/a_news/index_news.php?Id=2430" target="_blank">Lire la suite sur Loi1901.com</a>

D'autres articles de la rubrique : SOCIETE

99 992 abonnés et moi et moi et moi

Oui, après 16 années d'existence, notre lettre d'information associative Lettrasso atteindra bientôt 100 000 abonnés gratuits. Il n'en manque que huit. Quand 99 992 personnes s'abonnent à une lettre, c'est sans doute qu'elle apporte quelque chose. Lettrasso est là, dans le paysage, depuis 2002. Nous étions tous plus jeunes et certains n'étaient même pas nés. Alors bien sûr, entre

Lire la suite...

Comment j'ai raté un train qui n'est jamais parti

La SNCF n'aime pas les usagers, mais elle adore ses clients. L'aventure que je vais vous conter illustre très bien ce qui pourrait être une maxime et qui n'est, hélas, qu'un constat. Voici le récit de mon odyssée ferroviaire. Comme un bon petit soldat du rail, j'avais réservé mon billet à l'avance via la plateforme OUI. La différence de prix entre un TGV et un OuiGO étant ce

Lire la suite...

Et la neige est venue poser ses grandes ailes

Et la neige est venue poser ses grandes ailes sur le manteau frileux d'une nature en sommeil. Et l'homme d'aujourd'hui, dans sa tour de verre, paralysé sera, devant le naturel. Tel un grain de sable, le flocon bloquera nos machines, se moquera de nos applications, de notre assurance, de notre morgue. Resteront, suspendus et fragiles, les sourires des enfants sous les bonnets de

Lire la suite...

Génération Bataclan : du rififi dans le commémoratif

Deux jours après la tragique soirée du 13 novembre 2015, une association dénommée "Génération Bataclan" est créée. Elle se donne comme objet de regrouper les personnes physiques ou morales qui sont en faveur de l'édification d'une statue commémorative. Une "oeuvre mémorielle citoyenne", selon le terme utilisé par son président, qui aurait été érigée boulevard Voltaire, sur le

Lire la suite...

Et mon attente finira par payer

Cette semaine, l'envie est à l'écrémage. Vous livrer une succession de petites nouvelles aérées façon purée en sachet plutôt que l'article parfois plus lourd à digérer. Passe ton chemin Parmentier, bienvenue à toi Oh Vico, Roi de la patate en poudre. Après la crème, ne pas oublier l'oeuf qui donne le petit goût inimitable. Et surtout, laisser quelques grumeaux de poudre. Comme pour

Lire la suite...
Si les articles suivants ne s'affichent pas, veuillez rafraîchir la page en cliquant sur Rafraîchir la page

Depuis 1999 au service des associations

Inscrivez votre association dans l'Intranet et rejoignez les 29 050 associations inscrites

L'annuaire des 29 050 associations inscrites dans l'Intranet du site

Pour déposer gratuitement vos offres d'emploi ou bien les consulter

L'annuaire BlogAsso : 259 sites internet sélectionnés

Présentation de toutes les subventions allouées par l'Etat aux associations